Des étudiants confinés expérimentent la solitude des voyages sidéraux
TOULOUSE (Reuters) – Cloîtrés dans leurs chambres à Toulouse pour échapper au coronavirus, une soixantaine d’étudiants servent de cobayes à une étude visant à mesurer l’impact du confinement sur les astronautes confrontés à des missions de longue durée, comme vers la planète Mars.
Isolés dans leurs chambres de 12 mètres carrés, ils remplissent scrupuleusement des questionnaires en ligne et sont soumis à une batterie de tests de réaction, de mémoire ou encore de reconnaissance visuelle afin de mesurer leur état physiologique et psychologique.
« Ces tâches simulent des opérations critiques que doivent réaliser les astronautes. Il s’agit par exemple de commander le déplacement d’un objet sur l’écran tout en effectuant une tâche auxiliaire comme mémoriser un numéro dans une séquence », explique Tom Lawson, 22 ans, étudiant en première année de master ingénierie aéronautique.
Lors de leurs rares sorties, considérées comme les sorties extra-véhiculaires des astronautes, les étudiants notent leur durée, le nombre de pas et d’interactions sociales qu’ils ont eues.
A l’origine de ce protocole, Stéphanie Lizy-Destrez, enseignante-chercheuse de l’Isae-Supaero, l’a adapté à la situation de ces étudiants bloqués sur le campus toulousain dès la mise en place du confinement le 17 mars dernier.
A l’issue de cette expérimentation, les mesures réalisées sur ces étudiants volontaires, couplées à des tests de personnalité, pourront aider à déterminer quels types de profils sont les plus aptes à supporter le confinement de longue durée.
« Nous pourrons ainsi émettre des recommandations pour la sélection et l’entraînement des équipages », observe cette spécialiste des questions d’isolement lors des vols habités.
UNE INCERTITUDE GÉNÉRATRICE D’ANGOISSE
Les étudiants toulousains commencent déjà à sentir les effets du confinement.
« On a plus de mal à se lever, à suivre un rythme de révision et, en étant toujours dans le même espace, à séparer le temps de travail, de loisirs et de repos », observe Tom Lawson.
« C’est la première fois que nous disposons d’une cohorte aussi nombreuse et surtout que nous pouvons mener ces expériences dans le cadre d’un confinement subi et non choisi », remarque pour sa part Stéphanie Lizy-Destrez.
« Car contrairement aux astronautes qui sont entraînés et préparés, ces étudiants, comme nous tous, n’ont pas été formés à l’exercice et doivent gérer leur stress seuls », explique la chercheuse.
« Pour la première fois aussi, nous allons pouvoir intégrer le paramètre ‘incertitude’ dans nos études, notamment sur la date précise de fin du confinement. L’incertitude est très angoissante et le stress qu’elle provoque peut avoir des répercussions physiologiques, sur le sommeil notamment », relève-t-elle.
Baptisé Teleop, ce programme de l’Institut supérieur d’aéronautique et de l’espace Isae-Supaero de Toulouse a déjà été expérimenté à deux reprises, en 2018 et 2019, par des équipages d’étudiants de l’Isae-Supaero lors de simulations de vie sur Mars dans la Mars Desert Research Station, dans le désert de l’Utah.
Il a également été suivi sur une base de préparation au confinement des astronautes des missions spatiales en Pologne et en 2019, en collaboration avec la Nasa, dans le cadre de la mission Sirius-19, campagne de simulation d’une mission lunaire de quatre mois en Russie.
(Johanna Decorse, avec la contribution de Johnny Cotton et Maxime Sounillac, édité par Jean-Michel Bélot)
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