INTERVIEW / Dr Tariku Fufa : « Le sommet du leadership, savoir diriger son propre cœur »
À l’occasion de la Conférence nationale des leaders sur la Mission et le Leadership, tenue à Ouagadougou du 30 juillet au 1er août 2025, le Dr Tariku Fufa, expert en leadership éthique et directeur Afrique du Global Church Movement (GCM), a partagé avec nous, sa vision du leadership transformationnel, l’importance du partenariat dans la mission et son bouleversant témoignage de foi.
« Le Journal Chrétien » : Docteur Tariku Fufa, bonjour, et merci d’avoir accepté cet entretien. C’est un honneur de vous recevoir ici à Ouagadougou, où vous avez enseigné sur le leadership et la mission. Vous êtes également l’auteur d’un ouvrage consacré au leadership éthique. Qu’est-ce qui vous a conduit à explorer un tel sujet et à en faire le cœur de votre engagement ? »
Dr Tariku Fufa : Merci pour l’accueil. Ce qui m’a poussé à écrire sur ce sujet, c’est d’abord un besoin personnel de vivre de manière holistique. Mais j’ai aussi observé que dans nos sociétés, moralité et éthique s’effacent de plus en plus. Pour changer notre environnement, il faut alors commencer par intégrer l’éthique dans notre leadership
Vous avez insisté dans votre intervention à la conférence sur le fait que le plus haut niveau du leadership consiste à gérer son propre cœur. Que signifie cette idée ?
Le véritable leadership se mesure à ce que l’on vit, pas seulement à ce que l’on dit. Si vos paroles sont belles mais contredites par votre vie, elles deviennent une mauvaise nouvelle. Diriger son cœur signifie contrôler ses paroles, attitudes et pensées. Quand nos mots et notre vie concordent, nous devenons une lumière : les gens suivent ce que nous sommes, pas seulement ce que nous disons.

Dr Tariku Fuka intervenant sur le leadership éthique et holistique
Quel est selon vous le principal défi de l’Église évangélique aujourd’hui ?
Le plus grand défi est l’oubli de soi. Beaucoup de leaders s’occupent des autres mais négligent leur âme. Sans s’abreuver directement à Jésus-Christ, ils deviennent des soldats vulnérables et fatigables. Cela affaiblit la sainteté, la fidélité et la puissance. Et lorsque la vie ne reflète plus la Parole prêchée, l’Église perd sa force d’attraction.
Vous avez également insisté sur l’importance du partenariat dans la mission. Pourquoi ?
Le partenariat est inscrit dans la nature même de Dieu. Il n’est pas solitaire : il est Trinité : Père, Fils, Saint-Esprit, travaillant ensemble en parfaite unité. Dans Genèse 1 :26, Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image ». Il ne dit pas « je fais », mais « nous faisons ». Le partenariat contient une puissance incroyable. J’ai expérimenté cela en Éthiopie. Dieu m’a donné une vision pour former 3 000 étudiants, mais sans ressources. En m’associant à des églises, des entreprises et des professionnels, nous avons mobilisé fonds, nourriture et hébergement, et formé plus de 14 000 jeunes. Aujourd’hui, beaucoup sont députés, médecins ou pilotes. Ensemble, nous avons accompli ce que je n’aurais jamais pu faire seul.
Pouvez-vous présenter brièvement le GCM et le GACX évoqués à la conférence ?
Bien sûr. Le GCM, dont je suis directeur pour l’Afrique, est une initiative de Campus pour Christ visant à implanter des églises dans les zones non atteintes. Notre objectif est simple : une église pour chaque 1 000 habitants. Avec d’autres mouvements, nous avons uni nos forces pour créer le GACX, l’Alliance Globale pour la Multiplication des Églises. En 14 ans, avec des partenaires sur les 6 continents, nous avons implanté plus de 3 millions d’églises. C’est la démonstration concrète que l’unité produit un impact immense.
Votre témoignage personnel a profondément ému l’assemblée. Pouvez-vous le partager à nos lecteurs ?
Avec joie. Je suis né dans un petit village en Éthiopie. À 12 ans, j’ai donné ma vie à Jésus. Mon père m’a alors posé un ultimatum : choisir entre Jésus et la famille. J’ai choisi Jésus. Il m’a battu, m’a blessé au visage, et m’a chassé. Pendant six ans, j’ai vécu dans la rue, dormant sous les arbres, mais avec Jésus. Il a pris soin de moi. Six ans plus tard, mon père est revenu, m’a demandé pardon. Je l’ai pardonné. Quand je suis rentré chez moi, ma famille pensait que j’étais mort. Me voyant vivant, ils ont tous cru en Jésus. Aujourd’hui, toute ma ville connaît Christ comme « le Jésus de Tariku ».
Plus tard, j’ai étudié, obtenu un diplôme en comptabilité, puis un doctorat en leadership aux États-Unis. Aujourd’hui, je sers Dieu à l’échelle mondiale. Mon histoire est celle de la grâce divine. Dieu peut élever n’importe qui, de n’importe où, pour en faire un leader d’impact. Si tu as Jésus, tu as tout. Suis-le. Sers-le. Il est fidèle.
Un immense merci, Dr Tariku, pour cet entretien profond et inspirant. Que Dieu continue d’étendre votre ministère pour sa gloire.
Merci à vous. Que Dieu bénisse le Burkina Faso.
Pour le Journal Chrétien
Emmanuel LANKOANDE, avec la précieuse collaboration du pasteur Hachim Zongo.
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