L’Inde et l’UE vont annoncer mardi la conclusion de leurs négociations commerciales-sources
par Manoj Kumar et Shivangi Acharya
NEW DELHI, 23 janvier (Reuters) – L’Inde et l’Union européenne (UE) vont annoncer mardi prochain la conclusion de leurs négociations en vue d’un accord de libre-échange, ont déclaré des sources indiennes et européennes.
L’accord pourrait être annoncé après la réunion entre le Premier ministre indien Narendra Modi, le président du Conseil européen Antonio Costa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui coprésideront un sommet bilatéral en Inde du 25 au 28 janvier, a déclaré l’une des sources gouvernementales indiennes.
Un responsable de l’UE a déclaré que le bloc avait pour objectif de « conclure les négociations sur l’accord de libre-échange » lors du sommet, avant que les deux parties n’entament les procédures internes en vue de la signature.
L’UE et l’Inde devraient également signer un pacte de sécurité et de défense – le troisième de l’Union en Asie après ceux conclus avec la Corée du Sud et le Japon – ainsi qu’un accord de mobilité couvrant les travailleurs hautement qualifiés et les étudiants, a ajouté le responsable.
S’il est finalisé et ratifié par le Parlement européen, un processus qui pourrait prendre au moins un an, le pacte commercial stimulera les exportations indiennes vers le bloc européen, a déclaré le fonctionnaire.
L’accord ouvrirait la voie à une réduction des droits de douane sur les voitures et le vin européens et à un élargissement du marché de l’électronique, du textile et des produits chimiques indiens.
Les négociations, relancées en 2022 après une pause de neuf ans, ont pris de l’ampleur l’année dernière dans un contexte de tensions commerciales croissantes.
En août, le président américain Donald Trump a doublé les droits de douane sur les produits indiens entrant aux Etats-Unis, les portant à 50%.
La conclusion d’un accord interviendrait peu après la signature par l’UE d’un pacte commercial avec le bloc sud-américain Mercosur. L’année dernière, l’UE a conclu des accords commerciaux avec l’Indonésie, le Mexique et la Suisse.
SE PRÉMUNIR CONTRE LES ETATS-UNIS
Au cours de la même période, New Delhi a finalisé des accords avec la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande et Oman.
Cette série d’accords témoigne des efforts déployés à l’échelle mondiale pour se prémunir contre les Etats-Unis, alors que la tentative de Donald Trump de s’emparer du Groenland à coup de menaces douanières pèse sur les pays européens et met à l’épreuve les alliances traditionnelles occidentales.
Le commerce bilatéral entre l’Inde et l’UE a totalisé 136,5 milliards de dollars (116,29 milliards d’euros) au cours de l’exercice 2024/25 qui s’est achevé en mars. L’UE est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Inde.
« Les négociateurs tentent toujours d’aplanir les divergences sur plusieurs questions sensibles, notamment la réticence de l’Inde à réduire fortement les droits de douane sur les importations d’automobiles », a déclaré une source gouvernementale de l’UE.
Une baisse des taxes à l’importation sur les voitures aiderait des constructeurs automobiles à se développer en Inde, troisième marché automobile mondial, en rendant les modèles importés plus compétitifs en termes de prix.
L’une des principales préoccupations de New Delhi concerne une série de barrières non douanières, telles que les taxes sur le carbone récemment introduites par l’UE sur les importations de biens tels que l’acier, l’aluminium et le ciment.
Les experts de l’industrie estiment que les possibilités d’assouplissement des taxe européennes sur le carbone aux frontières sont limitées.
L’accès en franchise de droits à l’UE pourrait ainsi contribuer à compenser les pertes subies par les exportateurs indiens de textiles et de bijoux aux États-Unis, a déclaré Ajay Srivastava, fondateur du groupe de réflexion Global Trade Research Initiative.
« Un accord de libre-échange entre l’Inde et l’UE réduirait les droits de douane sur les textiles, les vêtements et le cuir, ce qui permettrait aux exportateurs indiens de concurrencer plus équitablement le Bangladesh et le Vietnam », a-t-il ajouté.
L’UE importe pour près de 125 milliards de dollars de textiles par an, dont l’Inde détient une part de marché de 5% à 6%, contre 30% pour la Chine.
(Rédigé par Manoj Kumar et Shivangi Acharya ; avec Philip Blenkinsop à Bruxelles ; version française Etienne Breban ; édité par Blandine Hénault)
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