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De nombreux élus américains ont des ancêtres esclavagistes

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par Tom Lasseter, Lawrence Delevingne, Makini Brice, Donna Bryson et Tom Bergin

WASHINGTON (Reuters) – Les membres du Congrès qui ont célébré le 19 juin la fête de « Juneteenth », journée de l’émancipation des esclaves aux Etats-Unis depuis 1965, n’auraient pour certains pas à chercher plus loin que dans leur histoire familiale pour découvrir un lien personnel à ce qui est souvent appelé le « péché originel » de l’Amérique.

En étudiant les arbres généalogiques de l’élite politique américaine, Reuters a établi qu’un cinquième des membres actuels du Congrès, présidents en exercice ou encore en vie, juges de la Cour suprême et gouverneurs sont des descendants directs de propriétaires d’esclaves noirs.

Au sein du Congrès, par exemple, au moins 100 des 536 élus descendent de familles esclavagistes, dont plus d’un quart des membres du Sénat. C’est le cas d’environ 8% des démocrates et de 28% des républicains, un déséquilibre qui s’explique par la domination du « Grand Old Party » dans les Etats du Sud où l’esclavage était le plus répandu.

Parmi ces élus figurent quelques unes des personnalités les plus influentes de la politique américaine, comme les sénateurs républicains Mitch McConnell et Lindsey Graham, ou la démocrate Elizabeth Warren.

L’enquête de Reuters a aussi montré que le président Joe Biden et tous les anciens présidents encore en vie sont des descendants directs d’esclavagistes – à l’exception de Donald Trump, dont la famille est arrivée aux Etats-Unis bien après l’abolition. C’est le cas de Jimmy Carter, George W. Bush, Bill Clinton et même, par la famille de sa mère, de Barack Obama, premier président noir de l’histoire du pays.

La Caroline du Sud, où avait débuté la guerre de Sécession après la proclamation de la fin de l’esclavage par le président Abraham Lincoln en 1863, illustre parfaitement cette histoire trouble des Etats-Unis. Les neufs élus envoyés par l’Etat au Congrès sont liés à l’esclavage : les deux représentants de la communauté noire sont des descendants d’esclaves, et les sept Blancs sont issus de familles qui en possédaient, comme c’est aussi le cas du gouverneur.

Reuters a mené cette enquête alors que le débat fait rage aux Etats-Unis sur l’opportunité de rouvrir ou pas les plaies du passé, et notamment d’enseigner les questions de l’esclavagisme et du racisme à l’école.

Un sondage Reuters/Ipsos réalisé pour cette enquête montre que les Blancs qui disent avoir eu des ancêtres esclavagistes sont davantage disposés (42%) que les autres (24%) à dédommager les descendants d’esclaves.

DEVOIR DE MÉMOIRE

Pour Henry Louis Gates Jr, professeur d’études africaines et afro-américaines à l’université Harvard, dans le Massachusetts, il est important de garder à l’esprit les liens qui perdurent jusqu’à aujourd’hui entre l’esclavage et les institutions américaines.

« Le but n’est pas de jeter le blâme sur qui que ce soit. On n’est pas coupable des actes commis par ses ancêtres », souligne-t-il. « Mais c’est une façon de rappeler que nous restons liés de manière étroite à l’institution esclavagiste, et à quel point celle-ci a déterminé la vie des ancêtres de ceux qui nous représentent aujourd’hui au Congrès. »

Ce devoir de mémoire ne concerne pas que les représentants politiques, rappelle Tony Burroughs, un généalogiste qui aide les Noirs américains à retrouver la trace de leurs ancêtres, car rappelle-t-il, « des millions d’Américains descendent de familles esclavagistes ».

Les données d’un recensement effectué en 1860 montrent qu’à l’époque, une famille sur quatre possédait des esclaves dans les Etats où cette pratique étaient encore légale.

De manière générale, il est à peu près acquis que toutes les familles blanches américaines qui sont arrivées aux Etats-Unis avant la guerre de Sécession, ont bénéficié d’une manière ou d’une autre de l’esclavage, dans les Etats du Sud comme dans ceux du Nord.

Aucune étude n’avait cependant permis jusqu’ici de mesurer la proportion d’élus descendant d’esclavagistes, par rapport à la population totale. C’est ce que Reuters a cherché à établir, ces élus occupant aujourd’hui des postes qui leur permettent de peser directement sur les politiques raciales.

Pour y parvenir, les journalistes de Reuters ont examiné des milliers de documents retraçant l’histoire familiale des élus. Ils n’ont retenu que les exemples d’esclavage documentés après l’indépendance des Etats-Unis, en 1776, et seulement les cas de parenté en ligne directe.

Les conclusions de l’enquête ont été validées par des généalogistes, qui ont passé en revue chacun des liens de parenté établis par Reuters entre un élu et ses ancêtres esclavagistes.

Le tableau ainsi dessiné demeure probablement incomplet, de nombreux documents susceptibles d’attester de cas d’esclavage ayant disparu ou été détruits au fil du temps. « Il est très possible que le nombre d’élus concernés soit sous-estimé », souligne Tony Burroughs.

(Version française Tangi Salaün, édité par Blandine Hénault)

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