Démission de Jean-Paul Delevoye
Jean-Paul Delevoye a remis lundi sa démission à Emmanuel Macron après la polémique sur l’incompatibilité entre sa participation au Gouvernement et ses activités professionnelles, sur aussi son omission de déclarer 13 mandats à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.
Le haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, a remis lundi sa démission au président de la République après une semaine de controverse sur ses activités parallèles qui avait fragilisé sa position en pleine contestation sociale.
Emmanuel Macron a accepté « avec regret » la démission de l’ancien ministre de Jacques Chirac dont il a salué « la dignité » et l' »engagement personnel » dans les négociations sur l’avenir des retraites, fait-on savoir à l’Elysée.
Jean-Paul Delevoye a justifié sa décision, initialement annoncée par Le Monde, par le souci de ne pas nuire au projet gouvernemental.
« En me maintenant, je le fragilise », écrit-il dans une déclaration transmise à Reuters.
Ce départ intervient à la suite d’une série de révélations, d’abord dans Le Parisien du 9 décembre puis dans Capital et Le Monde, relatives à des postes que l’ex-ministre a occupés, parfois sans les signaler comme il se doit à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).
L’ancien élu du Pas-de-Calais, qui fut également médiateur de la République de 2004 à 2011, avait omis au total 10 fonctions dans la déclaration d’intérêts remplie lors de son entrée au gouvernement, en novembre dernier, selon Le Monde.
Sous la pression, le haut-commissaire a envoyé vendredi soir à la HATVP une déclaration rectifiée qui faisait état de 13 mandats – dont 11 bénévoles -, contre trois initialement déclarés, et des salaires révisés à la hausse.
Certaines de ces fonctions, comme celle d’administrateur au sein d’un institut de formation de l’assurance, soulevaient la question de potentiels conflits d’intérêts avec son rôle au gouvernement.
« LÉGÈRETÉ COUPABLE »
Un soupçon relayé par l’opposition et les syndicats en pointe dans le mouvement de grèves et de manifestation, entamé le 5 décembre, contre les projets du gouvernement sur l’avenir du système de retraites.
« Quand on a autant d’implication dans les assurances (…), quand on touche beaucoup d’argent dans une série d’activités, je pense qu’il n’est plus crédible », jugeait dimanche Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, sur BFM TV.
« La position de Delevoye, fragilisée par les mensonges à répétition et les potentiels conflits d’intérêt, était intenable », a jugé la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, sur Twitter.
« Sa démission permet de répondre et de clarifier sa situation », argue-t-on à l’Elysée. « On continue de penser que ses erreurs étaient de bonne foi ».
Dans sa déclaration post-démission, Jean-Paul Delevoye parle pour sa part de « légèreté coupable ».
« C’est la dure loi de la responsabilité, de l’exemplarité et de la transparence qui doit s’appliquer à tous et à moi en particulier », juge-t-il.
Loué par certains syndicalistes et la majorité pour sa rondeur et ses talents de négociateur, l’ancien ministre de Jacques Chirac avait été nommé haut-commissaire à la réforme des retraies en octobre 2017, avant d’être intégré au gouvernement en novembre dernier.
L’association anticorruption Anticor a saisi mardi dernier la HATVP au sujet de sa déclaration d’intérêts.
« Je ne vois pas comment il pourrait échapper à une condamnation même symbolique sur le fait qu’il a quand même clairement oublié entre guillemets dix activités », a déclaré lundi le président d’Anticor sur BFM TV.
« Donc ça ne changera rien pour lui. Il a pris les devants parce qu’il vaut mieux partir avant d’être poursuivi, mis en examen ou condamné », a ajouté Jean-Christophe Picard.
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