Heurts à N’Djaména et dans l’arrière-pays, au moins deux morts et plusieurs blessés
N’Djaména et quelques villes tchadiennes dont Moundou au sud du pays, se sont réveillées ce 27 avril 2021 avec plusieurs manifestations contre le modèle de transition en cours au Tchad dirigée par la junte militaire d’une part et contre la position de la France vis-à-vis du processus d’autre part. Entre 5 heures et 9 heures du matin, plusieurs blessés et au moins deux morts sont enregistrés.
7 heures du matin. Un groupe d’une centaine de personnes se rassemblent dans une ruelle de Moursal, un quartier populaire de N’Djaména. Une dizaine d’entre eux sont vêtus de robes blanches. Quelques autres arborent des gilets jaunes. Deux drapeaux français. Cinq drapeaux tchadiens. Une prière collective est prononcée. Le groupe brandit des pancartes et des messages inscrits sur des bouts de papier, en général contre une transition militaire et contre la France.
Chantant en chœur l’hymne national du Tchad, le groupe sort de la ruelle et marche vers l’Avenue Mobutu, l’une des principales artères de la capitale tchadienne. Il a suffi de quelques minutes pour que le groupe soit pris en étau par des éléments du Groupement mixte d’intervention de la police. Tirs de grenades lacrymogènes. Débandade. Deux manifestants sont embarqués par les forces de sécurité qui prennent aussi le soin de ramasser les pancartes et autres messages abandonnés par les manifestants.
Voilà le genre d’actions auxquelles N’Djaména la capitale du Tchad et d’autres villes du pays sont en proie depuis l’aube de ce 27 avril. Des tirs nourris d’armes sont entendus dans plusieurs quartiers de la capitale. Des barrages de feu, souvent en pneus enflammés, sont érigés par endroit. Des symboles de la France sont également pris pour cible. C’est le cas d’une station-service Total saccagée dans la Commune du 9ème arrondissement, frontalière avec le Cameroun. Selon des sources policières et judiciaires, une manifestante est décédée à l’hôpital des suites des blessures. Plusieurs sources concordantes confirment aussi le décès d’un jeune manifestant de 16 ans à Moundou.
Ces manifestations sont appelées par une partie de l’opposition démocratique et de la société civile. Elles sont interdites par l’Exécutif dirigé par le Conseil militaire de transition par un arrêté du 26 avril. Toujours est-il qu’elles surviennent un jour après la nomination d’un Premier ministre de transition. Pahimi Padacket Albert est un opposant modéré, anciennement membre de la majorité présidentielle et Premier ministre d’Idriss entre 2016 et 2018. Il est présenté comme un personnage plutôt clivant. Considéré comme consensuel par bien des acteurs politiques, y compris de l’opposition radicale au régime du défunt président, il apparaît aux yeux de plusieurs ténors de l’opposition et de la société civile comme un « cheval caché » de l’ancien système incarné par Idriss Déby.
En prenant les rênes du gouvernement de transition, Pahimi Padacket Albert a donné sa lecture de la situation. « Dans un pays qui est menacé dans son intégrité territoriale, attaqué de toutes parts et en proie au terrorisme, je mesure la responsabilité qui est mienne aujourd’hui en termes de fédération de toutes nos diversités politiques, sociales et autres, pour que l’ensemble des Tchadiens se donnent la main afin de pouvoir, ensemble, relever le défi de paix, de stabilité et d’unité pour notre peuple ».
Se prononçant sur les priorités de l’heure, le Premier ministre de transition estime que « les Tchadiennes et les Tchadiens doivent se regarder dans les yeux et se parler afin de réaliser un consensus, parce qu’il y a des moments dans la vie des nations où la grandeur de l’âme d’un peuple doit se révéler à l’occasion des événements. Et l’événement malheureux de la disparition du maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno, doit être pour le peuple tchadien une occasion de révéler la grandeur de son âme, réaliser son unité et faire face, avec honneur, aux défis qui se présentent à lui ».
Yamingué Bétinbaye
Docteur en géographie
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