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Les investisseurs bientôt à court de temps pour se préparer au véritable choc pétrolier

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par Ankur Banerjee et Amanda Cooper

SINGAPOUR/LONDRES, 1er mai (Reuters) – Obnubilés par l’engouement pour l’IA, qui a propulsé le marché des actions à des niveaux records, et nourris par l’espoir d’une guerre de courte durée en Iran, les investisseurs ne se sont pas prêts à faire face à un doublement des prix du pétrole physique.

Mais la fenêtre de tir pour s’y préparer risque de bientôt se refermer.

Alors que la guerre au Moyen-Orient est entrée dans son troisième mois et que le détroit d’Ormuz reste fermé, les raisons derrière la confiance des marchés sont, au-delà de l’intelligence artificielle (IA) et ses promesses attendues, nombreuses, ne fût-ce que les bons résultats d’entreprises publiés ces dernières semaines.

En avril, le Standard & Poor’s-500 et le Nasdaq ​ont signé leurs plus fortes hausses mensuelles ‌depuis 2020. Et le S&P 500 a atteint de nouveaux records jeudi.

Si des pressions sur les prix se font jour ​dans les enquêtes de conjoncture et les anticipations d’inflation ⁠des consommateurs, la croissance et l’emploi restent relativement stables et les banques centrales mondiales laissent entendre qu’elles ne se précipiteront pas pour relever leurs taux d’intérêt.

C’est ‌sur le marché physique, où s’échangent des barils de ‌brut réels et de produits raffinés, plutôt que sur le marché des contrats à terme où tout se passe par voie électronique, que se cache le véritable enjeu du secteur énergétique.

Avoisinant les 130 dollars le baril, les prix sur le marché physique sont environ 70% plus élevés qu’en février, qu’il s’agisse du Forties de la mer du Nord, du Cabinda angolais ou du Troll norvégien.

Cela reflète des coûts énergétiques bien plus élevés pour ​l’économie mondiale que ne le laissent entendre les contrats à terme sur le Brent, qui s’échangent autour de 110 dollars le baril, soit 50% de plus qu’à la fin du mois de février.

Le Brent livrable dans 12 mois s’établit au-dessus de 80 dollars le baril, soit 20% de plus que les niveaux de fin février.

« Les marchés physiques reflètent la réalité sur le terrain, tandis que le marché à terme reflète davantage les perceptions et les espoirs », a déclaré Tamas Varga, analyste chez le courtier en énergie PVM Oil Associates.

« On pourrait dire que les marchés physiques sont le véritable reflet de ce qui se passe réellement aux alentours du détroit d’Ormuz », a-t-il ajouté.

UN MILLIARD DE BARILS PERDUS

Le conflit en cours au Moyen-Orient a provoqué la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel ⁠transitent en temps normal 20% des approvisionnements énergétiques mondiaux.

Vitol, le plus grand négociant en pétrole au monde, estime qu’un milliard de barils d’approvisionnement pourraient être perdus d’ici à ce que le marché se redresse.

Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de ⁠l’énergie (AIE), a déclaré en avril que les prix du pétrole ne reflétaient pas la situation actuelle et que le monde devait se préparer à des prix bien plus élevés.

Selon Frédérique Carrier, responsable de la stratégie d’investissement chez RBC Wealth Management, une règle empirique veut qu’un choc pétrolier doive durer entre trois et six mois pour avoir un impact durable sur l’inflation.

« Nous n’en sommes pas encore tout à fait là, mais nous y serons bientôt », a-t-elle déclaré, ajoutant que sa firme adoptait une position neutre sur le marché des actions, mais privilégiait les placements liés aux matières premières, tels que le transport maritime et l’entreposage.

Les négociants en pétrole soumettent leurs comptes à des tests de résistance dans un scénario où ⁠les prix du ‌brut atteindraient 200 à 300 dollars le baril, a déclaré Jeff Webster, cadre du groupe Gunvor, spécialiste mondial du négoce de matières premières, lors du FT Global Commodities Summit ⁠au début du mois d’avril.

Andrew Chorlton, directeur des investissements en titres à revenu fixe auprès de M&G, a déclaré être devenu « plus tactique » en matière de titres à revenu ​fixe, en s’intéressant aux divergences entre ​les pays ou aux courbes de rendement des obligations d’État.

Les anticipations d’inflation des consommateurs sont en hausse. Il en va de même pour les indicateurs de marché, tels que les swaps d’inflation, qui montrent que les investisseurs tablent sur une ​inflation américaine d’environ 3,53% dans un an et d’environ 2,75% dans cinq ans, soit au-dessus de l’objectif de 2% de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Ces mesures étaient plus proches de 2,4% en février, avant le déclenchement de la guerre, selon les données de LSEG. La situation est similaire en zone euro et au Royaume-Uni.

Laura Cooper, ‌stratège en investissement mondial chez Nuveen, a déclaré que ​sa firme conservait une exposition aux technologies d’IA compte tenu de leur rentabilité, mais qu’elle la contrebalançait avec des « valeurs à dividendes croissants », des infrastructures et des actifs réels tels que l’immobilier et les sociétés minières aurifères, afin de se couvrir ​contre les risques.

LES TENDANCES À LONG TERME SONT-ELLES MENACÉES ?

Quelle que soit l’ampleur de la perturbation, les marchés finissent par réévaluer les risques associés, les chaînes d’approvisionnement s’adaptent, la volatilité s’atténue et les investisseurs se recentrent sur les grandes tendances à long terme.

« Il est impossible de savoir s’il s’agit d’un point de basculement tant que le marché n’y a pas réagi », a déclaré Paras Gupta, qui gère des portefeuilles discrétionnaires pour le compte de particuliers fortunés en Asie pour UBP à Singapour.

« Nous devons simplement attendre de voir et faire preuve de souplesse. Tout le monde a le doigt sur la gâchette », a-t-il ajouté.

Selon les analystes, le principal risque lié à la crise iranienne réside dans les changements qui pourraient affecter précisément le long terme.

En moins de 18 mois, l’administration Trump a bouleversé le commerce mondial et les relations ⁠internationales, générant un niveau d’incertitude quasi sans précédent quant à la fiabilité des États-Unis en tant que partenaire économique et sécuritaire.

« Il ne s’agit pas seulement de savoir quand la guerre prendra fin, mais plutôt de comprendre comment se déroule cette ‘rupture », qui modifie tant les politiques que les attitudes du public », a déclaré Tina Fordham, fondatrice du cabinet de conseil en stratégie politique Fordham Global.

« Lorsque les risques géopolitiques ​se concrétisent et frappent les marchés financiers, il est généralement trop tard pour les atténuer », a-t-elle ajouté.

(Rédigé par Ankur Banerjee à Singapour ​et Amanda Cooper à Londres ; version française Coralie Lamarque, édité par Benoit Van Overstraeten)

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