Vivendi: Les actionnaires donnent leur feu vert au projet de scission
PARIS (Reuters) – Les actionnaires de Vivendi ont approuvé lundi à plus de 97,5% le projet de scission du groupe malgré la circonspection des investisseurs et l’opposition frontale de la part d’un actionnaire minoritaire.
Une majorité des deux tiers était requise pour approuver la scission lors d’une assemblée générale extraordinaire menée par Yannick Bolloré, président du conseil de surveillance de Vivendi.
Vivendi avait évoqué pour la première fois son projet de scission en décembre 2023, avant d’en préciser les modalités en juillet puis en octobre.
Dans le cadre de ce plan, la chaîne de télévision française Canal+ sera cotée à Londres tout en conservant son siège social en France, tandis que l’agence de publicité Havas sera introduite à la Bourse d’Amsterdam. Le groupe Louis Hachette, actif dans l’édition, sera quant à lui coté sur Euronext Growth à Paris.
Ces cotations en Bourse sont prévues à partir du 16 décembre.
Vidée d’une partie de ses actifs, la maison-mère Vivendi sortira du CAC 40 et deviendra une holding d’investissement avec des participations dans Telecom Italia, UMG et Telefonica entre autres.
Avec ce plan, le groupe dirigé par Yannick Bolloré entend corriger sa décote en Bourse liée à son organisation en conglomérat.
« On a environ six mois à un an pour prouver au marché que les sociétés fonctionnent », a déclaré Yannick Bolloré à des journalistes juste après l’assemblée. Le dirigeant a refusé de préciser les objectifs de cotation visés sur le long terme pour les différentes entités.
Jusqu’à présent, le projet de scission n’a guère enthousiasmé les investisseurs: l’action Vivendi a perdu environ 8% depuis le début de l’année contre une quasi-stabilité pour le CAC 40.
Et le feu vert des actionnaires n’a provoqué lundi qu’une brève accélération de la hausse du titre, qui a fini sur un gain de 1,23% dans un volume d’affaires toutefois important.
ASSEMBLEE SOUS TENSION
Le projet de scission de Vivendi est contesté par le fonds activiste parisien CIAM ainsi que par le gestionnaire d’actifs Phitrust, qui avaient appelé à voter contre la scission, estimant qu’elle contournait la réglementation protégeant les actionnaires minoritaires tout en conférant davantage de contrôle au groupe Bolloré, actionnaire de référence de Vivendi.
Le plan « ne créé de valeur ni pour l’actionnaire, ni pour la place de Paris » et « ne va pas réduire la décote de holding », a affirmé Catherine Berjal, co-fondatrice de CIAM, lors des questions-réponses au cours de l’AG. « Vous contournez la loi, c’est une fraude à la loi », a dénoncé la gérante.
En réponse à son intervention, qui a suscité des applaudissements dans la foule, ainsi qu’à celle du co-fondateur de Phitrust Denis Branche, Yannick Bolloré a affirmé que si le groupe Bolloré avait voulu prendre le contrôle de Vivendi, « ce n’est pas cette stratégie qu’il aurait choisi », se déclarant « conscient que les gouvernances futures des différentes entités [de Vivendi] sont perfectibles ».
Son bras droit, le président du directoire Arnaud de Puyfontaine, s’est insurgé contre l’accusation de « fraude à la loi », affirmant que l’ensemble de l’opération avait été validée par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Cette intervention a suscité à son tour des applaudissements, en provenance des premiers rangs occupés notamment par des employés du groupe Vivendi.
CIAM, qui détient une participation de 0,025% dans Vivendi, a formé deux recours en justice afin d’obtenir une offre publique d’achat ou l’annulation du projet.
Juste après l’audience, CIAM a confirmé à Reuters poursuivre avec les deux procédures.
(Reportage Florence Loève, édité par Blandine Hénault)
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