Démission de Eva Di Fortunato, présidente de l’Eglise protestante de Genève (EPG)
Après deux ans d’un mandat qui devait se terminer en 2025, Eva Di Fortunato, présidente de l’Eglise protestante de Genève (EPG), a donné sa démission pour cet été. Souhaitant privilégier sa vie familiale et professionnelle, cette sociologue de formation, engagée à la Radio Télévision suisse romande (RTS) en février dernier, avait été élue à une large majorité en juin 2021. Selon elle, son départ n’est en aucun cas lié à un problème de gouvernance. Interview.
En février, vous avez pris vos fonctions en tant que cheffe du département Développement et formation à la RTS. Avez-vous mal évalué le temps et l’énergie que cela vous demanderait, en plus de votre présidence d’Eglise?
Travailler pour l’Eglise, c’est essentiellement du bénévolat. Engagée à 80% à la RTS, il me restait effectivement le 20% nécessaire pour ma présidence de l’EPG. Toutefois, il m’était impossible d’évaluer à quel point mon nouveau poste me demanderait de l’énergie. Et il m’en demande beaucoup. J’arrive dans un nouvel environnement, tout à fait passionnant, et je veux pouvoir m’y consacrer à fond sans devoir penser à autre chose. A 49 ans, et avec trois adolescents à la maison, je n’ai plus la force de m’éparpiller sur tous les fronts. Je crois donc que notre Eglise mérite quelqu’un qui puisse s’y consacrer entièrement.
Quel bilan tirez-vous de ces deux ans passés à la présidence de l’EPG?
C’était passionnant. J’ai fait des rencontres extraordinaires. Tout n’est évidemment pas facile, comme dans toute institution, mais mes visites dans les différentes paroisses genevoises, chaque dimanche, m’ont permis de découvrir des petites perles d’Eglise, toute sa richesse. Le bilan, pour l’EPG, n’est toutefois pas parfait. Il y a encore du chemin à faire, notamment sur le plan financier, mais je pense que l’Eglise s’en sortira. Peut-être en révisant sa taille, mais elle perdurera. En comparaison à il y a trois ans, où la gouvernance posait problème et a entraîné de nombreuses démissions, nous avons retrouvé une certaine sérénité. Au niveau du Consistoire, par exemple, j’ai le plaisir de voir que nous sommes redevenus une communauté.
Vous allez évidemment devoir être remplacée. Quel profil faut-il avoir pour présider l’EPG?
Il faut évidemment aimer les gens, mais aussi avoir quelques compétences manageriales. Le fonctionnement de l’Eglise étant en grande partie géré par son secrétariat général, la recherche de fonds ou d’autres tâches opérationnelles n’incombent pas à la présidence. Toutefois, même si ce poste n’a rien de technique, il faut tout de même réfléchir à certaines stratégies et aux enjeux qui sous-tendent une Eglise en perte de paroissiens.
Ne vaudrait-il pas mieux laisser la gouvernance des Eglises aux ministres, ceux-ci n’ayant pas l’obligation d’avoir une autre activité rémunérée?
Je trouverais très dommage d’utiliser les ressources ministérielles pour cela. Ces dernières sont en baisse et nous avons très peu de relève… Les gens qui prennent un ministère ont une vocation qui doit pouvoir s’exprimer totalement dans la mission. D’autant que notre système presbytéro-synodal implique une co-gestion d’Eglise par des ministres et des laïcs.
Quels conseils donneriez-vous à la personne qui vous succédera?
D’aller rencontrer les gens, d’y croire, de transmettre un esprit, un élan positif. La situation est très difficile, les protestants étant passés sous la barre des 8% à Genève. Cet environnement particulier nécessite un engagement sans faille.
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