Pierre Nkurunziza est mort !
La présidence burundaise vient d’annoncer le décès de Pierre Nkurunziza, le chef de l’État. Mais cette disparition marque surtout le départ d’un personnage politique extrêmement controversé…
C’est dans la journée du mardi 9 juin que la présidence burundaise, par le biais d’un communiqué de deux pages, a annoncé le décès inattendu du président Pierre Nkurunziza. La version officielle parle d’un arrêt cardiaque et d’une aggravation soudaine, mais certaines sources médicales évoquent discrètement un trépas dû au covid-19.
Il faut dire que l’épouse de l’illustre disparu, en la personne de Denise Bucumi, avait été transportée en urgence pour soins intensifs au Kenya le 28 mai, car elle aurait été atteinte du coronavirus. C’est d’ailleurs de Nairobi qu’elle est immédiatement remontée sur Bujumbura, accourant dès qu’elle a appris que l’état de santé de son mari avait commencé à dégringoler sérieusement.
Pierre Nkurunziza s’est fait remarquer en intégrant les FDD (forces pour la défense de la démocratie) en 1995, un groupe rebelle au sein duquel il a participé à plusieurs actions militaires contre l’armée régulière burundaise. C’est sous cette casquette qu’il signera les accords d’Arusha en 2002, mettant fin à un long conflit armé et se propulsant au rang de ministre de la bonne gouvernance et de l’inspection générale de l’État.
En 2005, il est élu président de la République par l’Assemblée nationale et le Sénat, après que son nouveau parti du CNDD-FDD avait remporté les élections législatives un mois auparavant. En 2010 il organise une présidentielle (cette fois-ci au suffrage universel) très mouvementée, car de nombreux opposants sont arrêtés et d’ailleurs il sera réélu avec 91 % des voix, et en étant le seul candidat au scrutin.
Démarre alors une longue crise politique au Burundi, avec un Pierre Nkurunziza de plus en plus isolé sur la scène internationale, et autoritaire sur le champ national. Il finira par être réélu une fois de plus en 2015 alors que les dispositions de la Constitution ne l’autorisaient préalablement plus à être candidat…
La disparition de cet homme marque la fin d’une personnalité forte sur le plan politique africain, avec notamment des positions régulièrement nationalistes. On se souvient que Pierre Nkurunziza ne tenait pas toujours compte des avis des Occidentaux sur sa gestion de l’économie burundaise, sur les droits de l’Homme, sur l’administration de la vie politique burundaise. Certaines organisations internationales sont allées jusqu’à le taxer de dictateur, mais cet ex-rebelle né le 18 décembre 1964, n’en avait cure.
Son dernier fait d’armes est l’expulsion du territoire burundais de plusieurs dignitaires de l’OMS, au motif qu’ils auraient contesté sa gestion de l’épidémie de coronavirus en ses terres. D’ailleurs le président s’était vertement opposé aux mesures de confinement observées dans plusieurs pays du monde, demandant à ses populations de continuer à vivre normalement et de vaquer tranquillement à leurs occupations. Il s’était d’ailleurs lui-même montré dans les marchés serrant des mains, et profitant des bains de foule. Il a laissé le championnat de football se poursuivre tandis que le sport était arrêté partout ailleurs. Et mieux, il déclarait à qui voulait l’entendre que « C’est Dieu Lui-même qui me protège et qui sauvera la vie de tous les Burundais. »
Pierre Nkurunziza est mort le lundi 8 juin 2020, et il avait 55 ans. On retiendra qu’il avait su organiser la transition du pouvoir avant son décès, puisqu’il n’était plus candidat à la dernière présidentielle organisée en mai dernier. Il devait d’ailleurs céder le pouvoir prochainement à son successeur qui se nomme Évariste Ndayishimiye.
Ecclésiaste Deudjui
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