« Cherche soudeurs » : le recrutement, enjeu clé du nucléaire français
par Benjamin Mallet
PARIS (Reuters) – EDF veut faire appel à une nouvelle génération de soudeurs, de tuyauteurs ou encore de chaudronniers français pour prolonger son parc nucléaire et construire de nouveaux réacteurs, à l’heure où la crise énergétique européenne entraîne un regain d’intérêt pour l’atome, mais la main d’oeuvre risque de manquer.
Symbole des défis du groupe en matière de formation et de recrutement, EDF a dû faire appel ces derniers mois à des soudeurs venus des Etats-Unis et du Canada pour réaliser des réparations liées aux problèmes de corrosion de certains réacteurs.
L’électricien, qui a vu sa production nucléaire française chuter cette année à son plus bas niveau depuis 30 ans en raison de nombreux travaux de maintenance et de problèmes de corrosion inédits, est engagé dans une course contre la montre pour redémarrer un maximum de réacteurs avant l’hiver et ainsi éviter des coupures.
L’enjeu pour l’entreprise, en passe d’être intégralement renationalisée, est aussi de limiter l’effet pénalisant de la baisse de sa production sur ses comptes, qu’elle a dû continuellement revoir à la hausse depuis le début de l’année et qui, selon les dernières estimations en date, s’élève à 32 milliards d’euros.
Afin de répondre aux besoins du parc existant et concrétiser le projet de construction d’au moins six nouveaux réacteurs de type « EPR2 » sur près de 25 ans annoncé par Emmanuel Macron en février – pour un montant estimé à 51,7 milliards d’euros -, EDF se prépare à recruter massivement à travers le pays au cours des prochaines années.
Le groupe a notamment parrainé la création d’une Haute école de formation en soudage (Hefaïs), qui a ouvert ses portes le mois dernier en Normandie et accueille une quarantaine d’étudiants cette année, un chiffre qui devrait passer à 200 à partir de 2023. Au total, EDF prévoit d’avoir besoin de plus de 1.000 soudeurs en 2030, soit deux fois plus qu’aujourd’hui.
« DES OBJECTIFS ASSEZ AMBITIEUX »
Les besoins dépassent toutefois très largement cette seule catégorie. Selon EDF, la filière nucléaire française devra embaucher 10.000 à 15.000 personnes par an sur la période 2023-2030, contre 5.000 par an sur 2019-2022. Sur ce total, environ 3.000 recrutements annuels seraient liés au nucléaire au sein du groupe, contre 2.500 sur 2019-2022.
« Ce sont des objectifs assez ambitieux », estime Clément Bouilloux, responsable de la France au sein de la société de conseil EnAppSys.
« Il est absolument essentiel qu’EDF trouve la bonne main-d’œuvre, mais ce ne sera pas facile, d’autant plus qu’il prévoit de construire plusieurs nouveaux réacteurs en même temps. Nous n’avons pas connu une telle dynamique de construction dans le nucléaire depuis les années 1970. »
EDF cherche d’ores et déjà à attirer de la main d’oeuvre à Penly, la centrale normande choisie pour la première paire d’EPR2, dont la construction devrait commencer en 2024 et durer une douzaine d’années.
Un accord de mobilité, signé avec le syndicats le 8 novembre, prévoit une série de mesures incitatives à destination d’un premier contingent de quelque 70 salariés du groupe attendus sur le site dès la mi-2023, soit un an avant le début envisagé des premiers travaux préparatoires.
L’accord, que Reuters a pu consulter, inclut notamment une indemnité égale à deux mois de salaire brut liée aux frais engendrés par leur changement de résidence et un « pack découverte » qui leur permettra de se renseigner sur l’environnement autour du chantier.
« ON VEUT ATTIRER MAIS AUSSI FIDÉLISER LES SALARIÉS »
Il prévoit aussi un « pack mobilité EPR2 » de 9.000 à 11.250 euros par salarié – d’aide au déménagement et à la recherche d’un emploi du conjoint notamment – ; un soutien en matière de garde ou de scolarité des enfants ; ou encore l’accumulation d’un capital pour les salariés qui ne seront pas logés dans le parc EDF, versé chaque année, dans la limite de cinq ans de présence sur le chantier.
Selon des sources industrielles, les montants prévus sont plutôt généreux par rapport aux standards d’EDF.
« Sur un chantier de ce type-là, on veut attirer mais aussi fidéliser les salariés sur une durée suffisamment longue pour un projet qui va durer », a déclaré à Reuters Patrice Risch, directeur de l’emploi chez EDF.
Jean-Bernard Lévy, remplacé mercredi au poste de PDG du groupe par Luc Rémont, a imputé au manque de personnel une partie des difficultés rencontrées par l’entreprise pour régler rapidement les problèmes de corrosion, d’autant que les travaux ont lieu dans des zones d’exposition importante aux radiations.
Une centaine de soudeurs et de tuyauteurs venus des Etats-Unis et du Canada – employés notamment par l’américain Westinghouse – ont dû être été formés et habilités aux normes françaises pour intervenir sur les réacteurs du groupe en complément de près de 500 personnes déjà mobilisées.
Les syndicats et les dirigeants du secteur nucléaire ne manquent pas de souligner les changements de cap des gouvernements successifs, ces dernières années, à l’heure où la crise liée à la guerre en Ukraine remet en lumière les vertus de l’atome en matière d’indépendance énergétique et de lutte contre le changement climatique.
En France, la construction du parc actuel de 56 réacteurs, entre les années 1970 et les années 1990, a permis au pays de devenir le premier exportateur d’électricité d’Europe.
Mais la filière a souffert dans les années 2010 de pertes de compétences – qui ont fait du chantier de l’EPR de Flamanville un chemin de croix -, de l’absence de nouveaux projets dans la foulée de l’accident de Fukushima, survenu en 2011, et d’annonces de fermetures de réacteurs.
Après avoir confirmé lors son premier mandat l’objectif de son prédécesseur François Hollande de réduire la dépendance de la France au nucléaire, Emmanuel Macron a cependant lancé peu avant sa réélection le vaste chantier du renouvellement du parc de centrales du pays.
« DISPOSER DES COMPÉTENCES LES PLUS POINTUES »
« On manque de bras parce qu’on n’a pas assez d’équipes formées, et on sait notamment qu’un soudeur (ou) un tuyauteur, il faut trois ans pour les former », a expliqué l’été dernier Jean-Bernard Lévy.
« Pourquoi on n’a pas assez d’équipes formées ? Parce qu’on nous a dit ‘le parc nucléaire va décliner, préparez-vous à fermer des centrales’ (…) On n’a pas embauché des gens pour en construire douze, on en a embauchés pour en fermer douze », a-t-il ajouté en référence à l’actuel loi de programmation sur l’énergie, qui doit être révisée en 2023.
Luc Rémont, avant même sa nomination officielle à la tête d’EDF, a lui aussi mis en avant les défis du groupe en matière de recrutements.
« Je suis convaincu que disposer des compétences les plus pointues dans l’ensemble de la filière nucléaire est crucial pour parvenir à relever le niveau de la production et pour sécuriser aussi le grand programme industriel qui s’annonce avec la construction des nouveaux réacteurs en France », a-t-il dit fin octobre lors d’une audition à l’Assemblée nationale.
De source industrielle, on rappelle toutefois que les conditions dans lesquelles travaillent les ouvriers qualifiés du nucléaire sont souvent difficiles.
« Pour être un très bon soudeur, il faut être fait pour ça. On parle quand même de gens qui travaillent avec (…) des boules de métal dont la température de fusion est à 1.500°C (et) qui sont parfois la tête en bas. Si on prend 500 demandeurs d’emplois, cinq ans plus tard on n’a peut-être que cinq soudeurs au niveau dont on a besoin », selon un soudeur spécialisé dans les travaux du parc d’EDF.
L’industrie ne représente plus que 18% des emplois du secteur privé en France, contre 26% il y a vingt ans, mais les entreprises du secteur se plaignent régulièrement de manquer d’une main d’oeuvre qualifiée qui inverserait ce déclin.
Dans le BTP, les chantiers de nouveaux réacteurs nucléaires devront aussi faire face à la concurrence d’autres grands projets d’infrastructures, tels que le Grand Paris Express (nouvelles lignes de métro autour de Paris) et la liaison ferroviaire transalpine Lyon-Turin.
(Avec Silvia Aloisi et Leigh Thomas, édité par Blandine Hénault)
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Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
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2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
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Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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