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Taïwan muscle son arsenal de missiles antinavires face aux menaces chinoises

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par David Lague et Yimou Lee

TAIPEI, 4 juin (Reuters) – Taïwan va considérablement renforcer son arsenal de missiles antinavires dans les prochaines années afin d’être en mesure de résister à une éventuelle tentative de blocus maritime voire d’invasion par la Chine.

Selon les estimations de Reuters, l’île devrait pouvoir compter sur plus de 1.800 missiles de ce type d’ici début 2029, dont plus de la moitié produits localement et les autres fournis par les États-Unis.

La priorité donnée aux missiles antinavires, qui peuvent être tirés depuis des avions, des navires ou avec des lanceurs terrestres, illustre la bascule de Taïwan vers une stratégie dite asymétrique visant ​à compenser l’énorme supériorité de la ‌Chine en matière de puissance de feu par des armes au prix abordable mais à l’efficacité redoutable, ​comme les missiles ou des essaims de ⁠drones, soulignent des responsables militaires taïwanais.

Selon ces officiers, dont certains sont en activité, l’armée taïwanaise entend constituer une force résiliente, capable de survivre ‌à un bombardement aérien massif initial et ‌de pouvoir repousser par la suite une flotte d’invasion ou des navires tentant d’imposer un blocus de l’île.

Taïwan s’inspire de la stratégie employée par l’Ukraine, qui a chassé la marine russe de la mer Noire alors qu’elle-même ne dispose pas de navires de guerre, ou plus récemment par l’Iran, qui tient en respect la marine américaine aux abords du détroit d’Ormuz.

Reuters a ​estimé le nombre de missiles antinavires dont l’armée taïwanaise devrait être équipée à échéance 2029 en se basant sur des données commerciales existantes, des documents d’autorisation d’exportation américains, des estimations d’experts et des entretiens avec des responsables taïwanais.

FORCE DISSUASIVE CRÉDIBLE

D’autres types de missiles de précision, dotés d’une portée suffisante pour attaquer les navires chinois dans le détroit de Taïwan ou dans les ports chinois, sont également en cours de développement après que le parlement taïwanais, où l’opposition est majoritaire, a approuvé le mois dernier une enveloppe supplémentaire de 25 milliards de dollars pour l’achat d’armements américains.

Le fer de lance de l’arsenal antinavire de Taïwan est constitué de missiles Harpoon ⁠fournis par les États-Unis et de missiles Hsiung Feng de fabrication locale. Un stock suffisant pourrait permettre à Taipei de créer une « zone de destruction » dans le détroit de Taïwan en infligeant de lourdes pertes ⁠à la marine chinoise, souligne Ou Si-fu, directeur général adjoint de l’Institut de recherche sur la défense nationale et la sécurité, le principal groupe de réflexion militaire de l’île.

« Notre objectif est de les empêcher de débarquer et d’accomplir leur mission, pas de détruire tous les navires de l’APL (Armée populaire de libération, le nom officiel de l’armée chinoise) », a-t-il dit à Reuters.

Investir dans des missiles antinavires est une décision judicieuse car elle permet de constituer une force dissuasive crédible, estime Grant Newsham, colonel à la retraite du Corps des Marines des États-Unis et chercheur au Forum japonais pour les études stratégiques.

« Utilisés correctement et ⁠en nombre ‌suffisant, ces missiles constituent un énorme problème pour une force d’invasion chinoise », relève-t-il.

Pour lancer une invasion à travers le détroit de Taïwan, la Chine devrait ⁠déployer une armada de navires de guerre et de navires de transport civils, selon les experts militaires, ce qui rendrait cette flotte vulnérable.

Pékin, ​qui considère que Taïwan fait ​partie de son territoire depuis sa sécession lors de la prise du pouvoir par les communistes en 1949, n’a jamais renoncé à l’usage de la force pour ramener l’île sous son contrôle.

LIVRAISONS AMÉRICAINES ATTENDUES

L’armée ​taïwanaise, qui ne divulgue jamais la taille de ses stocks d’armes, dispose à l’heure actuelle de quelque 450 missiles Harpoon fabriqués par Boeing, selon deux responsables du gouvernement taïwanais qui se sont exprimés sous le sceau de l’anonymat.

Le ministère taïwanais de la Défense a précisé que ‌ces missiles antinavires sont « déployés de manière mobile et ​dispersée afin de préserver leur efficacité au combat ».

La livraison de 400 autres de ces missiles de croisière volant au ras de l’eau devrait débuter cette année dans le cadre d’un contrat d’une valeur ​de 2,4 milliards de dollars approuvé dans les derniers mois de la première administration Trump, fin 2020. Sauf imprévu, tous les missiles devraient avoir été livrés début 2029.

D’ici là, l’armée taïwanaise disposera également d’environ un millier de missiles antinavires Hsiung Feng II et Hsiung Feng III de fabrication nationale, voire davantage, selon Ou Si-fu et deux responsables gouvernementaux taïwanais. Cela porterait l’arsenal de missiles antinavires de Taïwan à environ 1.850 unités.

Le nombre pourrait même être plus important, Washington ayant également approuvé la vente de 195 missiles Harpoon dans leur version aéroportée, pour un montant total de 1,36 milliard de dollars, selon des documents officiels américains. Le contrat n’a toutefois pas encore été signé et le calendrier de ⁠livraison n’est pas fixé, a déclaré un responsable taïwanais.

Un responsable du Pentagone, Michael F. Miller, directeur de l’Agence de coopération en matière de sécurité de la défense, a confirmé lors d’une audition devant le Congrès en mars que Taïwan était la priorité absolue des États-Unis pour les livraisons de Harpoon.

Le président chinois Xi Jinping a néanmoins ​adressé une sérieuse mise en garde à Donald Trump à ce sujet lors de la visite du président américain ​à Pékin le mois dernier.

(Version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)

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