Grève à la RATP, une affaire de famille pour un conducteur de métro
par Caroline Pailliez
PARIS (Reuters) – Ecoeuré par des années de restructuration à la RATP, Yannick Stec est décidé à batailler longtemps contre le gouvernement d’Emmanuel Macron pour faire échouer la réforme des retraites chère au président de la République.
Ce conducteur de métro de la ligne 6, qui manifestait mardi avec des milliers d’autres personnes à Paris, est entré à la Régie autonome des transports parisiens à l’âge de 18 ans. Son père et son grand-oncle y étaient déjà salariés, tout comme sa femme et sa belle-soeur encore aujourd’hui.
Pour ce conducteur de 37 ans, qui a perdu l’usage d’une partie de son pied droit après un grave accident de travail en 2006, la colère trouve sa source bien au-delà du projet de réforme des retraites.
Comme de nombreux autres agents, il dit avoir perdu peu à peu le sens de son travail, pressé par des objectifs de rentabilité qui rentrent, selon lui, en conflit avec la mission de service public qu’il s’était promis d’accomplir.
« Ça fait quinze années dans l’entreprise qu’on subit des transformations qui sont gigantesques », a-t-il dit à Reuters la veille de la manifestation, dans le salon de son appartement du 16e arrondissement, un logement social qu’il occupe avec sa femme et ses trois enfants.
« On nous dit qu’il faut aller plus vite. Tout en allant plus vite, il faut être responsable de la sécurité (…) On subit des suppressions de postes, on s’adapte de façon permanente », ajoute-t-il, assis à côté de la chaise berçante de son nouveau-né de quatre semaines.
« Ça s’arrête quand? Ce n’est jamais suffisant. Il faut toujours faire des efforts, il faut toujours aller chercher des points de croissance qui n’arrivent jamais. »
En 2018, la RATP affichait une hausse de 3,2% de son chiffre d’affaires, un gain attribuable à une augmentation des recettes voyageurs, ainsi qu’à des gains de productivité liés à la réorganisation de la maintenance et des programmes d’économies.
Ces gains ont permis de diminuer de 1% les charges d’exploitation du groupe, selon le dernier rapport financier.
L’entreprise se prépare, par ailleurs, tout comme la SNCF, à l’ouverture à la concurrence, à commencer par les lignes de bus au 1er janvier 2025, puis les lignes de tramway en 2030 et de métro et de RER en 2040.
Pour Yannick Stec, la réforme des retraites, qui entraînera la suppression du régime spécial de la RATP, est la « goutte d’eau qui fait déborder le vase ».
« INACCEPTABLE »
Emmanuel Macron dit vouloir instaurer un régime unique plus juste et plus lisible pour l’ensemble des Français, mais le conducteur de la RATP n’y croit pas.
C’est une façon, selon lui, de « nous faire travailler plus longtemps, pour gagner moins ». « C’est inacceptable », dit-il, en précisant que les calculs faits par la CGT montrent que les agents de la RATP risquent de perdre entre 15% et 20% de leur pension actuelle.
Dans ce régime, les conducteurs de bus et de métro, les agents de maîtrise et certains cadres peuvent partir à la retraite à l’âge de 52 ans.
Mais comme pour le privé, la génération née en 1973 ne touchera le taux plein qu’avec 43 ans de cotisation. Seuls les salariés embauchés avant 2009 bénéficient d’une bonification de cinq annuités s’ils ont au moins 25 ans de carrière.
Avec un salaire mensuel de 2.249 euros, en partie bonifié par des dimanches travaillés et des heures effectuées de nuit, Yannick Stec ne pense pas faire partie des « nantis ». Un sentiment que partagent beaucoup d’autres agents, fortement mobilisés depuis le 5 décembre.
Plus d’une dizaine de lignes de métro restent fermées depuis le 5 décembre.
« Il y a une forte détermination. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu ça. Même des agents d’habitude discrets sont déterminés à ne pas lâcher », a dit Yannick Stec, précisant être prêt à tenir jusqu’à Noël.
Gilet rouge à l’effigie de la CGT sur le dos, drapeau accroché à son sac, le conducteur de métro a rejoint mardi sa belle-soeur dans le cortège qui partait du boulevard des Invalides pour se rendre à Denfert-Rochereau.
« On est une petite famille RATP », dit Sonia Latouz, qui est entrée dans l’entreprise à l’âge de 19 ans. « On est tous très impliqués dans la mobilisation. »
(Caroline Pailliez, édité par Jean-Stéphane Brosse)
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