Crédit Agricole a reçu le soutien informel de Rome sur Banco BPM – sources
par Giuseppe Fonte et Valentina Za
ROME (Reuters) – Crédit Agricole a reçu le soutien informel du gouvernement italien avant d’annoncer vendredi la hausse de sa participation dans Banco BPM, ont rapporté à Reuters deux sources proches du dossier.
L’augmentation de la participation de Crédit Agricole intensifie la bataille en cours dans le secteur bancaire en Italie. Elle a commencé lorsque UniCredit a fait le mois dernier une offre publique d’achat sur Banco BPM, faisant dérailler le plan du gouvernement visant à faciliter la fusion entre Banco BPM et Monte dei Paschi di Siena.
Sollicité, Crédit Agricole s’est refusé à tout commentaire.
La banque française a déclaré vendredi avoir porté sa participation de 9,9% à 15,1% dans Banco BPM via des instruments dérivés, tout excluant une offre publique d’achat sur l’ensemble du capital. Le groupe bancaire français cherche à obtenir l’approbation de la Banque centrale européenne (BCE) pour monter jusqu’à 19,99% au capital de Banco BPM.
Sous couvert d’anonymat, les sources ont déclaré que Crédit Agricole avait informé au préalable le cabinet de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et avait obtenu son accord informel.
CONSOLIDATION DU SECTEUR BANCAIRE
Par ailleurs, une source au fait de la stratégie du Crédit Agricole a déclaré à Reuters que la banque française cherchait à renforcer sa position en termes de négociation afin de protéger ses accords commerciaux en Italie, son principal marché hors de France.
Crédit Agricole est devenu le principal actionnaire de Banco BPM en 2022, peu après une tentative de rachat avortée de Banco BPM par UniCredit.
Crédit Agricole est partenaire de Banco BPM dans les secteurs du crédit à la consommation et de l’assurance. Sa filiale de gestion d’actifs, Amundi, a un contrat de distribution avec UniCredit qui expire en 2027.
Présente en Italie depuis 1972, la banque française a connu une croissance régulière dans le pays, en partie grâce à de petites acquisitions. Des responsables à Rome ont auparavant déclaré à Reuters que la banque avait toujours rassuré le gouvernement sur sa stratégie, excluant toute démarche trop agressive pour accroître ses parts de marché.
Cette stratégie n’a pas changé, a dit l’une des sources.
Le feu vert du gouvernement italien, ainsi que celui de la BCE, est nécessaire pour que Crédit Agricole puisse accroître encore sa participation dans Banco BPM.
Le gouvernement italien dispose de prérogatives lui permettant de bloquer ou de soumettre sous certaines conditions les rachats d’entreprises dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, les télécommunications et la banque.
En vertu de ces prérogatives, le gouvernement a son mot à dire sur l’actionnariat des sociétés stratégiques cotées à la Bourse de Milan lorsque certains seuils de participation sont franchis.
Andrea Orcel, l’administrateur délégué d’UniCredit, a déclaré que son groupe ne pouvait pas se permettre d’être mis à l’écart alors que la consolidation du secteur bancaire dans la péninsule s’accélère. Banco BPM avait décidé d’acheter le gestionnaire de fonds Anima Holding et de prendre une participation dans Monte dei Paschi quelques jours avant qu’UniCredit ne lance son offre avec une prime proche de zéro.
(Reportage Giuseppe Fonte à Rome et Valentina Za à Milan; version française Claude Chendjou, édité par Kate Entringer)
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