ADNOC va débourser €15,9 mds pour racheter le chimiste allemand Covestro
BERLIN (Reuters) – La compagnie pétrolière publique d’Abou Dhabi, ADNOC, a annoncé mardi avoir accepté de racheter le géant allemand de la chimie Covestro pour un total de 15,9 milliards d’euros, dette comprise, soit sa plus importante acquisition jamais réalisée.
L’opération constitue l’une des plus importantes prises de contrôle étrangères par un Etat du Golfe, alors qu’Abou Dhabi et d’autres pays de la région cherchent à réduire la forte dépendance de leur économie à l’égard du pétrole dans le contexte de la transition énergétique mondiale.
Elle intervient après des négociations prolongées entre les deux entreprises qui ont convenu d’un prix de 62 euros par action, équivalent à 14,7 milliards d’euros dont trois milliards d’euros de dette.
ADNOC compte également acheter pour 1,17 milliard d’euros de nouvelles actions Covestro dans le cadre d’une augmentation de capital destinée à renforcer les fonds propres du groupe allemand, ancienne filiale de Bayer .
A la Bourse de Francfort, l’action Covestro grimpait de 3,7%, à 58,02 euros euros, à un plus haut de trois ans.
Pour le groupe d’Abou Dhabi, cette acquisition constitue une étape majeure dans le développement de ses activités pétrochimiques, en parallèle du gaz et des énergies renouvelables.
En février, ADNOC a acquis la participation de 24,9% du fonds souverain d’Abou Dhabi, Mubadala, dans le groupe pétrolier autrichien OMV.
Plus généralement, l’accord illustre une augmentation des transactions entre le Moyen-Orient et l’Europe, où les investisseurs du Golfe sont attirés par des valorisations d’entreprise moindres qu’aux Etats-Unis ainsi qu’une réglementation plus souple pour les acheteurs de la région, et où ils sont mieux accueillis du fait des besoins d’investissement, ont estimé des analystes et des conseillers consultés par Reuters.
Selon des données de Dealogic, le rachat de Covestro constitue la deuxième plus importante acquisition d’un groupe du Moyen-Orient depuis le rachat en 2015 par le groupe pharmaceutique israélien Teva Pharmaceuticals du spécialiste des génériques Allergan pour 40 milliards de dollars.
IMPORTANTES CONCESSIONS
Covestro, qui fabrique des matériaux plastiques et des produits chimiques, a accusé une perte de 72 millions d’euros au premier semestre 2024, contre un bénéfice de 46 millions d’euros sur la même période un an plus tôt.
En France, le groupe détient des sites à Romans-sur-Isère (Drôme), pour des produits en polyuréthane à destination de différentes industries dont l’éolien en mer et la construction, et à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), où il produit un élément important des mousses en polyuréthane utilisées pour les meubles ou l’industrie automobile, et enfin à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) où se trouvent des activités commerciales et techniques.
Le rachat de Covestro par ADNOC pourrait relancer le débat sur la vulnérabilité des grandes entreprises allemandes face à des offres publiques d’achat étrangères, alors que l’intérêt de la banque italienne UniCredit pour Commerzbank a provoqué une levée de boucliers dans la classe politique allemande.
Covestro a assuré avoir obtenu des concessions importantes pour limiter le contrôle d’ADNOC.
La moitié des sièges de son conseil de surveillance continueront d’être occupés par des représentants des employés – la norme pour les entreprises allemandes cotées – tandis que deux membres des représentants des actionnaires du conseil demeureront indépendants d’ADNOC.
ADNOC s’est engagé à ne pas vendre, fermer ou réduire de manière significative les activités commerciales de Covestro et à « protéger la technologie et la propriété intellectuelle de Covestro », a déclaré le groupe allemand.
Dans une note, des analystes de Jefferies estiment le risque réglementaire « limité du fait du faible recoupement opérationnel » entre les deux groupes. Ils soulignent également le maintien par ADNOC de la gouvernance actuelle de Covestro jusqu’en 2028 au moins.
(Reportage Ludwig Burger, avec Friederike Heine ; rédigé par Florence Loève, édité par Kate Entringer et Blandine Hénault)
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