Sur la Côte-d’Azur, la retraite ensoleillée face à la réforme Macron
Aux premières heures du matin, un embouteillage d’avirons anime le petit port de La Darse devant les locaux du club nautique de Villefranche-sur-Mer, près de Nice.
Joëlle Svetchine, une dynamique retraitée de 64 ans, se fraie un passage en douceur pour sa sortie du jour sur l’une des plus belles rades de la Côte-d’Azur avec vue sur la « presqu’île des milliardaires » de Saint-Jean-Cap-Ferrat.
« Le fait de ramer, c’est un moyen de se vider la tête », s’enthousiasme cette ancienne kinésithérapeute et ergonome, fervente avocate du système de retraite à la française.
« J’ai beaucoup de chance d’avoir du temps libre (…), de ne plus avoir le souci du travail », ajoute-t-elle. « J’ai l’impression de retrouver la liberté que j’avais à 20 ans. »
Cette sportive à la silhouette affûtée est partie à la retraite à 61 ans et demi, légèrement plus tôt que la moyenne nationale qui est à 62 ans et un mois, et bien plus tôt que la moyenne européenne.
Sa situation peut faire rêver. Présidente du club d’aviron de Villefranche-sur-Mer, elle occupe ses semaines entre ses sorties en mer, ses cours de ping-pong, le cinéma et des séances de Pilates. Elle voyage au moins deux fois par an en profitant « des tarifs avantageux hors saison » et se rend régulièrement à Paris pour voir sa mère et l’un de ses deux fils.
L’âge moyen de départ à la retraite en France est l’un des plus bas des pays industrialisés et le revenu médian des retraités en parité de pouvoir d’achat y est le troisième plus élevé d’Europe après le Luxembourg et l’Autriche, selon des données de la Commission européenne.
Une telle qualité de vie a un coût, évalué à environ 13,9% du PIB selon l’OCDE, ce qui place la France en troisième position des pays européens en termes de dépenses pour les retraites derrière l’Italie et la Grèce.
TRAVAILLER PLUS LONGTEMPS
Mais l’exécutif répète que les Français doivent se préparer à travailler plus longtemps pour faire face aux chocs démographiques et financer des retraites de plus en plus longues.
Dans son avant-projet de loi, le gouvernement avait instauré un « âge pivot » à 64 ans en 2027 – âge auquel les assurés pouvaient prétendre à une retraite à taux plein – ce qui aurait amené un tiers de français à rester plus longtemps sur le marché du travail.
Face à la levée de boucliers des syndicats, le chef du gouvernement a proposé de retirer temporairement cette mesure, à charge pour les partenaires sociaux de trouver une alternative qui permette d’équilibrer le système des retraites en 2027, dans le cadre d’une conférence sur le financement qui débute jeudi.
Joëlle Svetchine, qui a d’abord été kinésithérapeute dans le privé à Paris puis dans le public à Nice, est devenue ergonome à la fin de sa carrière dans le but d’améliorer les conditions de travail du personnel soignant à l’hôpital.
Elle avait l’habitude de voir des personnes « esquintées à partir de 50 ans », des infirmières, des aides-soignantes, usées à force de porter les patients ou de travailler la nuit. Elle s’inquiète donc de l’impact d’une telle réforme.
« Je pense que c’est difficile de faire une règle pour tout le monde. Dans tous les boulots, le corps s’esquinte », dit-elle. « Je vois bien qu’à l’étranger, en Allemagne, dans tous ces pays-là, on travaille plus longtemps, mais dans quel état? »
La solution consisterait peut-être, estime la retraitée azuréenne, à appliquer une diminution progressive du temps de travail en fin de carrière « afin que les personnes puissent se ressourcer dans la semaine ».
Le gouvernement assure que le futur régime universel par points, qui doit remplacer les 42 régimes existants, sera plus équitable, notamment pour les femmes, souvent obligées d’attendre la fin de la décote à 67 ans.
Joëlle Svetchine est sensible à cet argument, elle qui est loin de toucher une retraite à taux plein, sa carrière ayant été pénalisée par un long congé maternité et par des années de travail à temps partiel.
Elle soutient néanmoins la mobilisation dans la fonction publique et dans les transports. Instaurer un âge commun de départ à la retraite sans tenir compte de la pénibilité des métiers serait totalement injuste, dit-elle.
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