Le Pen et Bardella font leur rentrée en attendant « l’alternance »
par Elizabeth Pineau
BORDEAUX, Gironde (Reuters) -Le Rassemblement national (RN) a fait sa rentrée politique dimanche à Bordeaux au cours d’un meeting qui a vu Marine Le Pen et Jordan Bardella réitérer leur demande de dissolution de l’Assemblée nationale en vue de provoquer une alternance à la tête de l’Etat.
Alors que le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, poursuit ses consultations en vue d’élaborer un budget qui ne soit pas rejeté par les députés, les responsables du RN ont estimé, en écho à leur slogan du moment, que « le changement n’attend plus ».
« Nous avons besoin d’un retour aux urnes. La seule solution, c’est de dissoudre l’Assemblée nationale », a dit Marine Le Pen devant quelque 7.000 militants, selon un décompte des organisateurs, munis de drapeaux français.
« Marine présidente », a entonné la foule à l’adresse de celle qui sera jugée en appel en janvier prochain après sa condamnation à cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national.
« Je suis une femme déterminée, combative et je ne vais pas m’en excuser », a assuré l’élue du Pas-de-Calais, qui a l’intention d’engager des recours juridiques pour se présenter tout de même à la députation en cas de dissolution.
La double finaliste de l’élection présidentielle a mis en exergue la « colère légitime après huit années interminables » de pouvoir « macroniste » et dénoncé les négociations engagées par nouveau locataire de Matignon, où le RN n’a pas encore été reçu.
« Où croyez-vous que cet attelage sans chevaux, cette carriole sans roue et cette conduite sans cocher pourra nous amener ? », a-t-elle dit, ciblant un président « pas davantage un Mozart de la Constitution que de la finance ».
« Macron démission », a entonné la foule à plusieurs reprises.
Evoquant la formation du prochain gouvernement, qui doit intervenir après la négociation sur le budget, Marine Le Pen a ironisé : « La politique, ce n’est pas un abonnement à Meetic et un gouvernement n’est pas un club de rencontre entre amis ».
« ON EST CHEZ NOUS »
A sa suite à la tribune, le président du RN, Jordan Bardella, qui a fêté samedi ses 30 ans, est entré dans le détail de son projet s’il accédait à Matignon, à commencer par la politique migratoire.
« A l’aube d’une bataille imminente, nous sommes là », a-t-il déclaré d’emblée. « En cas de blocage répété », Emmanuel Macron devra « remettre sa démission », a-t-il aussi considéré.
« On est chez nous », a lancé la foule après que le président du RN a rappelé des règles prônées par son camp, comme la fin de « la gratuité totale des soins pour les étrangers en situation irrégulière » et des allocations familiales réservées aux familles dont au moins l’un des deux parents est Français.
« Un étranger qui travaille, qui contribue, qui respecte la France et lui apporte son énergie pourra bien sûr toujours trouver sa place dans le pays sans avoir la moindre inquiétude », a déclaré le député européen, qui prône en outre un « grand référendum sur la politique migratoire en France ».
Jordan Bardella a aussi dénoncé le train de vie de l’Etat, réclamant la privatisation de l’audiovisuel public et la disparition d’agences et d’entités comme le Conseil économique social et environnemental.
« La vague qui nous porte est irrésistible », a-t-il affirmé, sous les applaudissements, avant la Marseillaise finale.
« On va gagner », lui a répondu la foule.
Dans le public, des élus et des sympathisants venus de toute la région comme Christian Bisson, 52 ans, grossiste, et David Duporge, magasinier de 53 ans.
« Ça fait quelques années que je vote RN, je suis venu voir », dit le premier. « Ils n’ont jamais gouverné en France, alors pourquoi pas ».
A ses côtés, son ami réclame, comme lui, des mesures « contre l’immigration incontrôlée » et « pour le pouvoir d’achat ».
(Reportage Elizabeth Pineau, édité par Jean Terzian)
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