Les Kurdes cèdent la prison d’Al-Aktan, les USA transfèrent des détenus en Irak
23 janvier (Reuters) – Les autorités syriennes ont pris vendredi le contrôle de la prison d’Al-Aktan, à Raqqa (nord-est), aux termes de l’accord de cessez-le-feu conclu avec les Forces démocratiques syriennes (FDS), bras armé des Kurdes qui subissent une débâcle sans précédent au nom de l’unité de la Syrie.
L’avancée éclair des troupes de Damas, à laquelle les Etats-Unis, alliés des Kurdes, n’ont de toute évidence pas opposé de réserves, contraint la minorité kurde à renoncer au contrôle de zones autonomes du nord et du nord-est de la Syrie.
C’est pour le nouvel homme fort de Damas, Ahmed al-Charaa, un succès dans sa volonté de réunifier le pays et d’intégrer les minorités : la fin annoncée du Rojava, ou Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie, que les Kurdes avaient établi durant la guerre civile (2011-2024) avec l’appui des Etats-Unis et de la coalition internationale anti-Daech.
Les Kurdes, désormais seuls, se sont repliés vers leur fief d’Hassaké, gouvernorat du Nord-Est.
Le président syrien a annoncé dimanche un accord avec les forces kurdes qui prévoit leur intégration au sein de l’administration civile et militaire syrienne, la cession des provinces de Deir ez-Zor et Raqqa, et le transfert sous le contrôle de Damas et de l’armée américaine des ex-combattants de l’organisation Etat islamique (EI) et de leurs familles détenus dans des prisons ou des camps sous surveillance kurde.
L’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack, a estimé mardi que la mission des FDS était terminée et que les Etats-Unis n’avaient plus d’intérêt en une présence militaire de long terme en Syrie.
Ce bouleversement, territorial et politique, porte en germe un risque lié au devenir des djihadistes et de leurs proches.
TRANSFERT DE 7.000 PRISONNIERS EN IRAK
Les FDS ont mis en garde lundi contre la prise d’Al-Aktan, qui pourrait avoir selon eux « de sérieuses répercussions sécuritaires menaçant la stabilité et ouvrant la voie au retour du chaos et du terrorisme ».
Mardi, quelque 200 membres de l’EI, présentés comme des combattants « de grade inférieur » de Daech, se sont ainsi évadés de la prison de Shaddadi. Les forces gouvernementales sont parvenues à en capturer la majorité par la suite.
« Des équipes spécialisées issues du département de l’anti-terrorisme et d’autres structures ont été formées pour assurer la surveillance et la sécurisation de la prison et contrôler la sécurité à l’intérieur », a assuré vendredi le ministère syrien de l’Intérieur à propos de la prison d’Al-Aktan.
L’armée américaine a entrepris de transférer quelque 7.000 détenus en Irak, opération qui sera achevée « dans les prochains jours », a déclaré à Reuters un responsable américain sous le sceau de l’anonymat.
Les Etats-Unis ont maintenu un millier de soldats sur le territoire syrien.
Le commandement central de l’armée américaine (CENTCOM) a annoncé mercredi le transfert de 150 djihadistes de l’EI d’un centre de détention d’Hassaké vers l’Irak, dans le but de prévenir toute mutinerie dans les prisons autrefois sous le contrôle des Kurdes.
Les transferts, a précisé le responsable, concerne les détenus « les plus dangereux » qui viennent pour la plupart des prisons de la province d’Hassaké. Plusieurs nationalités sont représentées, et un certain nombre sont originaires d’Europe, a-t-il dit.
LA FRANCE ET LA QUESTION DES RAPATRIEMENTS
Selon des sources judiciaires irakiennes, les ex-détenus pris en charge à ce stade sont majoritairement d’origine irakienne mais des ex-combattants venus de France, Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne et Suède ont également été recensés.
La Cour suprême d’Irak a annoncé jeudi l’ouverture de procédures judiciaires à leur encontre.
Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a pressé jeudi les pays concernés de « prendre leurs responsabilités et de rapatrier leurs citoyens » afin de les traduire en justice. « Les terroristes non-irakiens ne seront en Irak que temporairement », a-t-il souligné dans un communiqué.
Ce sont les Kurdes, avec le soutien des Occidentaux, qui ont défait en 2019 le groupe Etat islamique et mis à bas son « califat » dans le Nord-Est syrien, dont la capitale était Raqqa.
Plus d’une dizaine de camps de prisonniers sont établis dans cette zone et abritent aux côtés des combattants de l’EI, des femmes et des enfants, pour certains français.
Les forces kurdes se sont retirées mardi d’Al-Hol, un camp qui héberge des milliers de proches des djihadistes de l’EI. Le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’Onu en a pris la responsabilité.
Selon le décompte de l’Onu, Al-Hol et un autre camp, Roj, abritent 28.000 civils, principalement des femmes et des enfants, originaires en majorité de Syrie et d’Irak. Au total, 8.500 ressortissants étrangers seraient présents dans ces camps, dont des Français.
« La situation dans le camp (d’Al-Hol) reste tendue et volatile, il y a des pillages et des incendies », a déclaré le porte-parole de l’Onu, Stéphane Dujarric, à des journalistes.
« Le problème ne doit pas devenir un fardeau stratégique de long terme pour l’Irak seul », a déclaré jeudi le vice-ambassadeur irakien à l’Onu, Mohammed Sahib Medjid Marzouk, devant le Conseil de sécurité.
« L’insistance de certains Etats à considérer leurs ressortissants terroristes comme une menace pour leur sécurité nationale et à refuser de les rapatrier est inacceptable », a-t-il souligné.
La France a privilégié jusqu’à présent des rapatriements « au cas par cas », choix contesté par l’Onu et par la Défenseure des droits française.
La présidence française a demandé jeudi dans un communiqué « une coordination au sein de la coalition anti-Daech pour assurer la sécurité et un transfert ordonné des centres de détention ».
La Syrie, a-t-elle souligné, « doit s’engager aux côtés de tous les alliés volontaires pour continuer la lutte contre Daech dans le respect de nos intérêts de sécurité qui sont aussi de ceux de la région, du reste de l’Europe et des Etats-Unis. »
(Ahmed Elimam, version française Sophie Louet, édité par Tangi Salaün)
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