Au Cameroun, le pape Léon XIV attendu dans un climat de tension politique et d’appels à l’alternance
Au Cameroun, le pape Léon XIV attendu dans un climat de tension politique et d’appels à l’alternance
Le Cameroun s’apprête à accueillir le pape Léon XIV dans un contexte politique tendu, marqué par les contestations post-électorales et les appels de l’Église catholique à une alternance pacifique.
Selon une correspondance adressée le 27 octobre 2025 au gouverneur du Littoral, Mgr Samuel Kleda, archevêque de Douala, a sollicité la participation des autorités locales à une réunion préparatoire avec les émissaires du Vatican, prévue le 30 octobre à l’archevêché de Douala, afin de coordonner les aspects logistiques et sécuritaires de la visite pontificale.
Un voyage sous haute tension politique
Cette annonce intervient alors que le pays traverse une phase post-électorale agitée. Depuis la proclamation des résultats officiels de la présidentielle du 12 octobre, qui ont donné Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des suffrages contre 35,19 % à Issa Tchiroma Bakary, des manifestations violentes ont éclaté dans plusieurs villes, notamment à Douala, où les autorités ont fait état d’au moins quatre morts.
Issa Tchiroma Bakary, qui s’est autoproclamé vainqueur, continue d’appeler ses partisans à descendre dans la rue pour réclamer la reconnaissance de sa victoire.
Bien avant le scrutin, plusieurs évêques, dont Mgr Kleda, avaient appelé à un renouvellement politique. Le 25 décembre 2024, sur RFI, l’archevêque de Douala affirmait qu’une nouvelle candidature de Paul Biya pour un huitième mandat « n’est pas réaliste ».
Un pape de dialogue et de paix
Élu le 8 mai 2025, Léon XIV, de son vrai nom Robert Francis Prevost, est le premier pape américain de l’histoire. Âgé de 69 ans, ancien missionnaire au Pérou et préfet du dicastère pour les évêques, il a succédé à François, décédé le 21 avril 2025.
Connu pour son engagement en faveur du dialogue, de la paix et du désarmement, le souverain pontife veut faire de l’Église « un instrument de réconciliation dans les sociétés divisées ». Sa visite au Cameroun s’annonce donc porteuse d’un message fort sur la paix, la gouvernance et la justice sociale, dans un pays où l’Église joue un rôle central dans le débat public.
L’Église, médiatrice dans la crise anglophone
Les relations diplomatiques entre le Cameroun et le Vatican remontent à 1966. Deux papes ont déjà visité le pays : Jean-Paul II (en 1985 et 1995) et Benoît XVI (en 2009). La venue de Léon XIV s’inscrit dans cette continuité de la diplomatie vaticane.
Le Saint-Siège s’est régulièrement impliqué dans la crise anglophone, appelant à un dialogue inclusif. En septembre 2023, les évêques camerounais avaient été reçus par le pape François pour aborder la situation pastorale et sécuritaire du pays.
« On ne peut jamais trouver la paix avec les fusils, mais avec le dialogue et la compréhension mutuelle », rappelait alors Mgr Andrew Nkea, archevêque de Bamenda et président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC).
Léon XIV devrait poursuivre cette ligne de continuité diplomatique et pastorale
Des relations “exceptionnelles” avec le Saint-Siège
Le 15 juillet 2025, Paul Biya recevait le nonce apostolique, Mgr José Avelino Bettencourt, porteur d’un message du Saint-Père. Le diplomate avait salué la qualité « exceptionnelle » des relations entre Yaoundé et le Vatican.
L’Église catholique, acteur majeur de la société camerounaise, gère un vaste réseau d’écoles, d’universités — dont l’Ucac —, d’hôpitaux et de centres de santé. Elle s’implique également dans des actions de médiation et de promotion de la paix.
Dans ce contexte, la visite de Léon XIV pourrait être perçue comme un appel à la retenue et au dialogue, mais aussi comme une invitation à une transition démocratique apaisée.
Son déplacement, à la fois pastoral et politique, visera à consolider la foi des catholiques tout en réaffirmant l’engagement du Vatican pour la paix, la justice et la cohésion nationale dans un Cameroun profondément divisé.
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