Pérou-Le président Manuel Merino démissionne, deux morts dans des manifestations
LIMA (Reuters) – Le président par intérim du Pérou, Manuel Merino, a démissionné dimanche, moins d’une semaine après avoir pris ses fonctions, après des manifestations hostiles qui ont provoqué la mort de deux personnes et fait des dizaines de blessés au cours d’une des plus graves crises politiques que le pays ait connue depuis une vingtaine d’années.
Manuel Merino avait pris mardi la présidence par interim après la destitution du président Martin Vizcarra en raison d’accusations de corruption qu’il nie.
Les parlementaires se réuniront plus tard dans la journée pour déterminer qui sera le prochain président ou du moins, comment il pourrait être choisi.
Dans un discours télévisé diffusé à la mi-journée, Manuel Merino, l’ancien président du Congrès qui a mené la procédure de destitution contre Vizcarra, a demandé à son gouvernement de rester en place afin de participer à la transition.
Il a déclaré que sa démission était « irrévocable » et a appelé à « la paix et à l’unité ».
Les Péruviens, qui avaient protesté en masse contre la destitution de Vizcarra, sont descendus dans la rue dimanche après-midi pour célébrer la démission de Merino. Celle-ci plonge néanmoins le Pérou dans l’incertitude alors que les parlementaires s’affrontent désormais pour savoir qui prendra la présidence.
Quelques minutes avant que Merino annonce sa démission, le président du Congrès Luis Valdez avait déclaré que tous les partis politiques du pays étaient en faveur d’un départ du président par intérim. Si Merino avait refusé de démissionner, les parlementaires envisageaient d’engager une procédure de destitution à son encontre.
AFFRONTEMENTS
Sous tension toute la semaine, le Pérou s’est enfoncé dans le chaos samedi alors que les manifestations, qui avaient été jusqu’à présent pacifiques, ont dégénéré à la tombée de la nuit.
Deux jeunes manifestants ont été tués dans des affrontements, selon le bureau du médiateur public Ombudsman à Lima. Le programme de santé public EsSalud a confirmé dans un communiqué que deux jeunes hommes étaient décédés de blessures par balle.
Selon le coordinateur national des droits de l’Homme, 102 personnes ont été blessées, certaines après avoir inhalé des gaz lacrymogènes. Au moins neuf ont été blessées par balle, ont indiqué les autorités sanitaires.
Après les violences, 11 des 18 ministres du gouvernement de Merino, qui avaient prêté serment jeudi, ont annoncé leur démission.
Martin Vizcarra, dont la destitution a été à l’origine de la crise, a traité Manuel Merino de « dictateur » et s’est insurgé contre le fait que les parlementaires allaient, une nouvelle fois, choisir le prochain président.
« Ceux qui ont pris ces mesures anticonstitutionnelles doivent-ils être ceux qui nous apportent une solution ? », a-t-il déclaré à des journalistes présents devant chez lui après l’annonce de la démission de Merino.
Il a demandé à ce que la Cour constitutionnelle du Pérou se prononce immédiatement sur la légalité ou non de sa propre mise en accusation. La Cour devrait se réunir mercredi pour en débattre.
L’ancien président, un centriste non affilié politiquement et populaire auprès des Péruviens, n’a pas encore été reconnu coupable des accusations de corruption qui ont conduit à sa destitution.
(Marco Aquino et Dave Sherwood; version française Camille Raynaud et Blandine Hénault)
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