Andy Burnham, le « roi du Nord », prend les rênes du Royaume-Uni
par Andy Bruce
LONDRES, 20 juillet (Reuters) – Le « roi du Nord », Andy Burnham, prend à 56 ans les rênes du Royaume-Uni avec l’ambition de « bâtir une nouvelle politique », lui qui aura attendu son heure durant neuf ans à la tête du Grand Manchester.
Une patience et une persévérance récompensées par son couronnement, vendredi dernier, à la tête du Parti travailliste qu’il avait échoué par deux fois à conquérir, en 2010 et 2015.
Sa facile élection en tant que député le 18 juin, lors de la législative partielle de Makerfield, dans le nord de l’Angleterre, lui avait ouvert la voie du pouvoir.
Loin de Westminster depuis 2017, il n’a eu de cesse de critiquer la domination de Londres par rapport au reste du pays dans un contexte où la croissance de sa ville-région, le Grand Manchester, a dépassé celle de l’économie nationale.
Le réseau de transports publics Bee Network, lancé en 2023 pour harmoniser les services et les tarifs des bus et des tramways, illustre bien le concept du « Manchesterisme » d’Andy Burnham : l’État, en reprenant le contrôle des services publics et des coûts, peut offrir plus pour moins cher.
La bonne santé de la ville s’est cependant accompagnée d’une flambée des prix de l’immobilier et d’une multiplication des gratte-ciel, ce qui a valu bon nombre de critiques au maire.
Le défi d’Andy Burnham consistera à convaincre les investisseurs obligataires que ses projets sont susceptibles de renforcer les finances publiques à long terme et non pas, comme ils semblent actuellement le croire, de les détériorer davantage.
HAUSSE DE LA FISCALITÉ
Une interview accordée en 2025 au magazine New Statesman, dans laquelle il estimait que la Grande-Bretagne devait « dépasser cette situation où elle est à la merci des marchés obligataires », a été considérée comme un faux pas par certains.
Andy Burnham avait dit à Reuters au début de l’année que ses propos avaient été déformés et qu’il n’était pas naïf en matière économique. Il avait alors ajouté que l’actuel « cercle vicieux de faible croissance » ne convenait guère mieux aux investisseurs, soulignant que son approche contribuerait à réduire les coûts sous-jacents de l’État.
En septembre dernier, il avait déclaré au Telegraph qu’il était en faveur à la fois d’une hausse de la fiscalité sur les logements les plus chers et les revenus les plus élevés, d’un emprunt de 40 milliards de livres (46 milliards d’euros) pour construire des logements sociaux et d’une réduction de l’impôt sur le revenu pour ceux qui gagnent peu.
Pour Andy Burnham, l’économie est minée par une forme d’inefficacité après des années de privatisation et de déréglementation, qui, selon lui, ont privé le gouvernement du contrôle de ses coûts et de ses services.
A titre d’exemple, il cite la pénurie de logements sociaux, une situation qui oblige l’État à verser des sommes considérables en prestations qui profitent à des propriétaires privés.
LE « MANCHESTERISME »
Selon lui, la même logique s’applique aux services publics et aux transports, ajoutant qu’il est possible de convaincre les investisseurs qu’il est plus sûr de rétablir le contrôle de l’État sur ses coûts plutôt que de subventionner indéfiniment les conséquences de cette perte de contrôle.
« Nous devons faire à l’échelle nationale ce que nous avons fait dans le Grand Manchester, c’est-à-dire créer une nouvelle politique », dit-il. « Soutenir, sur le long terme, l’investissement dans le logement et les autres services publics afin que nous puissions commencer à réduire nos coûts et aider davantage de personnes à retrouver un emploi ».
Gordon Shannon, associé de la société d’investissement TwentyFour, qui gère 23,5 milliards de livres sterling d’actifs à revenu fixe, estime que le programme économique de Burnham pourrait entraîner environ 50 milliards de livres sterling d’emprunts supplémentaires. Difficile, selon lui, à accepter pour les investisseurs.
Né dans la banlieue de Liverpool, Andy Burnham a grandi à Culcheth, un village situé entre Liverpool et Manchester. Après s’être essayé au journalisme, il a travaillé pour des syndicats et est devenu conseiller du gouvernement de Tony Blair à la fin des années 1990.
Élu au Parlement en 2001, il a gravi les échelons pour occuper des postes ministériels, notamment celui de ministre de la Santé sous Gordon Brown. Il avait quitté le Parlement en 2017 pour devenir le premier maire du Grand Manchester, affirmant alors qu’il était déçu par Westminster.
Les sondages d’opinion le classent désormais parmi les personnalités politiques les plus populaires de Grande-Bretagne.
(Version française Benoit Van Overstraeten, édité par Sophie Louet)
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