L’Iran inflexible sur Ormuz, Trump invite les Américains à payer leur essence plus cher
par Eman Abouhassira, Enas Alashray et Humeyra Pamuk
DUBAÏ/LE CAIRE/NEW YORK, 15 août (Reuters) – L’Iran a invité samedi les États-Unis à reconnaître qu’ils ont perdu la guerre autour du détroit d’Ormuz, quelques heures après que Donald Trump a demandé aux Américains de se préparer au fait que les prix de l’essence resteraient durablement élevés.
Alors que les pourparlers de paix semblent au point mort, rien n’indique que l’on se dirige vers une fin prochaine de la guerre au Moyen-Orient et une reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
« Le détroit ne sera ouvert et fermé que sur décision de l’Iran, et tant que vous n’accepterez pas la réalité de la défaite et que vous continuerez à vous bercer d’illusions, l’Iran continuera à imposer le blocus », a écrit samedi sur la plateforme X le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi.
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araqchi a déclaré de son côté que Téhéran n’avait pas décidé de reprendre les négociations avec les États-Unis. Dans une interview publiée samedi par le média iranien Shahrara News, il ajoute qu’il incombe à Washington de respecter ses engagements avant toute reprise de la navigation dans le détroit d’Ormuz.
Semblant acter l’impasse diplomatique dans laquelle il se trouve en dépit de ses menaces régulières de bombardements apocalyptiques contre l’Iran, suivies de promesses d’accord « imminent », Donald Trump a invité les Américains à accepter de payer leur essence plus cher tant que le conflit avec l’Iran n’est pas terminé.
Lors d’un meeting vendredi soir à Garden City, dans l’État de New York, le président américain a répété que payer « un tout petit peu plus cher son essence » valait la peine pour s’assurer qu’un « pays très malfaisant » ne puisse pas se doter de l’arme nucléaire, son principal argument pour justifier la guerre.
Alors que Donald Trump avait fait campagne en promettant de faire baisser le coût de l’énergie, le prix de l’essence a augmenté de près de 30% depuis l’année dernière, selon les données de l’American Automobile Association.
LE DÉTROIT D’ORMUZ EST QUASIMENT FERMÉ
Les prix du baril de pétrole sont repartis à la hausse cette semaine, les contrats à terme de référence sur le Brent et sur le West Texas Intermediate progressant chacun de près de 6%.
« Personne ne peut prendre le contrôle du détroit d’Ormuz en envoyant un tweet ou un porte-avions, en donnant un ordre ou en prononçant un discours électoral », a ironisé Kazem Gharibabadi sur X.
Si l’Iran affiche sa défiance, il paie aussi le prix de l’enlisement du conflit et du blocus de ses ports par l’armée américaine, qui alimente une forte inflation, comme l’a reconnu le président Massoud Pezeshkian dans une allocution diffusée à la télévision d’État.
Donald Trump et son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, ont promis de resserrer encore l’étau autour de l’Iran en imposant de nouvelles sanctions la semaine prochaine.
« Ce que nous faisons rend un grand service au monde, pas seulement à nous-mêmes… et nous faisons vraiment du bon travail », a affirmé le président américain.
Pourtant, alors que les États-Unis disent régulièrement contrôler le détroit d’Ormuz, seuls deux navires l’ont traversé vendredi, dont aucun pétrolier. Et même s’il est possible que d’autres l’aient fait en éteignant leurs transpondeurs, le trafic est quasi nul et les risques considérables, comme l’ont rappelé les attaques menées jeudi soir contre deux navires de la Compagnie nationale pétrolière d’Abou Dhabi.
Le protocole d’accord conclu en juin pour mettre fin aux hostilités semble enterré, ce qu’a acté Abbas Araqchi en déclarant qu’il n’y a selon Téhéran aucune raison de discuter d’une prolongation du cessez-le-feu puisque celui-ci « n’a jamais existé ».
Dans le même temps, les Houthis ont ouvert un nouveau front dans le détroit de Bab el-Mandeb, porte d’entrée de la mer Rouge au large du Yémen, multipliant les attaques contre des navires ainsi que contre des infrastructures pétrolières en Arabie saoudite.
(Menna Alaa El Din et Enas Alashray au Caire, Humeyra Pamuk à Garden City (New York) et Jarrett Renshaw à Washington ; rédigé par Daniel Trotta et William Mallard ; version française Tangi Salaün)
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