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Chaos en Bolivie après la démission d’Evo Morales

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LA PAZ (Reuters) – Pillages, affrontements, barricades : la Bolivie a plongé dans le chaos lundi dans les heures qui ont suivi la démission du président socialiste Evo Morales.
Arrivé au pouvoir en 2006, le premier président indigène de l’histoire bolivienne a annoncé son départ dimanche, qu’il a confirmé lundi dans une lettre à l’assemblée législative, après avoir été abandonné par l’armée sur fond de violences à la suite de l’annonce controversée de sa réélection le 20 octobre.
Lire aussi : Evo Morales démissionne

Le président bolivien Evo Morales va quitter ses fonctions, a annoncé dimanche un communiqué diffusé par la télévision. Le chef d'Etat est contesté depuis le 20 octobre, date à laquelle il a été reconduit dans ses fonctions au terme d'un scrutin dont la sincérité est jugée viciée par l'opposition. /Image diffusée le 10 novembre 2019/REUTERS/Bolivian Government TV

Le président bolivien Evo Morales va quitter ses fonctions, a annoncé dimanche un communiqué diffusé par la télévision. Le chef d’Etat est contesté depuis le 20 octobre, date à laquelle il a été reconduit dans ses fonctions au terme d’un scrutin dont la sincérité est jugée viciée par l’opposition. /Image diffusée le 10 novembre 2019/REUTERS/Bolivian Government TV

Sa démission, ainsi que celle de son vice-président, crée une vacance du pouvoir dans l’attente des résultats d’un nouveau scrutin encore hypothétique.
« J’ai peur de ce qui va se passer. La ville est sens dessus dessous. Il y a des bagarres entre voisins », a déclaré une secrétaire de La Paz, Patricia Paredes, âgée de 25 ans.
Des bandes ont sillonné La Paz et d’autres villes durant la nuit. Des entreprises ont été attaquées, pro et anti-Morales se sont affrontés et des bâtiments ont été incendiés.
La plupart des écoles et commerces sont restés fermés, les transports publics étaient à l’arrêt et les routes bloquées.
L’armée a annoncé qu’elle avait mis en oeuvre des plans visant à protéger les services publics essentiels.
Evo Morales, qui est âgé de 60 ans, a quitté la Paz. La rumeur le dit toujours en Bolivie.
Il a expliqué qu’il avait choisi de démissionner pour contribuer à restaurer la paix. Mais il a réaffirmé lundi qu’il était la victime d’un complot ourdi par ses adversaires politiques, citant Carlos Mesa, son rival à la présidentielle, et Luis Fernando Camacho, un chef de file de la contestation.
Mais il a réaffirmé lundi qu’il était la victime d’un complot ourdi par ses adversaires politiques, citant Carlos Mesa, son rival à la présidentielle, et Luis Fernando Camacho, l’un des chefs de file de la contestation.
Lire aussi : Le dossier complet sur la démission d’Evo Morales
« Le monde et nos patriotes boliviens rejettent ce coup d’Etat », a dit le président démissionnaire sur Twitter. « Ils m’ont ému jusqu’aux larmes. Ils ne m’ont jamais abandonné. Je ne les abandonnerai jamais. »
Plusieurs alliés du dirigeant socialiste dans la région, parmi lesquels le président élu argentin Alberto Fernandez, ont eux aussi dénoncé un coup d’Etat.
Le Mexique lui a proposé l’asile. « C’est un coup d’Etat parce que l’armée a réclamé la démission du président, ce qui viole l’ordre constitutionnel », a estimé le chef de la diplomatie mexicaine, Marcelo Ebrard.
La Russie a apporté son soutien à Evo Morales, accusant l’opposition de violences.

« POLITIQUES ET CRIMINELS CHERCHENT TOUS À PROFITER DE LA SITUATION »

Au Venezuela, des opposants du président Nicolas Maduro ont célébré la démission de Morales, qualifié de « dictateur », espérant que Maduro serait le prochain sur la liste.
De son côté, Donald Trump a estimé que la démission de Morales constituait un « moment important pour la démocratie » et adressait un « signal fort aux régimes illégitimes du Venezuela et du Nicaragua ».
L’Organisation des Etats américains (OEA) a annoncé qu’elle tiendrait une réunion extraordinaire consacrée à la situation en Bolivie mardi à 15h00 (20H00 GMT) à son siège de Washington.
Une vidéo largement partagée sur internet montre des personnes à l’intérieur de la propriété du président démissionnaire, dont les murs sont recouverts de graffitis.
Waldo Albarracin, figure de l’opposition bolivienne, a de son côté déclaré sur Twitter que sa maison avait été incendiée par des partisans de Morales.

Le ministre mexicain des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard (photo) a déclaré dimanche que le Mexique était disposé à offrir l'asile au contesté président bolivien Evo Morales, qui a annoncé dans la journée qu'il allait démissionner après que l'armée lui a recommandé de quitter le pouvoir et sous la pression de la rue. /Photo prise le 4 août 2019/REUTERS/Luis Cortés

Le ministre mexicain des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard (photo) a déclaré dimanche que le Mexique était disposé à offrir l’asile au contesté président bolivien Evo Morales, qui a annoncé dans la journée qu’il allait démissionner après que l’armée lui a recommandé de quitter le pouvoir et sous la pression de la rue. /Photo prise le 4 août 2019/REUTERS/Luis Cortés

« Les gens essaient de semer le chaos », a déclaré Edgar Torrez, un homme d’affaires de 40 ans, habitant La Paz. Pour lui, « politiques et criminels cherchent tous à profiter de la situation ».
Aux termes de la loi, le président du Sénat est chargé d’assurer l’intérim en cas d’absence de président et de vice-président. Mais la présidente du Sénat, Adriana Salvatierra, a elle aussi quitté ses fonctions dimanche soir.
La deuxième vice-présidente du Sénat, la chrétienne Jeanine Añez a annoncé qu’elle était disposée à assumer la présidence intérimaire, « seulement pour faire le nécessaire afin de convoquer des élections transparentes ».
Elle a déclaré que le Sénat se réunirait mardi et exhorté les membres du Mouvement pour le socialisme (MAS), le parti de Morales, à assister à la séance pour tenter de trouver une solution constitutionnelle à la crise.
La démission de Morales doit encore être approuvée par l’Assemblée législative, convoquée par les deux chambres du Congrès, ce qui pourrait être repoussé à mercredi, de nombreux élus avant expliqué qu’ils ne pouvaient pas se rendre à La Paz pour des raisons de sécurité.
Sous la présidence de Morales, la Bolivie a affiché l’un des plus forts taux de croissance d’Amérique latine et son taux de pauvreté a été réduit de moitié. Mais sa volonté de rester au pouvoir en briguant un quatrième mandat lui a fait perdre une partie de ses soutiens, y compris au sein de la communauté indigène.
(Avec Gram Slattery, Monica Machicao à La Paz, Dave Graham à Mexico, Matt Spetalnick à Washington, Tom Balmforth à Moscou, Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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