Les conservateurs remportent les élections en Allemagne, malgré la poussée de l’AfD
par Sarah Marsh et Matthias Williams
BERLIN (Reuters) -Les conservateurs de la CDU/CSU ont remporté les élections législatives dimanche en Allemagne, ce qui devrait permettre à leur chef de file, Friedrich Merz, de devenir chancelier, même si les négociations pour former un gouvernement de coalition s’annoncent laborieuses.
Le bloc conservateur a obtenu environ 28,5% des voix, selon les projections, ce qui ne lui permet pas d’avoir la majorité absolue au Bundestag.
Le parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) est arrivé en deuxième position avec environ 20% des suffrages, ce qui constitue le meilleur résultat de l’histoire de ce parti anti-immigration et pro-russe fondé en 2013.
La dirigeante de l’AfD, Alice Weidel, qui a été soutenue par plusieurs proches du président américain Donald Trump pendant la campagne, a proposé à la CDU d’entamer des négociations pour former un gouvernement, hypothèse que Friedrich Merz a une nouvelle fois rejetée dimanche soir.
« J’ai toujours dit qu’il n’était pas question de former une coalition avec l’AfD », a déclaré le dirigeant conservateur, qui a émis l’espoir de former un gouvernement « d’ici Pâques », tout en reconnaissant que les négociations seraient « difficiles ».
Friedrich Merz, 69 ans, avait dit un peu plus tôt, dans un discours de victoire prononcé devant ses partisans réunis à Berlin, vouloir former « le plus rapidement possible un gouvernement opérationnel, avec une solide majorité parlementaire ».
Il a aussi plaidé pour une Europe forte et indépendante des Etats-Unis.
Le parti social-démocrate (SPD) du chancelier sortant Olaf Scholz est crédité d’environ 16,5%, son pire résultat électoral depuis la Seconde Guerre mondiale, tandis que les Verts, un de ses partenaires au sein de la coalition sortante, ont obtenu environ 12%.
Olaf Scholz, qui a reconnu un « résultat amer » dont il a dit endosser la responsabilité, a annoncé qu’il ne participerait pas – à titre personnel – aux futures négociations en vue de former un gouvernement.
Le chancelier sortant pourrait en revanche expédier les affaires courantes pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, alors que l’économie allemande, déjà fragilisée par les conséquences de la guerre en Ukraine, est menacée par la politique commerciale agressive de Donald Trump.
INGÉRENCE AMÉRICAINE
Le président américain menace de déclencher des guerres tarifaires avec l’Europe et d’imposer un accord de règlement du conflit ukrainien avec Moscou sans l’Ukraine ni les Européens.
L’Allemagne, dont l’économie est fortement dépendante des exportations et la sécurité très dépendante de Washington, se sent particulièrement vulnérable.
Les sondages reflètent un fort pessimisme des Allemands concernant leur niveau de vie, jamais mesuré depuis la crise financière de 2008. Le pourcentage de personnes estimant que leur situation s’est améliorée est passé de 42% à 2023 à 27% en 2024, selon l’institut Gallup.
L’attitude envers l’immigration s’est parallèlement durcie, dix ans après la politique d’accueil massif des réfugiés syriens mise en place par l’ex-chancelière conservatrice Angela Merkel, alors que plusieurs attaques imputées à des migrants ont rythmé la campagne.
Celle-ci a en outre été marquée par l’ingérence de plusieurs membres de l’équipe de Donald Trump, d’Elon Musk au vice-président J.D. Vance, qui ont ostensiblement manifesté leur soutien à l’AfD.
Le parti dirigé par Alice Weidel, ancienne consultante admiratrice de Margaret Thatcher, eurosceptique et anti-islam, a confirmé sa progression, ce qui va lui permettre d’exercer une influence importante au Bundestag.
« Notre main reste tendue pour former un gouvernement », a déclaré la dirigeante d’extrême-droite à ses partisans en liesse. Estimant qu’une coalition entre les conservateurs et des partis classés à gauche relèverait de la « fraude électorale », elle a promis que si tel devait être le cas, « la prochaine fois, nous arriverons en tête (des élections) ».
Aucun parti de gouvernement n’envisage une alliance avec cette formation suspectée par les services de renseignement de menacer le système démocratique allemand, même si Friedrich Merz a brisé un tabou fin janvier en s’appuyant sur les élus de l’AfD pour faire adopter une motion non contraignante appelant à une répression sévère contre l’immigration clandestine.
VOIR AUSSI: LE POINT sur les élections législatives anticipées en Allemagne
(Avec Andrew Gray ; version française Camille Raynaud, Jean-Stéphane Brosse et Tangi Salaün)
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