Grande-Bretagne: La pression ne retombe pas sur Starmer
par Elizabeth Piper, Andrew MacAskill et Muvija M
LONDRES, 14 mai (Reuters) – Le Premier ministre britannique Keir Starmer restait jeudi confronté à d’intenses pressions qui visent à le convaincre de quitter le pouvoir en raison des retombées de la déroute électorale historique enregistrée par le Labour lors des dernières élections locales.
Keir Starmer, qui a répété qu’il se battrait pour conserver son poste, n’est jusqu’ici pas parvenu à enrayer les appels croissants à l’élaboration d’un calendrier pour son départ.
Si le nombre de voix réclamant sa démission s’est amenuisé mercredi, lorsque son gouvernement s’est tourné vers le roi Charles pour présenter son programme pour la nouvelle session parlementaire, le bras de fer a repris jeudi.
Wes Streeting, le ministre de la Santé, a démissionné ce jeudi et appelé à l’élection d’un nouveau chef de la majorité travailliste.
Dans la foulée, Andy Burnham, 56 ans et maire travailliste du Grand Manchester, a annoncé son intention de briguer un siège parlementaire laissé vacant, ce qui pourrait lui ouvrir la voie pour devenir un concurrent de poids à Keir Starmer pour le poste de Premier ministre.
« Un plus grand changement est nécessaire au niveau national si l’on veut que le quotidien redevienne plus abordable. C’est pourquoi je demande le soutien du peuple pour revenir au Parlement », a déclaré celui qui s’est bâti une réputation de contempteur de la dominance de Londres.
L’ancienne adjointe de Keir Starmer, Angela Rayner, a annoncé avoir été blanchie de toute faute délibérée concernant ses affaires fiscales, un obstacle à toute candidature à la direction du parti, mais elle n’a pas dit si elle souhaitait se lancer dans une tentative pour évincer le Premier ministre.
« J’ai dit à Keir que c’était un moment vraiment crucial pour notre parti et pour le pays (…). Le rythme du changement n’a pas été suffisant pour que les électeurs le perçoivent, et des erreurs nous ont vraiment fait dévier de notre trajectoire et ont fait douter les électeurs », a-t-elle déclaré au Guardian, ajoutant qu’il devait « réfléchir » à un retrait.
Elle a précisé dans un communiqué séparé que l’administration fiscale britannique l’avait blanchie de toute accusation d’évasion fiscale, sans amende ni pénalité.
Keir Starmer, 63 ans, espérait faire taire les appels à sa démission, apparus durant le week-end lorsque l’ampleur des pertes lors des élections aux conseils locaux en Angleterre et aux parlements écossais et gallois est devenue évidente.
REEVES MET EN GARDE CONTRE LE CHAOS
Le Premier ministre a adopté une approche de « business as usual » et a reçu le soutien de la majorité de son cabinet. Des sources proches de lui assurent qu’il est déterminé à se présenter si un scrutin interne est déclenché.
La ministre de l’Education, Bridget Phillipson, a déclaré que Keir Starmer disposait de son soutien et de celui de tout le gouvernement.
« C’est très difficile, et c’est vraiment perturbant. Je ne vais pas le cacher, mais je pense que nous avons aujourd’hui une chance et une opportunité de faire une pause, de reprendre notre respiration et de vraiment tenter de tourner la page », a-t-elle indiqué à la presse.
« Ce que je peux dire très clairement, c’est que le Premier ministre a mon soutien total, continue d’avoir mon soutien total et que le gouvernement est derrière lui. »
Sa ministre des Finances, Rachel Reeves, a mis en garde les parlementaires contre le risque de « plonger le pays dans le chaos » à un moment où l’économie britannique, atone, semble amorcer un redressement.
Elle a déclaré à la BBC que les listes d’attente du système public de santé reculaient grâce aux investissements du gouvernement.
« Si nous mettons cela en péril, nous mettons en péril l’investissement dans nos services publics et aussi la croissance nécessaire pour aider les gens à faire face au coût de la vie », a-t-elle dit.
LE PRIVÉ DANS L’EXPECTATIVE
Pour l’heure, la course à la direction du Parti travailliste n’a pas été officiellement déclenchée, mais l’instabilité politique a fait grimper les coûts d’emprunt, certains investisseurs se montrant préoccupés face à la possible arrivée au pouvoir d’un Premier ministre travailliste plus à gauche qui se traduirait par une hausse des impôts et des dépenses.
La directrice générale d’Aviva, l’un des plus grands groupes financiers britanniques, s’est plainte jeudi de l’impact de la tourmente politique qui emporte le secteur privé.
« Il y a eu trop de changements de stratégie gouvernementale et de dirigeants, rien que durant mes six années comme directrice générale, et je pense que cela nuit à une grande économie comme le Royaume-Uni et à la façon dont nous sommes perçus à l’étranger », a déclaré à Reuters Amanda Blanc.
Si Keir Starmer devait être remplacé, son successeur deviendrait le septième Premier ministre britannique en près de dix ans.
Un sondage de Survation publié cette semaine auprès des adhérents du Parti travailliste montre qu’un candidat de l’aile gauche l’emporterait très probablement en cas de scrutin pour la direction du parti.
Parmi les candidats potentiels figurent Angela Rayner, le maire du Grand Manchester Andy Burnham et Ed Miliband, ministre de la Sécurité énergétique et de la neutralité carbone. Andy Burnham ne dispose pas d’un siège au Parlement et devrait convaincre un député de se retirer pour pouvoir se présenter.
(Avec Rhea Rose Abraham à Bangalore;version française Nicolas Delame et Zhifan Liu)
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