Syrie-Le calme règne à Soueïda après le retrait des combattants bédouins
DAMAS (Reuters) -Le calme régnait dimanche dans la province syrienne de Soueïda au lendemain de l’instauration d’un cessez-le-feu, selon des témoins et les autorités de Damas, alors que les combattants bédouins se retiraient de cette région à majorité druze après une semaine d’affrontements sanglants entre les deux communautés qui ont fait des centaines de morts.
Les forces gouvernementales ont à nouveau été déployées pendant le week-end après l’accord de trêve annoncé par les Etats-Unis entre le président syrien par intérim Ahmed al Charaa et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Elles avaient été repoussées de la région par des frappes israéliennes jusqu’à Damas au cours de la semaine après avoir été accusées de prendre parti pour les tribus bédouines, Israël affichant son double objectif de protéger la minorité druze et d’empêcher toute présence militaire dans le sud de la Syrie.
Selon le ministre syrien de l’Intérieur, Anas Khattab, les forces de sécurité ont réussi à apaiser la situation et à faire respecter le cessez-le-feu, « ouvrant la voie à un échange de prisonniers et à un retour progressif à la stabilité dans l’ensemble du gouvernorat ».
Des images de Reuters ont montré des forces du ministère de l’Intérieur déployées près de Soueïda, bloquant une route face à un regroupement de combattants bédouins. Le ministère a déclaré samedi soir que les miliciens avaient quitté la ville.
L’émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack a déclaré que les belligérants avaient « navigué entre une pause et une cessation des hostilités ». « La prochaine pierre fondatrice d’un chemin vers l’inclusion et une désescalade durable est un échange global d’otages et de détenus », a-t-il écrit sur X.
Aucun coup de feu n’a été rapporté dimanche matin par les habitants sur place. Kenan Azzam, un dentiste, a décrit une situation « calme » mais « tendue » et souligné que les habitants devaient faire face à des pénuries d’eau et d’électricité.
« Les hôpitaux sont un désastre et hors service, il y a tellement de morts et de blessés », a-t-il déclaré à Reuters par téléphone.
L’agence de presse syrienne, contrôlée par l’Etat, a rapporté qu’un convoi d’aide envoyé vers Soueïda par le gouvernement n’avait pas obtenu l’autorisation d’entrer dans la ville mais qu’un convoi du Croissant-Rouge avait pu y pénétrer.
La chaîne publique israélienne Kan a déclaré de son côté qu’une aide médicale d’urgence avait été envoyée à Soueïda par Israël en coordination avec Washington et Damas.
EXACTIONS
Les Druzes, au nombre d’environ 700.000 en Syrie avant le début de la guerre civile en 2011, sont également présents en Israël ainsi qu’au Liban. Membres d’une minorité religieuse issue de l’islam chiite, ils sont considérés par les branches les plus radicales de l’islam sunnite comme des hérétiques.
Le président Ahmed al Charaa, ancien chef djihadiste, a pris la tête d’un gouvernement intérimaire après avoir mené victorieusement une coalition de groupes rebelles jusqu’à Damas en décembre dernier et provoqué la chute du régime de Bachar al Assad. Mais les forces gouvernementales, constituées essentiellement de sunnites, sont accusées d’être impliquées dans des massacres commis en mars dernier contre la communauté alaouite, à laquelle appartient l’ancien dictateur syrien.
Des habitants druzes de Soueïda accusent également d’exactions les forces de Damas. Ils déclarent que des amis ou des proches ont été tués cette semaine à bout portant chez eux ou dans la rue par des soldats syriens, identifiables par leur uniforme et leurs insignes.
S’exprimant jeudi à ce sujet, Ahmed al Charaa, qui s’efforce de rebâtir et d’unifier un pays meurtri par 14 années de guerre civile et confessionnelle, a promis de protéger les droits des Druzes et imputé les violences à des « groupes hors la loi ».
Vendredi, le Réseau syrien pour les droits de l’Homme a dit avoir réuni les preuves des décès de 321 personnes dans la province de Soueïda depuis le 13 juillet, parmi lesquels des civils, dont des femmes et des enfants, ainsi que des combattants bédouins, membres de milices druzes et membres des forces de sécurité, ce bilan incluant selon lui des victimes d’exécutions sommaires de la part des deux camps.
L’Observatoire syrien des droits de l’homme, une autre ONG recensant les victimes des violences en Syrie depuis 2011, a fait état d’un bilan de 940 morts au moins.
Le président syrien par intérim a reçu dimanche un rapport d’enquête sur les violences commises en mars contre les Alaouites dans la région côtière de Lattaquié.
Selon une enquête de Reuters publiée en juin, les forces syriennes, qui ont essuyé alors plusieurs attaques de milices communautaires, ont tué 1.500 membres de la minorité.
La présidence a déclaré qu’elle examinerait les conclusions du rapport et prendrait des mesures pour « apporter la justice » et empêcher la répétition de tels événements.
(Reportage de Khalil Ashawi dans le sud de la Syrie, Maya Gebeily à Beyrouth, Suleiman al-Khalidi, Firas Makdesi et Kinda Makieh à Damas, Jaidaa Taha au Caire; version française Zhifan Liu et Jean-Stéphane Brosse)
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