Internet et téléphones coupés à Gaza, les chars israéliens avancent
par Dawoud Abu Alkas et Nidal al-Mughrabi
GAZA/LE CAIRE (Reuters) – Des chars israéliens ont été aperçus dans deux quartiers aux abords immédiats du centre de la ville de Gaza, ont déclaré jeudi des habitants alors que les lignes internet et téléphoniques ont été coupées dans toute l’enclave palestinienne, signe généralement précurseur d’un assaut terrestre imminent.
Les forces armées israéliennes (IDF), qui contrôlent la banlieue est de la ville de Gaza, ont bombardé ces derniers jours les quartiers de Cheikh Radouan et Tal al Haoua. Elles seraient positionnées dans ces deux quartiers pour avancer vers le centre et l’ouest de la ville, où la majeure partie de la population s’est réfugiée.
À Cheikh Radouan, situé au nord du centre-ville, des habitants ont déclaré avoir vu des chars d’assaut au cœur de leur quartier.
Ils ont déclaré que les forces israéliennes avaient fait exploser quatre véhicules sans conducteur remplis d’explosifs et que les déflagrations avaient détruit de nombreuses maisons.
Des explosions similaires ont secoué Tal al Haoua, situé au sud-est du centre-ville, et les habitants ont également déclaré avoir vu des chars dans les rues.
La Compagnie palestinienne des télécommunications a déclaré dans un communiqué que ses services avaient été interrompus « en raison de l’agression en cours et du ciblage des principales routes du réseau ».
L’armée israélienne a déclaré qu’elle ne commentait pas le déploiement de ses forces et n’a pas répondu à une demande de commentaire sur la coupure.
La coupure des lignes Internet et téléphoniques laisse présager que les opérations terrestres menées par Israël vont probablement s’intensifier prochainement.
« La coupure des services internet et téléphoniques est un mauvais présage. Cela a toujours été un mauvais signal : quelque chose de très brutal va se produire », a déclaré Ismaïl, qui n’a donné qu’un seul nom. Ce Palestinien utilisait une carte SIM électronique pour connecter son téléphone, une méthode dangereuse qui nécessite de chercher un terrain plus élevé pour recevoir un signal.
FAIRE PRESSION SUR LE HAMAS
Au moins 79 Palestiniens ont été tués par des frappes ou des tirs israéliens dans l’enclave palestinienne, principalement dans la ville de Gaza, au cours des dernières 24 heures, a déclaré le ministère gazaoui de la Santé jeudi en début d’après-midi.
Le porte-parole de l’armée israélienne, Nadav Shoshani, a déclaré que les troupes opéraient à la périphérie de la ville de Gaza depuis plusieurs semaines, mais que depuis la nuit de lundi à mardi, un grand nombre d’entre elles avaient commencé à se déplacer vers le centre de la ville.
Il a précisé qu’une combinaison d’infanterie, de chars et d’artillerie avançait, soutenue par l’armée de l’air. Il s’agit selon ses dires d’un processus graduel qui s’intensifierait au fil du temps.
« La stratégie actuelle consiste à vaincre le Hamas et à faire pression sur lui, ce qui peut conduire à un accord ou à des missions de sauvetage (pour libérer des otages) », a-t-il déclaré.
Des centaines de milliers de Palestiniens ont fui la ville de Gaza depuis qu’Israël a annoncé, le 10 août, son intention d’en prendre le contrôle.
Un grand nombre de Palestiniens restent cependant sur place, dans des maisons en ruines ou des campements improvisés.
L’armée israélienne a largué des tracts incitant les habitants à fuir vers une « zone humanitaire » désignée dans le sud du territoire, mais les organisations humanitaires affirment que les conditions y sont désastreuses. Il y manque selon elles de la nourriture, des médicaments et de l’espace tandis que les abris sont inadéquats.
Quatre autres Palestiniens, dont un enfant, sont morts de malnutrition et de faim au cours des dernières 24 heures, selon le ministère gazaoui de la Santé. Au total, au moins 435 personnes, dont 147 enfants, sont mortes de ces causes depuis le début de la guerre.
Israël affirme que l’ampleur de la famine à Gaza est exagérée.
(Reportage complémentaire de Maayan Lubell à Jérusalem ; rédigé par Estelle Shirbon ; version française Etienne Breban ; édité par)
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