Lueur d’espoir à Bruxelles sur le plan de relance, le marathon se poursuit
par John Chalmers et Gabriela Baczynska
BRUXELLES (Reuters) – Au quatrième jour d’un sommet qui devait n’en durer que deux, les dirigeants de l’Union européenne ont fait état lundi de progrès dans la recherche d’un compromis sur un vaste plan de relance de l’économie du bloc, tout en se montrant mesurés sur les chances de parvenir à un accord.
Pour la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, fervents promoteurs de ce plan de relance, une prudence teintée d’optimisme était de rigueur lundi à la mi-journée, alors qu’une nouvelle réunion plénière était programmée dans l’après-midi.
L’ouverture de cette réunion a été reportée à plusieurs reprises et elle est désormais prévue à 16h00 GMT (18h00 en France), ceci afin de permettre de nouvelles rencontres bilatérales susceptibles de favoriser l’émergence d’un compromis.
« Nous allons aborder notre quatrième jour de négociations après une nuit qui s’est terminée au petit matin avec les espoirs possibles d’un compromis. Rien n’est encore acté, je resterais donc extrêmement prudent », a déclaré le président français à la presse.
Le chef de l’Etat a cependant souligné qu' »il y a un esprit de compromis qui est là », même s' »il y a eu des moments très tendus » et en dépit de la perspective d’autres « moments qui seront sans doute encore difficiles ».
De son côté, Angela Merkel a fait part de son souhait de voir les discussions se solder par un accord, en dépit des difficultés émaillant la négociation, marquée par l’opposition des Etats dits « frugaux » au projet initial.
Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, à la tête de ces pays partisans d’une stricte orthodoxie budgétaire, a déclaré lundi matin que les discussions pouvaient encore se solder par un échec, « mais il y a un peu plus d’espoir que la nuit dernière quand je pensais que c’était terminé », a-t-il noté.
« De difficiles négociations viennent de s’achever et nous pouvons être très satisfaits du résultat d’aujourd’hui. Nous continuerons cet après-midi », a de son côté déclaré le chancelier autrichien Sebastian Kurz, dont le pays appartient également au camp des « frugaux ».
Dans sa courte déclaration à la presse à la mi-journée, Emmanuel Macron a lancé une mise en garde à peine voilée aux tenants de cette position, en prévenant que « ne pas aujourd’hui être au rendez-vous de l’esprit de compromis et de l’ambition, c’est prendre le risque de revenir dans des moments plus durs et, pour certains qui sont soucieux de cela, qu’au final cela nous coûte plus cher ».
L’ÉTAT DE DROIT, AUTRE POINT DE FRICTION
Lors d’un repas rassemblant dimanche soir les dirigeants européens, le président du Conseil Charles Michel s’était efforcé de convaincre les uns et les autres d’avancer vers une solution négociée, leur rappelant que la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus avait déjà tué 600.000 personnes dans le monde et que l’heure était à l’union.
Les Vingt-Sept recherchent depuis vendredi un accord sur un fonds de relance doté de 750 milliards d’euros pour tenter de faire repartir leurs économies, paralysées par la fermeture de larges pans de l’activité afin de lutter contre la propagation du COVID-19.
Une proposition de porter le budget pluriannuel commun de l’UE à un peu moins de 1.100 milliards d’euros sur sept ans (2021-2027) est également à l’étude.
Les discussions se heurtent à l’opposition du camp des « frugaux », mais aussi à celle de pays refusant que les fonds qu’ils pourraient obtenir soient conditionnés au respect de principes et à l’instauration de réformes ou que leur emploi soit encadré.
Les dirigeants européens butent toujours notamment sur le montant des subventions qui pourront être accordées et que les Etats « frugaux » souhaitent voir réduit.
De source diplomatique, on affirme que ces pays souhaitent que ces subventions ne dépassent pas le seuil des 350 milliards d’euros alors que les autres, emmenés par la France et l’Allemagne, ne veulent pas que ce montant soit inférieur à 400 milliards. Un accord se dessinerait cependant autour d’une somme de 390 milliards.
Le montant du fonds et plusieurs facteurs techniques font également l’objet de délicates négociations.
Parmi ces facteurs techniques, figure l’exigence d’un respect plus strict du principe de l’Etat de droit formulée par les Etats occidentaux et dont plusieurs pays, Hongrie et Pologne notamment, ne veulent pas entendre parler.
Même en cas d’accord au sommet européen, le plan de relance devra encore être approuvé par de nombreux parlements des pays membres et par le Parlement européen.
« Le Parlement européen a fixé ses priorités et s’attend à ce qu’elles soient remplies », a averti lundi son président, David Sassoli. « Si ces conditions ne sont pas suffisamment remplies, le Parlement européen ne donnera pas son approbation. »
(avec Elizabeth Pineau à Paris, version française Patrick Vignal, Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse)
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