Le Nobel de la paix récompense deux journalistes et met à l’honneur la liberté de la presse
Le prix Nobel de la paix 2021 a récompensé vendredi deux journalistes d’investigation, la Philippine Maria Ressa et le Russe Dmitri Mouratov, pour « leur combat courageux en faveur de la liberté d’expression ».
Le comité Nobel a souligné que les deux lauréats, dont le travail est contesté par le pouvoir en place dans leurs pays respectifs, étaient les représentants de l’ensemble des journalistes qui défendent cet idéal dans un monde où la démocratie et la liberté de la presse sont confrontées à des menaces croissantes.
Jamais la liberté de la presse n’avait été ainsi honorée par l’académie suédoise. Des journalistes n’avaient pas été distingués depuis le prix accordé à l’Allemand Carl von Ossietzky en 1936 (au titre de l’année 1935) pour avoir publié des informations sur le réarmement clandestin de l’Allemagne.
« Un journalisme libre, indépendant et basé sur des faits sert à protéger contre les abus de pouvoir, les mensonges et la propagande de guerre », a déclaré lors d’une conférence de presse la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen.
Déjà lauréate du prix de la liberté de la presse de l’Unesco, Maria Ressa, directrice du site d’information Rappler qu’elle a co-fondé en 2012, fait l’objet aux Philippines de plusieurs actions en justice, notamment pour « cyber-diffamation ».
La journaliste, qui est âgée de 58 ans, a publié des enquêtes très critiques sur le président philippin Rodrigo Duterte, au pouvoir depuis 2016, l’accusant de violations répétées des droits de l’homme. « Rappler » s’est notamment intéressé aux milliers de cas d’exécutions extrajudiciaires dénoncés dans l’archipel.
La journaliste, cible d’un harcèlement judiciaire selon Reporters sans Frontières (RSF), a été condamnée à six ans de prison pour diffamation, une peine pendante dans l’attente du résultat d’une procédure en appel.
« Je suis sous le choc », a-t-elle réagi dans une vidéo en direct sur « Rappler ». « Je suis sans voix », peut-on l’entendre déclarer lors de l’appel téléphonique – enregistré et diffusé par la suite – du secrétaire du comité Nobel, Olav Njoelstad, l’informant de sa récompense.
Dmitri Mouratov, 59 ans, est rédacteur en chef du journal d’investigation russe « Novaïa Gazeta », propriété de l’homme d’affaires Alexandre Lebedev et de l’ancien dirigeant Mikhaïl Gorbatchev.
Le journal, très critique envers Vladimir Poutine, a publié plusieurs enquêtes sur les violences en Tchétchénie, le conflit ukrainien et la corruption en Russie.
Le Kremlin a pourtant salué vendredi le travail de Dmitri Mouratov et lui a adressé ses félicitations.
« Il travaille sans relâche en accord avec ses idéaux, il leur est fidèle, il est talentueux et courageux », a dit à des journalistes le porte-parole Dmitri Peskov.
Spécialiste de la Tchétchénie, l’une des journalistes de « Novaïa Gazeta », Anna Politkovskaïa, avait été assassinée devant son domicile en 2006 à Moscou.
Les deux lauréats – qui se partageront la somme de 10 millions de couronnes norvégiennes (environ un million d’euros) – succèdent au Programme alimentaire mondial (Pam) des Nations unies, récompensé l’an dernier.
Le prix leur sera remis le 10 décembre à Oslo, sous réserve de conditions sanitaires favorables.
(Avec la contribution de Nora Buli et Victoria Klesty, rédigé par Gwladys Fouche et Terje Solsvik, version française Myriam Rivet et Sophie Louet, édité par Blandine Hénault)
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