La pause de la Fed aurait pu attendre encore un peu, selon Mirabaud
PARIS – La Réserve fédérale a décidé mercredi de ne pas procéder à ce qui aurait été une onzième hausse consécutive de ses taux d’intérêt, une décision sans surprise qui s’accompagne d’une projection selon laquelle deux autres hausses d’un quart de point de pourcentage sont à prévoir avant la fin de l’année.
John Plassard, spécialiste en investissements chez Mirabaud, revient sur les principales annonces de la banque centrale américaine.
1/ Avez-vous été surpris par le ton « faucon » de la Fed ?
John Plassard – « Non, parce qu’en regardant ce que dit la Fed, en particulier Jerome Powell depuis la réunion de Jackson Hole l’an dernier, le ton a toujours été extrêmement ‘hawkish’, avec des références à Paul Volcker (à la tête de la Fed dans les années 1980), à la nécessité de maintenir des taux élevés etc. Le consensus depuis près d’un an n’y croit pas du tout et essaie de pousser la Fed à la faute, sans succès. Les ‘dot plots’ montrent encore deux hausses de taux et pas de baisse avant au moins une année.
« Ce qui m’a peut-être surpris, c’est la prévision de deux hausses de taux, alors que je n’en voyais qu’une puis une longue pause. Mais cette posture de la Fed se justifie. On oublie qu’elle agit en fonction de ses mandats. Si le plein emploi est atteint, ce n’est pas le cas de la stabilité des prix. Pour y parvenir, il faut maintenir des taux élevés. Le bémol ce sont les effets secondaires des hausses de taux, que ce soit par exemple sur l’immobilier mais aussi sur les banques régionales. »
2/ Pourquoi dites-vous que le consensus ne croit pas la Fed depuis un an ?
« La Fed, comme la Banque centrale européenne, s’est trompée dans la lecture du cycle inflationniste ce qui mis a mal sa crédibilité. On a l’impression que la « forward guidance » – un outil extrêmement important avec pour effet d’estomper le choc potentiel d’une variation de taux – n’a plus le même impact. Malgré un discours ‘ultra-hawkish’, le Nasdaq à Wall Street a fini en petite hausse mercredi, le Dow Jones a un peu perdu. Les gens se disent que la Fed se trompent peut-être…
« Alors que le consensus fait toujours le pari d’une récession pour la fin d’année, plus aucun membre de la Fed ne table dessus. La banque centrale se montre plus optimiste que dans ses prévisions de mars. Le taux de chômage, une donnée qui n’a pas été comprise par la Fed, ne remonte pas malgré le resserrement monétaire. Il y a eu des changements de mentalité après le COVID-19, le rapport au travail de la nouvelle génération est différent etc. Et la consommation, qui représente 73% du PIB, ne craque pas. Il n’y a pas d’effondrement des ventes au détail, le secteur des services tient extrêmement bien. »
3 / Était-il donc judicieux pour la Fed de faire une pause ?
« Je dirais non très honnêtement. Si on avait encore une hausse de 25 points de base prévue, d’accord, mais si c’est deux fois 25 comme le disent les ‘dot plots’, je pense qu’il aurait été plus judicieux de faire une hausse en juin et en juillet avant une pause à l’été pour regarder les données. Là, on a l’impression que la Fed zappe cette réunion pour se focaliser sur juillet. (Ce statu quo) est un peu inutile, l’inflation est quand même là.
« La prochaine étape est maintenant une hausse en juillet, autrement la crédibilité de la Fed sera encore plus abîmée. Je pense qu’ils se sont dit que le discours ‘ultra-hawkish’ de mercredi aurait l’effet d’une hausse de taux et pas vraiment celui d’une pause. La Fed n’a pas arrêté son combat contre l’inflation, un animal difficile à maîtriser. Elle atteindra son objectif mais au prix d’un travail plus difficile que ce que dit la théorie, parce que l’emploi reste extrêmement fort, d’une manière qui n’est pas maîtrisée par la Fed. »
(Propos recueillis par Laetitia Volga, édité par Blandine Hénault)
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