Londres rejette les propositions de Bruxelles sur l’Irlande du Nord
par Kate Holton
LONDRES (Reuters) – Londres a rejeté mercredi les propositions avancées par l’Union européenne afin de trouver une issue au dossier des relations commerciales et des contrôles sur les biens transitant entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne.
Londres et Bruxelles sont engagés depuis des mois dans des discussions visant à clarifier les modalités des échanges commerciaux entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne régies par le « protocole nord-irlandais ».
Ce protocole intégré à l’accord post-Brexit a créé une frontière douanière de fait entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord afin de préserver la libre circulation des marchandises entre la province britannique et la République d’Irlande.
L’UE a proposé d’assouplir les mesures de contrôles douaniers à partir d’octobre, une proposition écartée par la ministre britannique des Affaires étrangère, Liz Truss, qui juge que cette solution ne réglerait pas le fond du problème et « sous certains aspects, serait un pas en arrière ».
« Les prix ont augmenté, le commerce est très perturbé et la population d’Irlande du Nord est soumise à des lois et à des taxes différentes de celle qui vit de l’autre côté de la mer d’Irlande, ce qui l’a privée d’exécutif tout en constituant une menace pour la sécurité », a plaidé dans un communiqué la secrétaire au Foreign Office.
Londres, a-t-elle ajouté, souhaite une solution négociée, mais « n’écarte aucune mesure susceptible de stabiliser la situation en Irlande du Nord si aucune solution ne peut être trouvée ».
Interrogé au sujet des dernières déclarations britanniques, le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, a mis en garde la Grande-Bretagne contre toute initiative unilatérale, dans une déclaration à des journalistes à Belfast.
« Une action unilatérale ne ferait qu’empirer la situation. (…) Cela entraînerait des actions en justice. Cela entraînerait potentiellement des contre-mesures » de la part de l’UE, a-t-il prévenu.
Selon The Times, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, pourrait recourir à ses pouvoirs législatifs pour supprimer les contrôles douaniers et inciter le secteur privé nord-irlandais à braver les règles européennes, une solution radicale qui ne fait pas l’unanimité à Westminster et qui pourrait attiser les tensions entre Londres et Bruxelles.
La République d’Irlande, l’Allemagne et l’Union européenne ont demandé à plusieurs reprises au gouvernement britannique de s’abstenir de tout mesure unilatérale, mais le succès des nationalistes aux élections locales organisées la semaine dernière en Irlande du Nord a conduit Londres à vouloir accélérer le mouvement.
Le Sinn Fein, favorable au maintien du protocole nord-irlandais, se heurte à la politique de la chaise vide du Parti unioniste démocrate (DUP, pro-britannique) qui bloque le fonctionnement des institutions de la province et qui a prévenu qu’il n’y participerait pas tant que la question des droits de douane n’aura pas été résolue.
Les accords de paix du Vendredi saint de 1998, qui avaient mis fin à la guerre civile, prévoient en effet qu’un Premier ministre nationaliste ne peut pas diriger la province sans un vice-Premier ministre unioniste.
(Avec la contribution d’Amanda Ferguson à Belfast, version française Nicolas Delame et Myriam Rivet, édité par Kate Entringer et Jean-Michel Bélot)
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