M&A: Les opérations ont dépassé les 1.200 milliards de dollars au 1er trimestre, portées par l’IA
par Anousha Sakoui et Kane Wu et Dawn Kopecki
LONDRES/HONG KONG/NEW YORK, 1er avril (Reuters) – Les turbulences et les fluctuations des valorisations provoquées par la guerre en Iran n’ont pas encore freiné les opérations de fusion-acquisition, les transactions du premier trimestre ayant dépassé le chiffre record de 1.200 milliards de dollars, selon les données de LSEG.
Si le nombre d’opérations a diminué de 17% par rapport au même trimestre de l’année dernière, les entreprises concernées étaient de plus grande envergure, ce qui a entraîné une hausse de 26% de la valeur totale des opérations.
Quatre des six opérations les plus importantes concernaient en outre des entreprises que les investisseurs considèrent comme les gagnantes de la course à l’intelligence artificielle (IA).
Cette situation contraste avec ce qui s’est passé dans le sillage du « Jour de la libération » du président américain Donald Trump, dont les droits de douane massifs ont déclenché une guerre commerciale mondiale il y a près d’un an, laissant les transactions en suspens pendant des mois.
Au contraire, la guerre au Moyen-Orient, qui dure depuis plus d’un mois, n’a pour l’instant guère freiné l’intérêt pour les transactions, selon les banquiers et les analystes.
« Cette fois-ci, les gens n’attendent pas que la situation s’améliore, ils reconnaissent que la volatilité fait partie intégrante de la vie et ils travaillent dans ce contexte », estime Sam Kim, responsable mondial des fusions-acquisitions chez Deutsche Bank.
« Les discussions se poursuivent ; les entreprises cherchent des solutions pour conclure des accords dans ce contexte plutôt que d’attendre un retour à la normale. C’est la nouvelle norme », ajoute-t-il.
Selon George Holst, économiste chez BNP Paribas, le portefeuille d’opérations de la banque pour cette année a augmenté de plus de 20% tant en nombre qu’en valeur par rapport à l’année dernière.
EXPLOSION DES GROSSES TRANSACTIONS
Les opérations de grande envergure – en particulier les fusions-acquisitions dans le secteur des géants de la technologie – ont dominé le marché, avec 22 transactions de plus de 10 milliards de dollars conclues au cours du trimestre clos le 31 mars, un record trimestriel, montrent les données.
Outre les turbulences géopolitiques, les progrès en matière d’IA — qui font des gagnants et des perdants — ont marqué le début de l’année, puisqu’ils ont donné lieu à quatre des six opérations les plus importantes.
Le tour de table de 110 milliards de dollars de la start-up OpenAI a représenté trois de ces opérations, et celui de 30 milliards de dollars d’Anthropic, la quatrième, parmi les opérations les plus importantes conclues au cours du trimestre, selon les données.
Ces quatre transactions étaient des prises de participation plutôt que des fusions-acquisitions traditionnelles, une tendance croissante qui a par ailleurs représenté 29% du volume total du trimestre, selon LSEG.
L’activité axée sur les entreprises de logiciels, considérées comme susceptibles d’être pénalisées par l’IA ou vulnérables aux perturbations liées à celle-ci, s’est en revanche ralentie à mesure que les investisseurs vendaient leurs actions, ce qui a entraîné une chute de leurs valorisations, selon des spécialistes des fusions-acquisitions.
PLUS DE DISCERNEMENT
La guerre au Moyen-Orient a entraîné une perturbation sans précédent de l’approvisionnement en pétrole, des flambées record des cours et des fluctuations brutales des valorisations des entreprises.
Mais, plutôt que de renoncer aux fusions-acquisitions, les conseils d’administration des entreprises ont cherché à faire preuve de plus de discernement.
Les opérations sont motivées par une logique stratégique qui l’emporte sur la volatilité à court terme du marché », déclare Philipp Beck, responsable des fusions-acquisitions pour la région EMEA chez UBS Investment Bank.
Il prévient toutefois que si la volatilité devait se prolonger pendant des mois, plutôt que des semaines, faussant ainsi les prévisions en matière d’inflation, de taux d’intérêt et de croissance, la dynamique pourrait alors changer, mais il estime que l’on n’en est pas encore là.
Selon John Collins, co-responsable mondial des fusions-acquisitions chez Morgan Stanley, les entreprises clientes considèrent toujours les fusions-acquisitions comme un moteur important de leurs plans de croissance.
« Dans la mesure où la volatilité s’atténue, nous pourrions assister à une dynamique similaire à celle du second semestre de l’année dernière, qui a été très actif », estime-t-il.
TRANSACTIONS TRANSFRONTALIÈRES
Le premier trimestre a également mis en évidence l’intérêt pour les opérations multinationales, qui pourraient offrir une protection contre la faiblesse de certaines économies et compenser des problèmes locaux, tels que les perturbations de la chaîne d’approvisionnement.
« L’activité transfrontalière des entreprises est une tendance marquante que nous observons », déclare Andrew Woeber, responsable mondial des fusions-acquisitions chez Barclays, soulignant que les sociétés n’attendent pas que les conditions soient parfaites pour franchir le pas.
L’activité de fusions-acquisitions transfrontalières a augmenté de 47% par rapport à l’année précédente pour atteindre un niveau record de 454,7 milliards de dollars au cours du premier trimestre.
Les États-Unis ont été le pays le plus concerné, avec 52,4% des transactions de ce type depuis le début de l’année, suivis par le Royaume-Uni, avec 11,5%.
On peut citer à titre d’exemple l’opération de la société américaine McCormick, en pourparlers pour racheter la branche alimentaire d’Unilever ou celle du groupe français Engie, qui a annoncé le mois dernier son acquisition de UK Power Networks.
Pour les entreprises européennes confrontées à la perspective d’un ralentissement de l’économie, une opération aux États-Unis peut s’avérer attrayante car la croissance y est plus forte, les valorisations d’entreprises plus élevées et une présence nationale offre une protection contre les droits de douane américains.
« Les entreprises recherchent la croissance, mais ont également besoin d’une présence locale, non seulement en tant que fournisseur, mais aussi en tant que véritable présence économique », déclare Andrew Woeber.
(Reportage Anousha Sakoui à Londres, Kane Wu à Hong Kong et Dawn Kopecki à New York ; version française Diana Mandia, édité par Augustin Turpin)
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