La Grande-Bretagne va bannir Huawei de son réseau télécoms 5G
LONDRES (Reuters) – La Grande-Bretagne n’utilisera plus aucun équipement du groupe chinois Huawei pour son réseau télécoms 5G d’ici 2027, a annoncé mardi le gouvernement britannique au risque de s’attirer la colère de la Chine.
Ce délai de sept ans devrait satisfaire les opérateurs britanniques comme BT, Vodafone et Three, qui craignaient de devoir consacrer des milliards de livres sterling au remplacement rapide de leurs équipements en cas d’échéance plus proche.
Le Conseil de sécurité nationale présidé par le Premier ministre Boris Johnson a décidé mardi d’interdire à partir de la fin de cette année l’acquisition d’équipements de Huawei pour la nouvelle génération de communication mobile. Il a aussi ordonné le retrait de tous les équipements existants de Huawei d’ici 2027.
« Cela n’a pas été une décision facile mais c’est la bonne pour le réseau télécoms britannique, pour notre sécurité nationale et pour notre économie, à la fois maintenant et effectivement sur le long terme », a dit le secrétaire d’Etat aux médias, Oliver Dowden, devant la Chambre des communes.
« À l’heure des prochaines élections, nous aurons mis en place une loi irréversible pour le retrait complet des équipements Huawei de nos réseaux 5G », a-t-il ajouté.
Oliver Dowden a reconnu que cette exclusion de Huawei retarderait néanmoins le déploiement de la 5G dans le pays de deux à trois ans et en augmenterait le coût jusqu’à 2 milliards de livres sterling (2,2 milliards d’euros).
HUAWEI PARLE D’UNE « MAUVAISE NOUVELLE »
Les Etats-Unis, qui soupçonnent Huawei de servir aux activités d’espionnage de la Chine, ont longtemps fait pression sur Boris Johnson pour qu’il revienne sur la décision prise en janvier d’accorder au groupe chinois un rôle limité dans le déploiement de la 5G en Grande-Bretagne.
Huawei, qui rejette les accusations américaines, a jugé que la décision prise mardi par le gouvernement britannique était uniquement liée à la politique commerciale des Etats-Unis et non à la sécurité de ses équipements, estimant qu’il s’agissait d' »une mauvaise nouvelle pour quiconque possède un téléphone portable au Royaume-Uni ».
Le numéro un mondial des équipements de réseaux de télécommunications a exhorté le gouvernement britannique à reconsidérer sa décision.
Au-delà des pressions américaines, la Grande-Bretagne s’est récemment opposée à la Chine au sujet de l’instauration d’une nouvelle loi sur la sécurité à Hong Kong, ancienne colonie britannique, et de la gestion de la pandémie liée au nouveau coronavirus.
Oliver Dowden a annoncé que la Grande-Bretagne travaillait désormais à la construction de réseaux 5G auprès de concurrents de Huawei.
« Notre priorité est de veiller à protéger les deux autres fournisseurs du marché, c’est-à-dire Nokia et Ericsson », a déclaré le secrétaire d’Etat aux médias. « Ensuite, nous devons recruter de nouveaux fournisseurs, à commencer par Samsung et NEC », a-t-il ajouté.
L’ambassadeur de Chine à Londres Liu Xiaoming a qualifié mardi la décision de la Grande-Bretagne de « décevante et erronée ».
« Il est devenu discutable que le Royaume-Uni puisse offrir un environnement commercial ouvert, équitable et non discriminatoire aux entreprises d’autres pays », a-t-il déclaré.
Alors que la Grande-Bretagne vient de quitter l’Union européenne, l’exclusion de Huawei la rapproche un peu plus des Etats-Unis et marque la fin de ce que l’ancien Premier ministre David Cameron avait qualifié d' »âge d’or » des relations avec la Chine.
Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a indiqué sur Twitter que la décision britannique faisait « progresser la sécurité transatlantique à l’ère de la #5G tout en protégeant la vie privée des citoyens, la sécurité nationale et les valeurs du monde libre ».
(Paul Sandle et Guy Faulconbridge; version française Bertrand Boucey, Juliette Portala et Blandine Hénault)
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