CAMEROUN : Longue Longue, la voix critique qui n’a plus de refuge ni en Europe ni au pays
YAOUNDÉ, 18 juin 2026 — Ce n’est pas un retour au pays choisi, ni une tournée, mais une trajectoire d’étau. L’artiste camerounais engagé Simon Longkana Agno, connu sous le nom de Longue Longue, va foulé à nouveau le sol national après plusieurs mois en France, dans une situation où plus aucun territoire ne lui offre de protection : d’un côté des papiers périmés et une procédure d’éloignement en France, de l’autre un mandat d’arrêt qui l’attend déjà à la descente de l’avion.
En France, l’administration a fermé la porte
Fin mai 2026, l’interprète d’Ayo Africa a été placé plusieurs jours en centre de rétention administrative aux abords de Strasbourg, après notification d’une obligation de quitter le territoire français. Si aucune source officielle n’a formellement confirmé une expulsion exécutée d’office, tous les observateurs concordent : son séjour n’est plus régulier et tout recours a échoué. Ceux qui parlent de « renvoi forcé » s’appuient sur la durée de sa rétention ; l’administration française évoque quant à elle simplement « la fin de validité des droits au séjour ». Reste le fait essentiel : l’Europe ne lui sert plus de rempart.
Au Cameroun, la justice l’attend au tournant
Ce qui rend le scénario exceptionnellement lourd, c’est que l’avis de recherche et d’arrestation a été signé au Cameroun le 15 juin 2026, soit quasiment au moment où il quittait le centre de rétention. Le parquet général le vise pour outrage au chef de l’État, et ordonne son interpellation immédiate sur tout le territoire. Derrière cette qualification judiciaire, c’est bien sa parole libre, ses prises de position contre le pouvoir depuis plus de quinze ans, qui sont en ligne de mire.
Des blessures jamais refermées
Ce retour ravive surtout le spectre d’octobre 2024, quand il avait lui‑même diffusé des images datant de 2019 où l’on voit des agents de la Sécurité militaire lui infliger de violents sévices. « Ceux qui m’ont fait ça veulent toujours ma peau », répète‑t‑il depuis. Une enquête administrative a bien été ouverte à l’époque. Ses conclusions n’ont jamais été rendues publiques.
Aujourd’hui, le constat est amer pour les défenseurs des libertés : celui qui chantait l’Afrique libre se retrouve sans asile, coincé entre une puissance européenne qui le rejette et un État contre lequel il a témoigné, et qui aujourd’hui le réclame.
Sources : RFI, BBC Afrique, parquet général du Cameroun, documents administratifs consultés, collectif Artistes et Libertés
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