L’assassinat de Qassem Soleimani fait craindre que l’Irak devienne en champ de bataille
La frappe américaine qui a tué un commandant iranien de haut rang fait craindre aux Irakiens que leur pays ne se transforme en principal champ de bataille du conflit qui semble se dessiner entre l’Iran et les États-Unis.
Plus tôt vendredi, Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique de l’Iran, et Abou Mahdi al-Muhandis, chef adjoint des forces paramilitaires irakiennes du Hachd al-Chaabi, ont été tués lors d’une frappe près de l’aéroport de Bagdad, suscitant l’indignation de certains partis et hommes politiques irakiens.
Sabah Al-Sheikh, professeur de politique à l’université de Bagdad, a dit à Xinhua que le conflit américano-iranien est devenu évident en Irak et qu’il pourrait se propager dans d’autres régions du Moyen-Orient.
« Si les dirigeants irakiens et toutes les factions irakiennes ne font pas preuve de sagesse et de retenue face à ce conflit, le plus grand perdant sera le peuple irakien « , a prévenu M. Al-Sheikh.
M. Al-Sheikh a analysé les déclarations du président irakien Barham Salih et du chef religieux chiite, l’ayatollah Ali al-Sistani, ainsi que de certains autres dirigeants politiques, dans lesquelles ils condamnent les meurtres de Soleimani et d’Al-Muhandis.
Ils ont tous appelé à la retenue, à faire face avec sagesse aux conséquences de la frappe, car ils sont conscients de la gravité de la situation et veulent éviter la détérioration de la situation en matière de sécurité dans tout le pays, a-t-il dit.
Du fait que de nombreuses milices chiites pro-iraniennes sont stationnées en Irak, la plupart des dirigeants irakiens se rendent compte que l’Irak paiera le prix de tout affrontement américano-iranien, a dit M. Al-Sheikh.
L’Iran a la capacité de mener une attaque efficace contre les intérêts américains en Irak et dans la région, a-t-il ajouté.
« Il ne s’agirait pas nécessairement de frapper les bases militaires américaines en Irak ou l’ambassade des États-Unis à Bagdad, mais l’Iran a la capacité d’enflammer un conflit interne en Irak et de paralyser le pays par la violence et le chaos afin de rendre impossible l’influence des États-Unis dans le pays », a dit M. Al-Sheikh.
Hisham al-Hashimi, un expert irakien en affaires des groupes armés, a indiqué à Xinhua que les milices chiites ont la capacité et l’expérience nécessaires pour s’adapter à la frappe américaine.
« Les groupes militants chiites peuvent trouver des dirigeants aussi bons que ceux qui sont morts. Ils ont la préparation et la volonté nécessaires pour affronter des scénarios violents et imprévisibles », a-t-il affirmé.
Il estime cependant que la mort d’Abu Mahdi al-Muhandis pourrait compliquer la situation en Irak à court terme car il était le point de communication et de calme entre les différents groupes chiites rivaux.
Najib al-Jubouri, expert politique et conférencier à l’Université de Bagdad, a de son côté déclaré à Xinhua que la mort de Qassem Soleimani et d’Abu Mahdi al-Muhandis a détourné le conflit américano-iranien des coulisses des milices agissant pour le compte de l’Iran vers une confrontation directe.
« La nouvelle position a réduit les marges de manœuvre de chaque côté, augmentant le risque que la confrontation devienne incontrôlable, ce qui pourrait plonger le Moyen-Orient dans un bain de sang au début de 2020 », a-t-il averti.
Pour sa part, Ibrahim al-Ameri, analyste politique et professeur de politique à l’Université de Bagdad, a déclaré que l’assassinat ciblé de Qassem Soleimani est une autre « manifestation du conflit américano-iranien en Irak, et qu’il reflète également l’expansion du conflit entre les deux pays ».
Compte tenu du rôle de Qassem Soleimani dans la stratégie régionale de l’Iran et de son influence dans son pays et à l’étranger, a-t-il dit, l’intensité de la lutte américano-iranienne a augmenté en flèche, affectant la situation en Irak et dans tout le Moyen-Orient plus que l’attaque des pétroliers et celle des installations pétrolières saoudiennes l’année dernière.
Le Premier ministre irakien par intérim, Adel Abdul Mahdi, a fermement condamné l’attaque, qualifiant la mort d’Abu Mahdi al-Muhandis « d’agression contre l’Irak, son Etat, son gouvernement et son peuple ».
L’attaque est survenue après que des partisans des milices du Hachd al-Chaabi ont attaqué l’ambassade des Etats-Unis mardi à Bagdad.
Dimanche soir, les forces américaines ont bombardé le quartier général des 45e et 46e brigades du Hachd al-Chaabi, faisant 25 morts et 51 blessés.
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