« Black Lives Matter » en France, un combat pour l’égalité
par Yonathan Van der Voort et Caroline Pailliez
ROUEN (Reuters) – Mathilla Diagana, 19 ans, ne peut contenir ses larmes lorsqu’elle regarde, de sa chambre d’étudiante, la vidéo de George Floyd, plaqué au sol, qui a des difficultés à respirer, alors qu’un policier de Minneapolis lui appuie le genou sur la nuque.
« On ressent de la colère, de la tristesse. Ça me retourne en fait », dit-elle installée à son bureau, à côté du lit où trône une immense peluche en forme de licorne. « On se demande dans quel monde on vit? »
Elle se trouve à des milliers de kilomètres du lieu de l’altercation qui a mené au décès de l’américain, mais l’évènement a eu une résonance toute particulière pour cette jeune étudiante en droit, métisse, qui a grandi entourée de personnes blanches.
Comme des milliers de personnes à travers le monde, Mathilla Diagana, a manifesté dans le sillage de la mort de George Floyd, le 25 mai dernier pour dénoncer les violences policières et le racisme que subissent les minorités au quotidien.
Née d’un père originaire de Mauritanie et d’une mère française, la jeune femme a été placée à l’âge de 10 mois en famille d’accueil, dans un petit village de Normandie.
Petite, elle sentait les regards inquisiteurs que les passants pouvaient lancer à ses parents adoptifs, tous deux blancs, lorsqu’ils se promenaient en famille.
Durant ses jobs d’été, elle a essuyé des remarques sur ses cheveux et sa couleur de peau. En montant dans le bus, elle a vu des femmes serrer leur sac à main de peur qu’on ne le leur vole.
Quand elle croise des policiers, elle baisse le regard et change de trottoir.
« C’est presque une habitude. On apprend à vivre avec tout ça », dit-elle sans pour autant accepter la situation.
« J’AI PEUR POUR MES ENFANTS »
Lorsque la famille d’Adama Traoré, un jeune homme noir de 24 ans mort en 2016 dans des conditions controversées lors d’une opération de police, a appelé à manifester le 2 juin, elle a répondu présente.
Dans la foule, « on sentait la colère des gens et je me disais, je ne suis pas toute seule », raconte celle qui manifestait pour la première fois de sa vie.
Le mouvement « Black Lives Matter » a trouvé un écho particulier en France où les circonstances de la mort de Georges Floyd ont rappelé à leurs proches la façon dont Adama Traoré ou, plus récemment, Cédric Chouviat, sont décédés.
Plusieurs manifestations se sont tenues dans les dernières semaines, la dernière ayant réuni plus de 15.000 personnes à Paris samedi, selon la préfecture de police.
Face à la colère, le ministre de l’Intérieur Christophe a prôné la suspension automatique de tout agent soupçonné de racisme et a annoncé l’abandon de la technique controversée d’interpellation « par étranglement ».
Ces annonces n’ont rien enlevé à la motivation de Carole, 51 ans, venue protester samedi à Paris avec ses deux fils.
« Tous les jours, j’ai peur pour mes enfants ! », a-t-elle dit à Reuters, avant de partir pour la manifestation, dans sa cuisine où des photos de Nelson Mandela, Barack Obama, Martin Luther King ou encore Malcom X sont accrochées sur les murs.
Cette mère de famille, qui travaille comme chargé de la clientèle dans un magasin de la grande distribution, a donné des instructions claires à ses fils pour éviter tout dérapage : rester courtois en cas de contrôle d’identité, s’habiller correctement et toujours avoir des papiers d’identité sur eux.
« J’espère que les choses s’amélioreront, qu’on sera entendu », dit-elle. « On veut juste que tout le monde soit traité de la même façon quelle que soit la couleur de leur peau. »
(Edité par Jean-Michel Belot)
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