Grande-Bretagne: Un tiers des stations-service de BP à sec
par William James
BRIGHTON, Angleterre (Reuters) – BP a fait savoir que près d’un tiers de ses stations-essence étaient à sec dimanche pour ce qui concerne les deux principales variétés de carburant alors que la ruée des consommateurs paniqués vers les pompes a obligé le gouvernement à suspendre les règles de concurrence.
De longues files de véhicules se sont formées devant les stations-service pour le troisième jour consécutif et certains automobilistes ont du parfois attendre plusieurs heures pour faire le plein.
Selon les groupes pétroliers, une pénurie de chauffeurs routiers complique l’acheminement des carburants depuis les raffineries.
Certains opérateurs ont été contraints de mettre en place des rationnements, d’autres ont fermé des stations.
« Avec la forte demande constatée ces deux derniers jours, nous estimons qu’environ 30% des sites de ce réseau n’ont plus ni l’un ni l’autre des principaux types de carburant », a indiqué le géant pétrolier BP qui opère 1.200 sites en Grande-Bretagne, dans un communiqué.
« Nous travaillons à rétablir l’approvisionnement aussi vite que possible ».
La panique des automobilistes intervient au moment où le pays doit faire face à plusieurs crises : une hausse mondiale des prix du gaz qui provoque la faillite de compagnies dans l’énergie, une pénurie afférente de dioxyde de carbone qui menace de faire dérailler la production de viande et une pénurie de chauffeurs routiers qui sème le désordre dans la grande distribution en laissant certains rayons vides.
En réponse, le ministre des Entreprises Kwasi Kwarteng a annoncé qu’il suspendait les règles de concurrence afin de permettre aux entreprises de partager leurs informations et de coordonner leurs réponses.
Le ministre des Transports Grant Schapps avait un peu plus tôt lancé un appel au calme, en affirmant que les pénuries étaient provoquées par la réaction panique des consommateurs et que le problème finirait par se résoudre de lui-même.
« Il y a énormément de carburant, il n’y a pas de pénurie de carburant dans le pays », a-t-il martelé sur Sky News.
APPEL AU CALME
« Il faut donc que les gens se comportent normalement, qu’ils remplissent le réservoir de leur voiture comme ils le feraient en temps normal, et ainsi il n’y aura pas de queues et pas de rupture d’approvisionnement dans les stations services », a assuré le ministre.
Grant Schapps a fait valoir que le manque de routiers était lié au Covid-19 qui a empêché la formation et le passage de permis de nouveaux professionnels.
Certains ont toutefois pointé du doigt le Brexit et les mauvaises conditions de travail qui ont fait fuir les conducteurs étrangers.
Le gouvernement a annoncé dimanche qu’il allait accorder quelque 10.000 visas temporaires pour des travailleurs européens, dont la moitié pour des routiers.
Cette mesure, que les groupes de logistique et de distribution réclament depuis plusieurs mois mais que le gouvernement avait jusque-là refusée car elle va à l’encontre des promesses des partisans du Brexit, sera insuffisante pour débloquer la situation, ont cependant prévenu les professionnels des secteurs concernés.
Selon la fédération britannique du transport routier (RHA),
la Grande-Bretagne a besoin de 100.000 routiers supplémentaires
pour faire face à la demande.
Le ministre des Transports a ouvertement mis en cause l’attitude des transporteurs routiers, leur reprochant de créer délibérément une situation de blocage.
« Ils veulent désespérément avoir plus de routiers européens pour réduire les salaires des Britanniques », a accusé Grant Shapps sur Sky News.
(Avec Elizabeth Piper, version française Tangi Salaün et Gwénaëlle Barzic)
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