Grande-Bretagne: Chute de la livre, hausse des rendements obligataires, inquiétudes sur les finances
par Amanda Cooper
LONDRES (Reuters) – La livre sterling a chuté jeudi, sur fond de hausse des rendements obligataires dans le monde, le Gilt britannique étant particulièrement touché par le mouvement après avoir grimpé à un sommet de 16 ans et demi, alors que les inquiétudes montent sur l’état des finances de la Grande-Bretagne.
Le gouvernement britannique a toutefois jugé jeudi que le fonctionnement des marchés était « ordonné », écartant la possibilité d’une intervention.
Jeudi, à l’heure de la clôture des marchés européens, la livre sterling est en baisse de 0,6% à 1,229 dollar, après avoir touché en séance un plus bas depuis novembre 2023. La monnaie britannique se dirige vers une troisième séance consécutive dans le rouge, portant ses pertes sur cette période à environ 2%. Il s’agirait de sa baisse la plus importante depuis février 2023.
Contre l’euro, la livre recule de 0,3%, à 83,77 pence, touchant sur la séance un plus bas de deux mois.
Les investisseurs s’inquiètent de la hausse de l’inflation, d’une possible réduction du rythme des baisses de taux d’intérêt, de la manière dont la nouvelle administration américaine du président élu Donald Trump mènera sa politique étrangère ou économique. La perspective d’une émission de milliards de dollars de dettes supplémentaires a fait grimper les rendements obligataires dans le monde entier cette semaine.
LE RENDEMENT DU GILT À UN PIC DEPUIS 2008
Parmi les principales économies de la planète, le marché britannique a été le plus durement touché. Les rendements des obligations britanniques de référence à 10 ans ont grimpé d’un quart de point cette semaine pour atteindre leur niveau le plus élevé depuis 2008, alors que la confiance dans les perspectives budgétaires de la Grande-Bretagne se détériore.
A la clôture, le rendement du titre à 10 ans atteignait 4,808%, en baisse de 8 pb sur la séance.
D’ordinaire, des rendements plus élevés soutiennent la livre sterling, mais cette relation s’est rompue, reflétant l’inquiétude des investisseurs à l’égard des finances du pays.
« Avec l’affaiblissement de la livre sterling, on se demande de plus en plus si la Banque d’Angleterre (BoE) peut réduire ses taux aussi rapidement que prévu », explique Jim Reid, stratège chez Deutsche Bank.
« Ainsi, globalement, cette hausse des rendements augmente le risque que le gouvernement enfreigne ses règles budgétaires et doive annoncer de nouvelles mesures d’assainissement (hausses d’impôts et/ou réductions des dépenses), tandis que l’affaiblissement de la monnaie accentuera les pressions inflationnistes dans le même temps », ajoute-t-il.
Dans un communiqué publié mercredi soir, le ministère britannique des Finances a assuré que son engagement à respecter les règles budgétaires n’était pas négociable.
Mais le renchérissement des coûts d’emprunt s’ajoute aux obstacles auxquels la ministre des Finances Rachel Reeves est déjà confrontée. Elle prévoit de céder des centaines de milliards de livres d’obligations cette année pour financer les services publics et les investissements afin de stimuler la croissance tout en respectant les règles du gouvernement limitant les niveaux d’endettement et de dépenses.
La livre sterling a été l’une des devises les plus performantes par rapport au dollar au cours des deux dernières années, en grande partie en raison de la politique de la Banque d’Angleterre consistant à maintenir ses taux directeurs à des niveaux plus élevés que ceux des autres grandes banques centrales.
PIMCO PAS INQUIET
Aux Etats-Unis, le futur président américain, qui entrera en fonctions le 20 janvier, s’est engagé à relever les droits de douane sur les importations et à durcir les textes sur l’immigration, ce qui risque d’alimenter les pressions sur les prix et de limiter la capacité de la Réserve fédérale américaine à réduire ses taux. Cela a fait grimper en flèche le dollar par rapport à pratiquement toutes les autres devises.
Le marché des produits dérivés montre que les opérateurs pensent que la Fed procédera à une seule baisse des taux cette année, alors que la banque centrale américaine prévoit deux baisses des taux.
Le marché britannique, quant à lui, affiche des attentes presque identiques à l’égard de la BoE.
Le Royaume-Uni fait face à une faible croissance, une inflation persistante et un marché du travail qui se détériore. Le pays est à la traîne par rapport aux Etats-Unis, qui font preuve de résilience dans pratiquement tous les domaines.
La prime exigée par les investisseurs pour détenir des titres d’État britanniques à 10 ans plutôt que des bons du Trésor américains a bondi à environ 20 points de base, son niveau le plus élevé depuis début novembre.
Le rendement des obligations d’État britannique à 30 ans a également atteint son plus haut niveau depuis 1998 cette semaine, dans le sillage de la hausse des rendements à long terme dans le monde entier.
A la clôture, le rendement du titre à 30 ans atteignait 5,377%, en baisse de 5,2 pb sur la séance.
Il faut remonter à septembre 2022 pour observer de fortes turbulences sur le marché obligataire britannique lorsque que l’éphémère Première ministre Liz Truss avait présenté un mini-budget prévoyant des milliards de livres de réductions d’impôts non financées. Cela avait provoqué sa démission et forcé la BoE à intervenir pour stabiliser le marché.
Malgré les turbulences actuelles sur les marchés obligataire et monétaire britanniques, Pimco, l’un des plus grands investisseurs obligataires au monde, a dit rester positif sur les obligations d’Etat britanniques.
Le fonds obligataire américain, à la tête de 2.000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, estime qu’une grande partie de la hausse des rendements britanniques est liée à la montée de leurs équivalents américains.
« Même si des facteurs spécifiques au Royaume-Uni comme le budget ont contribué à la hausse, la majeure partie de l’augmentation a été liée à la hausse des rendements des bons du Trésor américain au cours de la même période », a déclaré à Reuters Peder Beck-Friis, économiste chez Pimco.
(Reportage Amanda Cooper; avec la contribution de Harry Robertson; version française Claude Chendjou, édité par Kate Entringer)
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