Grand rassemblement à Istanbul en soutien à Ekrem Imamoglu
par Ayhan Uyanik et Can Sezer
ISTANBUL (Reuters) -Des dizaines de milliers de personnes se sont de nouveau rassemblées à Istanbul samedi pour protester contre l’arrestation du maire Ekrem Imamoglu, principal rival du président turc Recep Tayyip Erdogan.
Rassemblés sur un terrain du quartier de Maltepe, sur la rive asiatique d’Istanbul, a l’appel de la principale force de l’opposition turque, le Parti républicain du peuple (CHP), les manifestant réclament la « Liberté pour Imamoglu ».
« Si la justice reste silencieuse, le peuple parlera », pouvait-on lire sur une banderole.
Ekrem Imamoglu a été arrêté mercredi 19 mars sur des accusations de corruption et de soutien à une organisation terroriste. Dimanche dernier, il a été démis de ses fonctions et placé en détention provisoire dans l’attente de son procès.
Dans une lettre lue lors du rassemblement sous les acclamations de la foule, Ekrem Imamoglu a salué l’union de la nation « contre l’oppresseur ».
« Je n’ai pas peur, vous êtes derrière moi et à mes côtés. Je n’ai pas peur car la nation est unie. La nation est unie contre l’oppresseur », a-t-il déclaré dans la lette.
« Ils peuvent me mettre en prison et me juger autant qu’ils le souhaitent, la nation a montré qu’elle détruira tous les pièges et tous les complots », a ajouté Ekrem Imamoglu.
À travers le pays, ce sont des centaines de milliers de personnes qui ont répondu aux appels à manifester de l’opposition depuis l’arrestation du maire d’Istanbul la semaine dernière.
Les manifestations ont été pour la plupart pacifiques mais plus de 1.900 personnes ont été arrêtées, selon les autorités.
« JUSTICE SERA RENDUE »
« Je n’ai pas peur et je continuerai à résister. J’appelle tout le monde à ne pas avoir peur », a déclaré Gunay Yildiz, un ancien employé municipal du district d’Esenyurt à Istanbul. « Ils m’ont licencié, mais un jour, justice sera rendue », a-t-il ajouté.
Bunyamin Turan, enseignant à la retraite, veut croire à la fin du régime de Recep Tayyip Erdogan.
« Si l’on examine l’histoire de l’humanité, dans tous les pays, sous toutes les administrations et sous tous les régimes où une telle oppression a sévi, tôt ou tard, le peuple et ceux qui ont résisté à l’oppression ont gagné. Les véritables maîtres de ces pays ont gagné », a-t-il déclaré.
Lors du rassemblement à Maltepe, le chef de file du CHP, Ozgur Ozel, a déclaré que les accusations portées contre le maire étaient infondées et motivées par des considérations politiques, appelant au boycott des médias, des marques et des magasins qu’il accuse d’être pro-Erdogan.
Le gouvernement, de son côté, nie toute influence sur le pouvoir judiciaire et affirme que les tribunaux sont indépendants.
Dimanche dernier, le CHP a organisé une primaire symbolique pour soutenir la candidature d’Ekrem Imamoglu à la prochaine élection présidentielle, qui devrait avoir lieu en 2028. Le CHP, qui estime que le gouvernement a perdu sa légitimité, appelle cependant à une présidentielle anticipée.
Le ministre de l’Intérieur, Ali Yerlikaya, a déclaré cette semaine que près de 1.900 personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations, dont 260 ont été placées en détention jusqu’à jeudi dans l’attente d’un procès.
Recep Tayyip Erdogan qui domine la vie politique turque depuis plus de vingt ans, a qualifié les manifestations nationales de « spectacle » et a appelé le CHP à cesser de « provoquer » les Turcs.
Depuis l’arrestation d’Ekrem Imamoglu, les actifs financiers turcs ont plongé, ce qui a incité la banque centrale à utiliser ses réserves pour soutenir la lire. Les turbulences ont également provoqué une onde de choc dans le secteur privé.
Le gouvernement a cependant affirmé que l’impact serait limité et temporaire. La dynamique de base de l’économie est intacte, a déclaré la banque centrale turque, qui se dit cependant prête à prendre des mesures supplémentaires si nécessaire.
(Reportage Ayhan Uyanik et Ben Makori, rédigé par Ezgi Erkoyun ; version française Kate Entringer)
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