Entre dépenses massives et concurrence, le Bund allemand moins recherché comme valeur refuge
MILAN, 5 mars (Reuters) – La dette souveraine de l’Allemagne est confrontée à une concurrence plus rude que jamais, notamment de la part d’autres valeurs refuges traditionnelles, dans un contexte de hausse des dépenses de la part de Berlin et de réduction du bilan par la Banque centrale européenne (BCE).
Le dollar a été le grand gagnant entre mai 2008 et mai 2009, en pleine crise financière mondiale, avec une hausse de 14%, suivi du yen japonais.
Les obligations allemandes n’ont toutefois pas été en reste, avec une hausse de près de 6% de leur prix, similaire à celle de l’or, tandis que les bons du Trésor américains sont restés pratiquement inchangés et que le franc suisse a perdu 6%, selon les données du LSEG.
Cependant, le sort des six valeurs refuges traditionnelles a considérablement changé ces dernières années, comme le montrent ces mêmes données.
Les gains de prix du Bund ont été inférieurs à ceux de l’or et du franc suisse pendant les turbulences du marché liées à la pandémie de COVID-19 en 2020 et à la vente massive d’actifs américains qui a suivi l’annonce par le président Donald Trump de l’imposition de droits de douane contre les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis en avril 2025.
Avant même de la déroute mondiale des obligations d’État cette semaine sur fond de craintes inflationnistes dues à la guerre au Moyen-Orient, certains signes indiquaient déjà que la dette allemande perde du terrain par rapport à d’autres valeurs refuges.
L’une des dernières en date a été la menace de Donald Trump d’annexer le Groenland, ainsi que la pression qu’il a exercée sur les alliés de l’Otan en matière de dépenses de défense, qui a de nouveau attiré l’attention du marché sur la relance budgétaire en Allemagne et ses conséquences sur le niveau d’endettement.
« Avec tout choc qui nous pousse davantage dans cette voie (d’une augmentation des dépenses budgétaires), les obligations allemandes joueront probablement moins leur rôle de valeur refuge que par le passé », déclare James Bilson, stratège en titres à revenu fixe chez Schroders.
Les Bund à 10 ans font partie des obligations des grandes économies offrant les rendements les plus faibles, avec seulement 2,80%, contre 4,11% pour les bons du Trésor de même échéance ou 4,5% pour le Gilt britanniques, ce qui les rend moins attrayantes pour les investisseurs, soulignent les analystes.
ÉMISSIONS CONJOINTES DE DETTE
Les économistes s’attendent à ce que les mesures de relance budgétaire prévues par Berlin stimulent la première économie de la zone euro, mais pas avant 2027, ce qui signifie que la croissance pourrait rester morose pendant le reste de cette année.
Tout cela à un moment où le produit intérieur brut (PIB) de certains pays du sud de l’Europe, dont l’Espagne, continue de croître et où ceux-ci maintiennent leur discipline budgétaire, ce qui se traduit par une amélioration de leur notation de crédit.
Les prix des obligations allemandes ont par ailleurs augmenté à peu près au même rythme que ceux des obligations françaises et italiennes lors des turbulences boursières liées au secteur technologique le mois dernier.
La prime exigée par les investisseurs pour détenir des obligations italiennes à 10 ans plutôt que des obligations allemandes (ou écart de rendement) oscille autour de 61 points de base. En janvier, elle était tombée à environ 53 points de base, son niveau le plus bas depuis l’été 2008.
La prévision d’une augmentation des émissions conjointes de dette par l’UE a également aidé les obligations des États membres fortement endettés, comme l’Italie et la France, qui bénéficient depuis des années des différents outils mis en place par Francfort pour éviter toute perturbation des coûts de financement des pays.
Ces émissions permettraient une répartition plus équitable de la charge de la dette dans la zone euro, ce qui contribue à limiter la surperformance du Bund par rapport aux obligations d’autres pays du bloc.
« Ce que nous observons actuellement, c’est que la région montre des signes de convergence, ce qui est une raison supplémentaire de s’attendre à ce que les Bunds progressent moins que lors des crises précédentes », souligne Luca Salford, stratège en taux d’intérêt chez Morgan Stanley.
La BCE a par ailleurs réduit son portefeuille de titres souverains achetés dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif pendant la crise sanitaire déclenchée par le COVID-19, ce qui a également pesé de manière disproportionnée sur les Bund, la plus grande économie européenne représentant la plus grande partie des achats.
« Les obligations allemandes resteront une valeur refuge, mais après un changement structurel sur le marché des titres à revenu fixe, elles sont désormais en concurrence », ajoute Rufaro Chiriseri, analyste chez RBC Wealth Management.
« La BCE n’étant plus un acheteur majeur sur le marché obligataire, la part des investisseurs sensibles aux rendements augmente, ce qui est d’autant plus important pour l’Allemagne, qui dépend encore des investisseurs étrangers hors de la zone euro pour environ 40% de sa demande », a-t-elle ajouté.
(Stefano Rebaudo; version française Diana Mandia, édité par Augustin Turpin)
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