Worldline écarte son directeur général, dégringole en Bourse
(Reuters) – Le groupe de paiement français Worldline a vu son action chuter à un niveau historiquement bas vendredi après le renvoi de son directeur général, Gilles Grapinet, et un troisième avertissement sur résultats en un an.
En baisse de 18% à 10h30 GMT, l’action a perdu environ 92% de sa valeur par rapport à son maximum de juillet 2021, au pic de l’enthousiasme des investisseurs pour les sociétés de paiement européennes.
Le directeur général adjoint Marc-Henri Desportes remplacera Gilles Grapinet, qui était directeur général depuis plus de 11 ans, à partir du 30 septembre pour une période intérimaire.
La décision de l’écarter a été prise par le conseil des directeurs de Worldline, a déclaré la porte-parole du groupe Hélène Carlander, ajoutant que l’objectif était de préparer « une nouvelle étape stratégique pour l’entreprise ».
Les actions de Worldline avaient grimpé en flèche pendant la pandémie de Covid-19. Les investisseurs s’étaient rués sur les sociétés de paiement européennes, attirés par leur croissance rapide due à l’abandon de l’argent liquide par les clients et à la consolidation du secteur.
Leur appréciation de ces sociétés, dont Worldline et l’Italien Nexi, s’est toutefois dégradée du fait de résultats décevants. L’action Worldline a perdu plus de la moitié de sa valeur en octobre 2023 après une révision à la baisse de ses objectifs financiers, provoquant une onde de choc dans le secteur.
« Le changement de directeur général a été motivé par la troisième baisse de perspectives sur un an, alors que beaucoup d’investisseurs réclament un changement de gouvernance », explique l’analyste Hannes Leitner (Jefferies), ajoutant que les investisseurs s’attendent à ce que le nouveau directeur général « génère de la croissance organique ».
Premier actionnaire de Worldline avec 10,5% fin juin 2024, SIX Group a déclaré à Reuters vendredi que Worldline était « d’une importance stratégique ». Le groupe zurichois, qui gère la Bourse suisse, a affirmé ne pas avoir de projets de vente et soutenir le directeur général intérimaire.
Dans une lettre publiée en décembre dernier, l’investisseur activiste Bluebell avait exhorté le groupe à réorganiser sa gouvernance alors que des rumeurs circulaient au sujet d’un potentiel rachat hostile du groupe. Reuters a révélé en janvier que Worldline avait nommé des conseillers pour élaborer une stratégie de défense face à une potentielle OPA.
Giuseppe Bivona, associé de Bluebell, a déclaré vendredi qu’il était satisfait que Worldline ait remanié sa direction en révoquant son directeur général, mais qu’il aurait préféré que ces changements soient réalisés plus tôt « pour éviter de se retrouver dans la situation actuelle en matière de résultats opérationnels et de valorisation ».
REVISION A LA BAISSE
Worldline a par ailleurs revu ses objectifs de chiffre d’affaires, d’EBE ajusté et de flux de trésorerie à la baisse pour 2024. Le chiffre d’affaires est maintenant attendu en croissance organique de 1%, l’EBE ajusté à 1,1 milliard d’euros et le flux de trésorerie à 0,2 milliard d’euros.
Les hedge funds ont probablement profité de la chute des actions de Worldline.
Les fonds et les gestionnaires d’actifs comme Greenvale Capital, Blackrock et Systematica détenaient tous des positions courtes sur Worldline le 30 août, selon la plateforme de données Breakout Point. Greenvale Capital a récemment réduit sa position, selon Breakout Point. Les fonds n’ont pas répondu immédiatement aux demandes de Reuters.
« Au cours de l’été, Worldline a connu un ralentissement de l’activité, ainsi qu’une sous-performance spécifique dans ses activités de la région Pacifique et sur certains verticaux de l’activité global online », précise l’entreprise dans un communiqué.
Contacté par Reuters, le groupe a refusé de commenter ses difficultés plus avant.
Worldline avait déjà abaissé ses perspectives pour l’exercice 2024 en août, estimant que les tendances de la consommation intérieure en Europe étaient à la baisse et qu’une reprise rapide restait incertaine.
(Reportage par Alban Kacher, Pauline Foret, Tommy Reggiori Wilkes et Neil Mackenzie; Version française Florence Loève, édité par)
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