OPEP: Abou Dhabi s’émancipe de la tutelle saoudienne
par Samia Nakhoul
DUBAI, 30 avril (Reuters) – La décision des Emirats arabes unis de quitter l’OPEP et l’OPEP+ a acté publiquement des années de tensions avec l’Arabie saoudite, marquant une rupture stratégique avec la gouvernance pétrolière menée par Riyad dans un rééquilibrage des rapports de force façonné par la guerre contre l’Iran, concluent des analystes politiques et des spécialistes régionaux.
L’annonce faite mardi dépasse largement la simple question d’un différend sur les quotas de production de l’OPEP, que des sources du Golfe décrivent par ailleurs comme défavorables à Abou Dhabi, et illustre dans une fracture plus profonde des relations bilatérales, notent ces experts.
Abou Dhabi privilégie désormais l’autonomie à la déférence envers Riyad, utilisant le pétrole comme levier pour affirmer son indépendance et signifier qu’elle n’entend plus se voir dicter sa conduite, ajoutent-ils.
La rupture dépasse le cadre des politiques publiques pour toucher au coeur personnel et stratégique de la relation entre le président des Emirats arabes unis, Mohammed bin Zayed, et le prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman.
« Il se passe quelque chose de très sérieux dans la relation entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (…) une tension bien plus grave qu’on ne le pense », a déclaré Fawaz Gerges, de la London School of Economics. « Ce que nous voyons aujourd’hui ressemble à une rupture nette entre les deux dirigeants les plus puissants du Golfe. »
RUPTURE STRATÉGIQUE
Des sources régionales décrivent celle-ci comme l’aboutissement d’une cassure stratégique avec la gouvernance pétrolière menée par l’Arabie saoudite, nourrie par des divergences de longue date sur les conflits au Yémen et au Soudan, les quotas énergétiques et des visions concurrentes de l’ordre régional dans le Golfe.
Cette sortie de l’Opep permettra aux Emirats arabes unis d’exercer un contrôle direct sur l’utilisation de leurs capacités pétrolières disponibles, remettant en cause l’idée selon laquelle la politique énergétique du Golfe resterait ancrée à Riyad ou soumise à la primauté saoudienne.
Pour l’analyste émirien Abdulkhaleq Abdulla, cette décision d’un « nouvel Emirats arabes unis plus affirmé » a été façonnée à la fois par la guerre régionale et par une réévaluation des intérêts nationaux.
L’OPEP d’aujourd’hui ne ressemble guère au cartel que les Emirats arabes unis ont rejoint il y a six décennies, a-t-il poursuivi, décrivant un système désormais piloté de facto par ses plus grands producteurs.
« L’Arabie saoudite et la Russie (membre de l’OPEP+) dictent et manipulent les décisions (…) ils font tout pour préserver leurs propres intérêts aux dépens des autres. Ils n’écoutent personne », dit il.
La guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran a accentué l’instabilité régionale, Téhéran ayant ciblé les pays du Golfe abritant des bases militaires américaines et ayant en grande partie fermé le détroit d’Ormuz, axe majeur du transport mondial d’énergie.
Ce conflit a accru la pression économique sur les Emirats arabes unis, leur donnant une raison supplémentaire de s’affranchir des contraintes des quotas de production de l’OPEP, selon les sources.
Les systèmes rigides de quotas énergétiques sont de plus en plus déconnectés de la réalité dans une région confrontée à l’instabilité, aux risques d’approvisionnement et à une menace persistante de perturbation des flux énergétiques, souligne Ebtesam Al-Ketbi, présidente de l’Emirates Policy Center.
En conséquence, les Emirats arabes unis envoient un message clair: « Ils ne mettront pas en gage leur production au profit de l’Arabie saoudite et de ses décisions (…) Ils ne seront pas liés par ses règles. »
Selon elle, le pays « sort d’un modèle complet de gestion du marché pétrolier » pour se repositionner comme « l’un des architectes de ce système, et non plus simplement l’un de ses membres. »
FAIBLESSE HISTORIQUE
Les préoccupations sécuritaires ont pris une importance particulière aux Emirats arabes unis depuis le début de la guerre.
Le conseiller présidentiel Anwar Gargash a vivement critiqué lundi la réaction des alliés du Golfe aux frappes iraniennes consécutives aux attaques américano-israéliennes, réponse principalement axée sur l’utilisation de systèmes de défense aérienne pour intercepter missiles et drones. Leur position a été « la plus faible de l’histoire », a-t-il déclaré.
Aaron David Miller, ancien négociateur américain, estime qu’Abou Dhabi a conclu que sa sécurité reposait sur les deux acteurs qui l’ont soutenu fermement lors d’une crise déterminante: Israël et les Etats-Unis.
Israël a fourni aux Emirats arabes unis des intercepteurs, en plus d’un système de défense aérienne déjà acquis et installé, a-t-il précisé, qualifiant cet appui de « fondamental », et soulignant un pari stratégique engagé depuis des années par Abou Dhabi pour approfondir ses liens avec Washington tout en consolidant un partenariat sécuritaire avec Israël.
Ces choix s’inscrivent dans une évolution progressive des relations entre les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite ces dernières années.
Après les soulèvements arabes de 2011, les deux pays avançaient de concert pour contenir l’islam politique, faire face à l’Iran et imposer un ordre régional stable.
Mais sous cette convergence se cachait une asymétrie fondamentale: l’Arabie saoudite se percevait comme le centre naturel du pouvoir dans le Golfe, tandis que les Emirats arabes unis développaient un modèle plus agile et en réseau, fondé sur les ports, la finance et l’influence locale.
Le conflit au Yémen entre les Houthis et les forces gouvernementales a cristallisé cette fracture, une intervention conjointe ayant laissé place à des objectifs concurrents, Riyad soutenant un Etat unifié aligné sur ses intérêts, tandis qu’Abou Dhabi appuyait des forces du Sud pour sécuriser son influence maritime.
La fracture s’est propagée au Soudan, où Abou Dhabi et Riyad soutiennent des factions rivales dans la guerre civile.
La rivalité s’est depuis déplacée vers les sphères économique et énergétique, où ses conséquences sont les plus lourdes. Le programme Vision 2030 de Riyad, visant à diversifier l’économie saoudienne au-delà du pétrole, a accentué la concurrence sur l’investissement, la logistique et la primauté régionale.
La divergence est également visible dans les relations avec Israël. Les Emirats arabes unis ont rapidement normalisé leurs liens dans le cadre des accords dits d’Abraham, approfondissant leurs relations sécuritaires et économiques.
L’Arabie saoudite est restée en retrait, contrainte par des considérations intérieures, religieuses et géopolitiques qui rendent une normalisation formelle bien plus lourde d’enjeux pour Riyad.
(version française Nicolas Delame)
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