Exclusif: L’Usaid n’a trouvé aucune preuve de vol massif de l’aide à Gaza par le Hamas
par Jonathan Landay
WASHINGTON (Reuters) – Une étude du gouvernement américain n’a trouvé aucune preuve de vol systématique par le Hamas de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, ce qui remet en question la principale raison invoquée par Israël et Washington pour mettre en place un nouveau système de distribution d’aide militarisé, fortement décrié.
L’étude, qui n’a pas encore été publiée, a été effectuée par le Bureau de l’assistance humanitaire de l’Usaid, qui était le principal bailleur de fonds de l’aide américaine à Gaza avant que l’administration Trump ne gèle toute l’aide aux pays étrangers en janvier.
Avant de rendre leurs conclusions fin juin, les experts ont étudié 156 cas de vol ou de perte de fournitures financées par les États-Unis, qui ont été signalés par des organisations humanitaires partenaires de Washington entre octobre 2023 et mai 2025.
L’analyse n’a trouvé « aucune information alléguant que le Hamas » a bénéficié de l’aide financée par les États-Unis, selon un diaporama de présentation des conclusions vu par Reuters.
Un porte-parole du département d’État, devenu l’autorité de tutelle de l’Usaid après le retour de Donald Trump à la Maison blanche, a rejeté ces conclusions, affirmant qu’il existe des preuves vidéo du pillage de l’aide par le Hamas. Il n’en a cependant fourni aucune à l’appui de son propos.
Le porte-parole a également accusé les organisations humanitaires traditionnelles de vouloir cacher le détournement de l’aide.
Le rapport de l’Usaid conteste cette dernière affirmation, soulignant au contraire que ses partenaires sur le terrain ont tendance à surdéclarer les détournements et les vols d’aide par des groupes sous le coup de sanctions ou désignés comme des organisations terroristes par les États-Unis – telles que le Hamas et le Djihad islamique – parce qu’ils veulent éviter de perdre le financement américain.
FAMINE DE MASSE
Les conclusions de l’étude ont été transmises aux dirigeants de l’Usaid et aux responsables du département d’État chargés de la politique au Moyen-Orient, ont indiqué deux sources au fait du dossier.
Israël, qui impose un blocus total à la bande de Gaza, a invoqué de supposés pillages du Hamas pour prendre le contrôle de la distribution de l’aide, avec le soutien des États-Unis, ce qui a aggravé les conditions de vie dans l’enclave, où s’étend désormais une « famine de masse », selon plus d’une centaine d’organisations humanitaires.
D’après le Programme alimentaire mondial (Pam), agence des Nations unies, près d’un quart des 2,1 millions d’habitants de l’enclave sont confrontés à une situation de quasi famine. Des médecins palestiniens et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) témoignent de plus en plus régulièrement de décès d’enfants victimes de la faim.
L’Onu tient par ailleurs les forces israéliennes pour responsables de la mort de plus d’un millier de Gazaouis en quête de nourriture ces deux derniers mois, la plupart à proximité des sites de distribution d’aide de la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), un groupe paramilitaire américain.
Selon l’analyse de l’Usaid, 44 des 156 incidents au cours desquels des cargaisons d’aide ont été signalées comme volées ou perdues étaient « directement ou indirectement » imputables à des opérations militaires israéliennes, comme des bombardements ou des changements d’itinéraires intempestifs.
PAS DE DÉTOURNEMENT GÉNÉRALISÉ
Les conclusions de l’étude émettent une réserve : l’identité des Palestiniens qui reçoivent l’aide ne pouvant être vérifiée individuellement, il est possible que des fournitures financées par les États-Unis aient terminé entre les mains de membres du Hamas.
Le fait qu’aucun détournement généralisé n’ait été identifié « ne signifie pas qu’il n’y a pas eu de détournement du tout », a précisé une source au fait du document.
Pour autant, les conclusions de l’Usaid contredisent le narratif israélien selon lequel le Hamas détournait massivement l’aide humanitaire pour asseoir son contrôle sur la population de Gaza.
Interrogée à ce sujet, l’armée israélienne a déclaré à Reuters que ses allégations étaient fondées sur des rapports des services de renseignement selon lesquels des combattants du Hamas s’étaient emparés de cargaisons en montant « à la fois secrètement et ouvertement » à bord de camions.
Environ un quart de l’aide distribuée à Gaza aurait ainsi été détournée au profit des combattants du Hamas ou revendue aux civils, selon l’armée israélienne.
Le Hamas nie ces allégations. Un responsable de la sécurité du Hamas a déclaré qu’Israël avait tué plus de 800 policiers et agents de sécurité affiliés au Hamas qui tentaient de protéger les véhicules d’aide et les itinéraires des convois. Leurs missions étaient coordonnées avec l’Onu.
Reuters n’a pas pu vérifier de manière indépendante les affirmations du Hamas et du gouvernement israélien, qui n’a fourni aucune preuve à l’appui de ses accusations.
(Avec la contribution de Maayan Lubell à Jerusalem; version française Tangi Salaün, édité par Kate Entringer)
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