L’Europe finit dans le rouge, la guerre continue de peser
par Diana Mandia
27 mars (Reuters) – Les Bourses européennes ont terminé en nette baisse vendredi, plombées par les doutes quant aux progrès réels accomplis pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, qui dure depuis près d’un mois et maintient les prix du pétrole à un niveau élevé.
À Paris, le CAC 40 a perdu 0,87% à 7.701,95 points et à Francfort, le Dax allemand a reculé de 1,32%.
Le Footsie britannique, aidé par la hausse du prix du pétrole, a clôturé pratiquement inchangé (-0,05%).
L’indice EuroStoxx 50 a fini sur un recul de 1,05%, le FTSEurofirst 300 a perdu 0,88% et le Stoxx 600 a abandonné 0,94%
La semaine, marquée par une forte volatilité, s’achève néanmoins sur un gain de 0,36% pour le Stoxx 600 et de 0,47% pour le CAC 40, qui mettent ainsi fin à trois pertes hebdomadaires consécutives.
Le nouveau report par le président américain Donald Trump de sa menace de détruire les centrales électriques iraniennes n’a pas dissipé les craintes des investisseurs, qui redoutent surtout un scénario de guerre prolongée alors que les attaques se poursuivent et que le détroit d’Ormuz reste fermé de facto.
L’Iran devrait présenter ce vendredi une contre-proposition au plan américain en 15 points visant à mettre fin à la guerre, a déclaré à Reuters une source informée à Washington, mais, pour l’instant, cette information a laissé les investisseurs plutôt de marbre.
Le régime iranien laisse par ailleurs entendre que les forces américaines stationnées dans la région seraient prochainement ciblées.
« Les paroles seules ne suffisent plus aujourd’hui, la prolongation par le président Trump de la suspension des frappes énergétiques contre l’Iran n’ayant pas réussi à redonner le moral de manière significative », déclare Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown, qui ajoute que les marchés attendent des preuves tangibles de progrès.
« Les marchés d’actions ne commenceront pas à se stabiliser de manière significative tant que des négociations n’auront pas été engagées pour prévoir explicitement la réouverture du détroit d’Ormuz. L’Iran tient l’économie mondiale à sa merci », souligne pour sa part Chris Beauchamp, analyste chez IG.
Le scepticisme règne et, en conséquence, le répit observé sur les prix du pétrole en début de semaine s’est avéré temporaire, et les craintes inflationnistes qui accompagnent les cours de l’énergie restent l’une des principales préoccupations des opérateurs.
PÉTROLE
Le Brent prend 3,34% à 111,62 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) gagne 4,51% à 98,74 dollars.
Les cours du pétrole s’apprêtent toutefois à enregistrer leur première baisse hebdomadaire depuis le 9 février dernier après une semaine très volatile.
Le Brent, référence mondiale pour les cours du brut, a pris plus de 52% depuis le début du mois.
VALEURS
Pernod Ricard a rebondi de 7,9%, après avoir confirmé la veille être en discussions avec le groupe américain Brown-Forman, propriétaire de la marque de whisky Jack Daniel’s, en vue d’une éventuelle fusion. L’information, d’abord dévoilée par Bloomberg, a fait chuter le titre Pernod-Ricard de plus de 5% jeudi.
Air France-KLM, pénalisée par les prix du pétrole, a reculé de plus de 4%.
LVMH a fini en légère baisse (-0,5%) après que l’autorité italienne de la concurrence (AGMC) a annoncé vendredi l’ouverture d’une enquête sur LVMH Profumi e Cosmetici Italia, filiale du géant français du luxe, Sephora Italia et Benefit Cosmetics, pour d’éventuelles pratiques commerciales déloyales liées à l’encouragement de l’usage de produits de soins de la peau chez les mineurs.
Ailleurs en Europe, AstraZeneca a pris 3,4%, le laboratoire pharmaceutique ayant annoncé que son traitement expérimental contre les maladies respiratoires avait atteint ses principaux objectifs dans deux essais cliniques de phase avancée.
A WALL STREET
A l’heure de la clôture en Europe, le Dow Jones perd 1,12%, le Standard & Poor’s 500 1,07% et le Nasdaq Composite 1,51%.
L’opérateur de croisières Carnival Corp recule d’environ 4% après avoir revu à la baisse vendredi sa prévision de bénéfice annuel, les hausses des coûts du carburant pesant sur les marges.
LES INDICATEURS DU JOUR
Le moral des consommateurs américains a reculé en mars à son plus bas niveau depuis trois mois, la guerre au Moyen-Orient faisant grimper les prix du pétrole et suscitant des inquiétudes quant aux perspectives économiques, montrent les résultats définitifs de l’enquête mensuelle de l’Université du Michigan publiée vendredi.
En France, le déficit public s’est résorbé en 2025, à 5,1% du produit intérieur brut (PIB), davantage qu’anticipé par le gouvernement (5,4%), selon les données publiées vendredi par l’Insee.
Au Royaume-Uni, les ventes au détail ont reculé en février mais de façon moindre que prévu, selon les chiffres officiels publiés vendredi.
CHANGES
Le dollar gagne 0,17% face à un panier de devises de référence et s’apprête à enregistrer sa plus forte progression mensuelle depuis près d’un an, la guerre au Moyen-Orient incitant les investisseurs à se réfugier dans la devise américaine plutôt que dans les valeurs refuges traditionnelles, telles que l’or ou les obligations d’État.
Le yen a par ailleurs franchi vendredi la barre symbolique des 160 yens pour un dollar pour la première fois depuis juillet 2024, date à laquelle les autorités japonaises étaient intervenues pour la dernière fois afin de soutenir la devise japonaise.
L’euro perd 0,05% à 1,1520 dollar.
TAUX
Les rendements des obligations américaines à long terme sont en légère hausse, tandis que ceux des titres à court terme se détendent.
Le rendement des Treasuries à dix ans prend près de 1 point de base à 4,4238%. Le deux ans recule de 5,6 points de base à 3,9283%.
Les marchés estiment désormais à environ 60% la probabilité que la Réserve fédérale américaine (Fed) relève ses taux cette année, ce qui marque un revirement radical par rapport à fin février, où les opérateurs tablaient sur deux baisses.
Thomas Barkin, président de la Fed de Richmond, a dit vendredi que la guerre, ainsi que le développement rapide des technologies d’intelligence artificielle (IA) avaient assombri les perspectives de la banque centrale, ce qui devrait justifier le maintien des taux d’intérêt à leur niveau actuel pour l’instant.
Dans la zone euro, les craintes inflationnistes ont à nouveau fait grimper les rendements.
Le rendement du Bund allemand à dix ans a pris 4,3 points de base à 3,1056%, touchant un plus haut niveau depuis 15 ans.
Celui de l’obligation à deux ans a quant à lui reculé de près de 2 points de base à 2,6946%.
Les taux des OAT françaises à 10 ans n’ont pas non plus été épargnés et ont atteint en séance leur plus haut niveau depuis juin 2009, à 3,889%. Le rendement a pris 6,5 points de base pour finir à 3,8502%.
Les craintes sur les prix ont fait grimper à 71% les paris sur une hausse des taux d’intérêt par la Banque centrale européenne (BCE) en avril, selon les données compilées par LSEG.
A SUIVRE LE 30 MARS : [L8N40E122]
(Certaines données peuvent accuser un léger décalage)
(Rédigé par Diana Mandiá)
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