Italie: Le sort de Draghi semble scellé après le boycott d’un vote de confiance
par Giuseppe Fonte, Angelo Amante et Crispian Balmer
ROME (Reuters) – Le gouvernement italien était proche de l’effondrement mercredi alors que trois partenaires de la coalition dirigée par Mario Draghi ont décidé de ne pas prendre part au vote de confiance qu’il avait demandé dans l’espoir de mettre fin aux divisions et de relancer leur alliance.
Si le Sénat a accordé sa confiance à Mario Draghi avec 95 voix contre 38, le vote s’est déroulé sans des dizaines d’élus issus de partis membres de la coalition au pouvoir à Rome, laissant planer la perspective d’élections législatives anticipées en septembre ou octobre.
Ont décidé de s’abstenir les partis conservateurs Forza Italia et la Ligue ainsi que le Mouvement 5-Etoiles (M5S), parti « anti-système » dont un boycott similaire la semaine dernière avait poussé Mario Draghi à présenter sa démission – refusée par le président de la République, Sergio Mattarella.
Ce boycott menace de plonger à nouveau l’Italie dans une crise, après quelques mois d’une stabilité relative durant lesquels Mario Draghi a contribué aux mesures décidées par l’Europe à la suite de l’offensive de la Russie en Ukraine et à redonner du lustre au pays sur les marchés financiers.
« Les politiques ont échoué », a réagi le ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, qui avait appelé à plusieurs reprises les partis de la coalition à soutenir Mario Draghi.
« Le futur des Italiens était en jeu. Les effets de ce choix tragique se feront remarquer dans l’histoire », a-t-il ajouté.
D’après une source politique, Mario Draghi devrait faire part jeudi de son intention de démissionner lorsqu’il s’exprimera devant la chambre basse du Parlement. Il devrait alors officialiser sa décision auprès du président de la République, lequel devrait annoncer des élections.
L’EXTRÊME DROITE VUE BÉNÉFICIAIRE D’ÉLECTIONS
L’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) s’était exprimé dans la journée devant le Parlement à la demande de Sergio Mattarella, dans l’espoir de relancer la coalition formée dix-huit mois plus tôt et d’éviter un scrutin anticipé.
Au cours de son discours, sans compromis, Mario Draghi avait de nouveau appelé les partis de la coalition à l’unité, citant les problèmes auxquels l’Italie fait face – guerre en Ukraine, inégalités sociales et inflation, notamment.
« La seule manière, si nous voulons rester ensemble, c’est de reconstruire ce pacte, avec courage, altruisme et crédibilité », a-t-il dit devant le Sénat, ajoutant que de nombreux Italiens souhaitaient que la coalition reste en place jusqu’aux élections prévues initialement en début d’année prochaine.
Les partis conservateurs avaient déclaré mercredi qu’ils ne resteraient dans le gouvernement que si le M5S n’en faisait plus partie, demandant dans un communiqué un important remaniement gouvernemental – une hypothèse rejetée par Mario Draghi.
Il est probable que le président du Conseil italien reste en poste pour vaquer aux affaires courantes jusqu’aux élections, pour lesquels le bloc conservateur fait figure de favori, selon les sondages, avec des gains anticipés pour le parti d’extrême droite Frères d’Italie – la seule formation majeure à avoir refusé de rejoindre la coalition.
Ces remous politiques surviennent dans un contexte économique délicat pour un pays lourdement endetté, alors que les coûts d’emprunt ont nettement augmenté sur fond de resserrement de la politique monétaire de la BCE.
Le commissaire européen à l’Economie, l’Italien Paolo Gentiloni, a déclaré via Twitter que la démarche « irresponsable » contre Mario Draghi pourrait engendrer une « pleine tempête » et « des mois difficiles » en Italie, troisième économie de la zone euro.
Le chef de file du Parti démocrate (gauche, PD), autre partenaire de la coalition, a estimé que le Parlement s’était prononcé à l’encontre de la volonté du peuple. « Les Italiens vont se montrer plus avisés aux urnes que ne l’ont été leurs politiciens », a écrit Enrico Letta sur Twitter.
(Reportage Giuseppe Fonte, Angelo Amante et Giselda Vagnoni; version française Jean Terzian)
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