RELIGIONS UNIVERSELLES : Le Pr Magloire Somé appelle à dépasser les procès idéologiques
Dans une tribune nourrie, publiée le 13 mai 2026, le professeur Magloire Somé, titulaire d’histoire religieuse contemporaine à l’Université Joseph Ki-Zerbo, pose une question devenue récurrente dans les débats africains contemporains : les religions universelles sont-elles des contre-valeurs africaines ? Retour sur les grandes articulations de cette analyse.
L’universitaire burkinabè conteste les discours qui décrivent le christianisme et l’islam comme des religions « importées » responsables de l’aliénation culturelle du continent, en proposant une lecture historique plus nuancée. Il soutient que ces religions, bien qu’elles proviennent d’autres régions géographiques, font désormais partie intégrante de l’histoire, de la culture et des réalités sociales africaines.
Le professeur rappelle que les religions et les courants de pensée ont toujours circulé entre les peuples depuis l’Antiquité. Il cite notamment l’Égypte antique, terre de savoirs qui a attiré Grecs, Perses, Juifs et Romains, puis retrace les influences croisées entre judaïsme, christianisme et islam.
Dans son analyse, le christianisme comme l’islam ne sont pas seulement des religions, mais aussi des vecteurs de civilisation, d’ouverture et de transformation sociale. Il soutient que ces deux religions ont contribué en Afrique à la structuration des sociétés, à l’émergence d’élites intellectuelles et à l’accès au savoir.
Le texte fait en particulier état de plusieurs exemples historiques marquants. L’auteur évoque l’ancien royaume du Congo dont les souverains avaient, dès le XVe siècle, sollicité eux-mêmes sa christianisation auprès du Portugal, dès le XVe siècle, dans une logique de modernisation politique et éducative. Il souligne aussi le rôle des écoles coraniques dans le développement intellectuel des sociétés musulmanes africaines, dont les prestigieux centres de Tombouctou.
Mais le Pr Somé ne s’arrête pas à la défense des religions universelles. Il met aussi en lumière leurs limites historiques, notamment leur conservatisme vis-à-vis des progrès scientifiques et des idées modernes. Il revient sur les conflits entre religion et science en Europe et évoque les cas de Galilée et de Giordano Bruno, victimes de l’hostilité de l’Église à l’égard de certaines découvertes scientifiques.
L’universitaire met alors l’accent sur un point essentiel : aucun pays ne peut fonder son développement sur la religion seule. Le vrai défi du XXIe siècle, pour lui, demeure la maîtrise de la science, de la technologie et de l’économie.
Il prend l’exemple du Japon, de la Chine, de l’Inde ou encore de la Corée du Sud pour expliquer que le progrès repose avant tout sur l’investissement dans la formation, la recherche scientifique et les infrastructures modernes.
Le professeur milite alors pour une véritable laïcisation de l’État africain. Il estime que les tensions sur des questions religieuses peuvent parfois révéler des fractures idéologiques susceptibles d’affaiblir la cohésion nationale et le vivre-ensemble.
À ses yeux, l’État doit pouvoir encadrer l’espace religieux afin de garantir l’égalité des citoyens, la neutralité de l’espace public et la liberté religieuse.
En conclusion, le Pr Magloire Somé exhorte à dépasser les clivages simplistes entre religions universelles et valeurs africaines. Pour lui, les Africains peuvent vivre à fond le christianisme ou l’islam sans renier leur africanité. Mais il met aussi en garde contre les replis identitaires et religieux qui pourraient entraver l’ouverture intellectuelle et le développement du continent.
L’avenir de l’Afrique, écrit-il, ne s’inventera ni par le rejet systématique des héritages religieux, ni par le repli sur des identités exclusives, mais par la capacité de conjuguer héritage culturel, modernité scientifique et cohésion nationale.
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Résumé réalisé par Emmanuel LANKOANDE
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