Les BRICS rejettent l’accusation d’anti-américanisme de Trump
par Lisandra Paraguassu et Manuela Andreoni
RIO DE JANEIRO (Reuters) -Les participants au sommet annuel des BRICS, à Rio de Janeiro, ont rejeté lundi l’accusation de Donald Trump, qui les menace de droits de douane supplémentaires de 10%, selon laquelle le bloc adopterait des « politiques anti-américaines ».
L’avertissement du président américain, formulé dimanche soir sur son réseau Truth Social, intervient alors que les États-Unis s’apprêtent à finaliser des dizaines d’accords commerciaux avec plusieurs pays avant l’entrée en vigueur, théoriquement le 9 juillet, de nouveaux droits de douane qualifiés de « droits de rétorsion ».
Les BRICS regroupent le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. L’Egypte, les Emirats arabes unis, l’Ethiopie, l’Iran et l’Indonésie les ont rejoints au sein des BRICS+.
Dans une déclaration commune publiée dimanche après-midi à l’ouverture du sommet de Rio, les BRICS ont mis en garde contre « l’augmentation aveugle des droits de douane » qui menace le commerce mondial. Une prise de position qui a provoqué l’ire de Donald Trump.
« Les tarifs douaniers ne doivent pas être utilisés comme un outil de coercition et de pression », a déclaré par la suite Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, à Pékin. Les BRICS prônent une « coopération gagnant-gagnant », a-t-elle ajouté, et « ne visent aucun pays ».
Un porte-parole du Kremlin a déclaré que la coopération de la Russie avec les BRICS était fondée sur une « vision commune du monde » et « ne sera[it] jamais dirigée contre des pays tiers ».
L’Inde et le Brésil n’ont pour l’heure pas réagi aux propos de Donald Trump.
« L’IMPORTANCE » DES BRICS
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a déclaré aux journalistes qu’il ne ferait de commentaire qu’après la fin du sommet. Son discours d’ouverture devant les dirigeants des BRICS s’est concentré lundi sur les questions d’environnement et de santé publique.
Un diplomate brésilien, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a estimé que la menace de Donald Trump mettait en lumière l’importance des BRICS, offrant selon lui aux pays membres un levier pour défendre des règles mondiales plus équitables et efficaces, notamment en matière de commerce.
De nombreux membres des BRICS et BRICS+ dépendent fortement du commerce avec les États-Unis.
Airlangga Hartarto, ministre de l’Économie de l’Indonésie, devait se rendre aux États-Unis lundi pour superviser les négociations tarifaires, a déclaré un fonctionnaire à Reuters.
La Malaisie, invitée en tant que pays partenaire et visée un temps par des droits de douane de 24% désormais suspendus, a déclaré qu’elle poursuivait des politiques économiques indépendantes et qu’elle ne cherchait pas à s’aligner idéologiquement.
Alors que des forums comme le G7 et le G20 sont paralysés par les divisions et l’approche unilatérale de Donald Trump sous la bannière « America First », les BRICS se posent comme un espace de diplomatie multilatérale dans un contexte de conflits armés et de tensions commerciales.
L’Afrique du Sud, frappée par des droits de douane de 30% qui ont ensuite été suspendus dans l’attente de négociations commerciales, a réaffirmé qu’elle n’était « pas antiaméricaine » par la voix du porte-parole du ministère du Commerce, Kaamil Alli.
(Reportage Lisandra Paraguassu et Manuela Andreoni; rédigé par Lincoln Feast; version française Camille Raynaud, Diana Mandia et Elena Smirnova, édité par Kate Entringer)
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