Espagne: Sanchez suspend ses activités publiques, réfléchit à son avenir
MADRID (Reuters) – Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé mercredi qu’il suspendait ses activités publiques jusqu’à la semaine prochaine pour réfléchir à son avenir politique après l’ouverture d’une enquête judiciaire contre sa femme.
Le dirigeant socialiste, qui a été reconduit l’an dernier à la tête d’un gouvernement sans majorité absolue au Parlement, a ajouté qu’il se présenterait lundi devant la presse pour annoncer sa décision.
« J’ai besoin de faire une pause et de réfléchir », écrit Pedro Sanchez dans une lettre publiée sur son compte X. « J’ai besoin de toute urgence d’une réponse à la question de savoir si cela vaut la peine (…) si je devrais continuer à diriger le gouvernement ou si je devrais renoncer à cet honneur. »
Cette déclaration surprise survient après l’annonce ce mercredi par la justice espagnole de l’ouverture d’une enquête préliminaire sur des soupçons de trafic d’influence et de corruption contre la femme de Pedro Sanchez, Begona Gomez, dans le cadre de ses activités professionnelles.
La justice n’a fourni aucune précision sur cette enquête, déclarant seulement qu’elle avait été ouverte à la suite d’une plainte déposée par une organisation de lutte contre la corruption, Manos Limpias (Mains Propres), dont le dirigeant est lié à l’extrême droite.
D’après Manos Limpias, Begona Gomez a utilisé son influence en tant que femme du chef du gouvernement pour obtenir des parrainages pour un cursus universitaire dont elle avait la charge.
Dans sa lettre, Pedro Sanchez s’en prend au chef de l’opposition conservatrice, Alberto Nunez Feijoo, dirigeant du Parti populaire (PP), et à Santiago Abascal, de la formation d’extrême droite Vox, qu’il accuse d’avoir « collaboré » avec les colporteurs des soupçons contre sa femme.
UNE RÉPUTATION DE PRENEUR DE RISQUES
Ses ministres lui ont rapidement apporté leur soutien. « Nous avons un Premier ministre de la plus grande qualité. Ni lui ni sa famille ne méritent cela », a ainsi déclaré la ministre de l’Energie, Teresa Ribera.
A 52 ans, Pedro Sanchez a acquis la réputation d’un dirigeant prêt à prendre des risques pour conquérir ou conserver le pouvoir.
En témoigne sa décision l’an dernier d’organiser des élections législatives anticipées après la mauvaise performance de son Parti socialiste (PSOE) aux régionales.
Le PP en est sorti en tête mais s’est montré incapable de former ensuite une majorité parlementaire à même de gouverner. Pedro Sanchez a alors conclu un accord controversé avec de petites formations régionales pour rester au pouvoir, en promettant notamment une amnistie aux Catalans impliqués en 2017 dans un référendum pour l’indépendance de leur région.
Pour Lluis Orriols, professeur de science politique à l’université Carlos III de Madrid, la fragmentation du Congrès des députés, chambre basse du Parlement espagnol, rend peu probable l’émergence d’un successeur à Pedro Sanchez en cas de démission du Premier ministre et de nouvelles élections législatives seraient alors une issue plus envisageable.
Selon une source au sein du parti Vox, Pedro Sanchez « joue à la victime » et n’a pu se maintenir à la tête du gouvernement qu' »en amnistiant des criminels ». « S’il veut réfléchir, qu’il le fasse, mais après avoir démissionné », a dit cette source.
(Aislinn Laing et Belen Carreño, rédigé par Charlie Devereux, version française Bertrand Boucey)
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