Israël rase les ruines de Rafah, des Gazaouis redoutent la construction d’un camp
(Corrige erreurs de traduction)
par Nidal al-Mughrabi
LE CAIRE (Reuters) – L’armée israélienne est en train de raser Rafah, ville du sud de la bande de Gaza rendue à l’état de ruines, ont déclaré des habitants qui craignent que Tsahal soit entrain d’y construire un camp géant pour y enfermer la population.
« Les explosions n’arrêtent jamais, jour et nuit, quand le sol tremble, nous savons qu’ils sont en train de détruire plus de maisons à Rafah. Rafah a disparu », a déclaré Tamer, un ancien habitant de la ville déplacé à Deir el Balah, dans un message envoyé à Reuters.
Il a ajouté qu’il recevait des appels d’amis situés de l’autre côté de la frontière, en Égypte, dont les enfants n’arrivent pas à dormir à cause des explosions.
« Nous avons très peur qu’ils nous forcent à nous rassembler à Rafah, qui deviendra comme la cage d’un camp de concentration, complètement isolée du monde », a écrit Abou Mohammed, un autre habitant de Gaza déplacé, aux journalistes Reuters.
Le média israélien Kan a rapporté samedi que Tsahal était en train d’aménager une nouvelle « zone humanitaire » à Rafah, qui accueillerait la population civile après des contrôles de sécurité afin de s’assurer que les combattants du Hamas n’y entrent pas. De l’assistance y serait distribuée par des entreprises privées.
Aucune livraison de nourriture ou de matériel médical n’a pu atteindre les 2,3 millions d’habitants de la bande de Gaza depuis la fin d’un fragile accord de cessez-le-feu en mars.
Israël a lancé une nouvelle incursion terrestre à la mi-mars et s’est depuis emparé d’un large territoire et a déplacé la population hors de ce que Tsahal appelle des « zones tampon » autour des frontières de l’enclave, y compris la ville de Rafah, qui représente environ 20% de la bande de Gaza.
L’armée israélienne n’a pas encore commenté cette information et n’a pas répondu à une demande de commentaire de Reuters dans l’immédiat. Les habitants de la région ont déclaré que d’énormes explosions secouaient sans arrêt la zone où se tenait autrefois la ville de Rafah, dont la population s’élevait auparavant à 300.000 personnes.
Israël, a imposé un blocus total sur l’enclave palestinienne le 2 mars, affirmant que cette mesure était nécessaire pour ne pas que le Hamas n’exploite l’aide humanitaire et que la population n’était pas en danger.
Plusieurs agences des Nations unies ont averti que les Gazaouis étaient au bord de la famine, les conditions ayant gravement empiré depuis le début de la guerre en octobre 2023.
Les autorités médicales à Gaza ont fait état lundi de la mort d’au moins 23 personnes dans les dernières frappes israéliennes à travers l’enclave.
Au moins dix personnes, y compris des enfants, ont perdu la vie dans une frappe israélienne sur une maison à Djabalia et six autres dans une frappe sur un café situé dans le sud du territoire. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent des victimes gravement blessées autour d’une des tables du café.
« PAS DE VIE »
Les négociations menées sous les auspices du Qatar et de l’Égypte ont jusqu’à présent échoué à aboutir à un nouvel accord de cessez-le-feu.
Cinquante-neuf otages israéliens sont toujours détenus à Gaza, et moins de la moitié sont vraisemblablement encore en vie. Le Hamas a déclaré qu’il ne les libérerait que lorsqu’un accord serait conclu en vue de mettre fin définitivement à la guerre, tandis qu’Israël dit ne pouvoir accepter que des cessez-le-feu temporaires tant que le Hamas n’est pas complètement désarmé.
Samedi, à Doha, le Premier ministre qatari a affirmé que des progrès avaient été réalisés dans les efforts en vue d’un nouvel accord de cessez-le-feu.
Vendredi, le Programme alimentaire mondial a averti que ses ressources en nourriture à Gaza étaient épuisées.
Certains habitants en sont réduits à se nourrir d’herbes ou de feuilles d’arbre séchées. Désespérés, certains pêcheurs ont commencé à attraper des tortues pour en vendre la viande.
« Je suis allée chez le docteur l’autre jour, et il a dit que j’avais des calculs rénaux et que j’avais besoin d’une opération qui allait me coûter environ 300 dollars. Je lui ai dit que je préférais prendre des antidouleurs et utiliser cet argent pour acheter de la nourriture pour mes enfants », a déclaré une femme gazaouie à Reuters sous couvert de l’anonymat.
« Il n’y a pas de viande, pas de gaz pour cuisiner, pas de farine, et pas de vie, ça, c’est Gaza dans des termes simples mais difficiles », a-t-elle ajouté.
(Reportage Nidal al-Mughrabi, version française Pauline Foret, édité par Augustin Turpin et Kate Entringer)
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