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Stephan Kronbichler, nouveau président des réformés valaisans

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Avocat et protestant engagé, ce Saviésan vient d’être élu à la tête de l’Eglise réformée évangélique du Valais (EREV).

Dès le mois de mai 2024, il sera la président des protestants valaisans. Elu à l’unanimité ce samedi, lors du synode de l’Eglise réformée évangélique du Valais (EREV), Stephan Kronbichler, 53 ans, occupait déjà le poste de vice-président de l’institution religieuse. Opérant ainsi une rocade avec le pasteur Gilles Cavin, l’avocat, formé à Zurich, prendra la tête d’une Eglise minoritaire dans un canton majoritairement catholique. L’occasion d’évoquer les défis qui l’attendent, de la nouvelle Constitution à la pénurie de pasteurs. Interview.

Vous serez président de l’EREV au printemps 2024. Quel est le défi principal de votre Eglise pour les années à venir? 

Le défi principal est de redéfinir le rôle de l’Eglise dans une situation de sécularisation toujours plus forte, où l’individualisme est de plus en plus prononcé. L’Eglise est donc obligée de se réinventer afin de répondre aux nouvelles préoccupations des personnes.

Quelles sont ces nouvelles préoccupations justement?

Il y a bien sûr le souci du changement climatique, mais également la peur face aux guerres qui flambent non loin de nos frontières. Ces derniers temps, c’est surtout la crainte d’une précarisation de la classe moyenne qui s’est ajoutée, face à un coût de la vie toujours plus élevé. Nous avons l’impression que notre existence n’est plus aussi sûre et tranquille qu’autrefois.

Les Valaisans voteront le 3 mars 2024 au sujet de la nouvelle Constitution adoptée par la Constituante. Les Eglises réformée et catholique n’ont pas encore communiqué à ce sujet. Pourquoi?

La raison est d’ordre purement pratique. Les actuelles élections aux Etats nous rendraient moins audibles si nous communiquions maintenant sur le texte constitutionnel qui sera proposé au vote populaire. Nos deux Eglises se positionneront bientôt, et conjointement. Toutefois, au niveau protestant, nous ne donnerons pas de consigne de vote. Et nous ne nous prononcerons que sur les articles de la Constitution qui nous concernent.

Êtes-vous donc contre le positionnement politique des Eglises? 

Oui. Je trouve très problématique, de la part des Eglises, de donner des consignes sur le champ politique en affirmant ce qui est «juste». L’Evangile ne permet d’ailleurs pas forcément de donner des réponses définitives à des thématiques politiques actuelles. De plus, au sein d’une Eglise, il existe des avis de tous bords. A titre d’exemple, il n’y a pas d’unanimité chez les protestants valaisans sur la question de la «fin de vie digne et librement choisie», mentionnée par la nouvelle Constitution.

Les catholiques semblent en revanche majoritairement gênés par la question du suicide assisté. Votre façon de faire cause commune avec l’Eglise catholique est-elle donc toujours pertinente? 

Nous avons bien plus de valeurs communes que de divergences avec les catholiques. Dans une société qui se sécularise à grande vitesse, il est donc indispensable, à mes yeux, de continuer à collaborer étroitement avec l’Eglise catholique, comme nous le faisons déjà sur le terrain, notamment dans les aumôneries.

L’EREV est-elle contente de la place donnée aux Eglises par le nouveau projet de Constitution? 

Oui. Le rôle important joué par les Eglises est explicitement reconnu. Cela se traduit non seulement par un maintien du financement étatique qui est accordé aux deux Eglises de droit public, mais aussi et surtout par la mise en avant de la dimension spirituelle de la personne humaine.

Le nouveau financement de l’Eglise sera assuré par l’Etat et plus par les communes. Quels enjeux cela suppose-t-il? 

Tout l’enjeu sera de définir le contenu du contrat de prestations que nous devrons passer avec l’Etat. Nous aurons donc à cœur de réaffirmer notre intérêt public, notamment grâce au travail entrepris dans les aumôneries de prison ou d’hôpital. Toutefois, nous ne sommes pas uniquement présents sur les questions sociales. Le culte et la dimension spirituelle sont très importants à revaloriser comme services à la collectivité.

Il a été dit lors du synode de samedi que les affaires d’abus dans l’Eglise catholique avaient également un impact négatif sur les Eglises réformées. Quels sont les effets de ces révélations? 

Il est évident qu’un amalgame est fait avec toutes les Eglises chrétiennes. La population ne fait pas de différence, ce qui renforce un certain éloignement. Nous avons toutefois la chance, dans l’EREV, de n’avoir à ma connaissance jamais connu de cas d’abus.

La pénurie de pasteurs a également été évoquée. A quel moment la situation valaisanne va-t-elle devenir critique à ce sujet? 

La situation est déjà préoccupante actuellement. Nous avons de la peine à remplacer les pasteurs, et faisons souvent appel à des pasteurs à la retraite en remplacement.

Vous avez convenu avec le président sortant, le pasteur Gilles Cavin, qu’il garde certains de ses mandats, notamment le dialogue œcuménique. Être laïc, en tant que président d’Eglise, est-il un inconvénient? 

Absolument pas. C’est une richesse. Etant avocat de métier, ma formation de juriste m’a déjà été extrêmement bénéfique dans mes fonctions à l’exécutif de l’EREV, notamment sur des questions RH, ou dans les relations avec les communes ou les autorités politiques.

Une rémunération est prévue pour votre fonction de président, mais vous avez décidé d’y renoncer. Pourquoi? 

J’ai la chance de vivre dans un pays qui va bien, d’avoir une magnifique famille et un métier qui me passionne. Je trouve donc important de rendre quelque chose à la société, dans la mesure où on peut le faire.

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